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Sports

Un but en clôture

Deux ans de foot, zéro but. Coincé entre un frère capitaine surdoué et une malédiction familiale, ce jeune poussin parviendra-t-il enfin à marquer avant la fin de la saison ?

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Deux ans de foot, et pas un but. Nul, archinul. À l'arrière, au milieu ou devant, à gauche comme à droite, j'avais tenté ma chance partout, et ça n'avait jamais marché. J'étais pitoyable.

Les saisons passaient, et dans mon short rouge trop grand pour moi et mon maillot jaune de poussin 3, je regardais passer les ballons comme un aiguilleur voit passer les trains. Trop loin, trop rapide. Mes amis avaient progressé, et d'une saison sur l'autre étaient devenus poussins 2, avant d'entrer au sommet des meilleurs joueurs, les poussins 1.

Mon frère, le capitaine surdoué de l'équipe

Dans cette équipe, fort malheureusement, mon frère régnait en bon capitaine. Il marquait de la tête et du pied, sur corner ou sur coup-franc, sauvant l'honneur de l'équipe et surtout de la famille. Il était très fort. Rapide, adroit et audacieux, il avait pris tout le talent pour le foot de la famille.

Une fois ses propres matchs terminés, il venait sur le bord du terrain où je traînais mes 25 kilos, m'aidant de conseils vains depuis la touche, entre deux gorgées de cette boisson américaine au cola. Tout but marqué donnait droit à une bouteille de cette formidable boisson. Mon frère en ramenait au minimum deux à chaque match, et partageait. S'il avait pu m'offrir directement un but, il l'aurait fait, mais hélas !

Une malédiction sur mes pieds plats

Un jour, après m'avoir vu rater, une fois de plus, à 20 mètres des filets, face à un défenseur isolé, joufflu et visiblement inoffensif, il n'hésita pas à parler de malédiction. Le mot était fort mais il y avait de quoi se poser la question. Mon cas était unique dans le club : pas un but, même contre mon camp, en plus de 50 matchs.

Mes débuts prometteurs qui n'ont rien donné

Tout avait pourtant bien commencé. Je m'étais licencié à six ans, comme tous mes amis. Tout fier de mes beaux crampons soigneusement graissés, j'allais disputer mon premier tournoi, la tête pleine de feintes imparables et de tirs dans les lucarnes. Mais, étant nouveau, j'avais joué tout le match remplaçant.

Je m'étais promis d'en marquer au moins trois le samedi suivant. Malheureusement, j'avais joué arrière, où tout le monde sait qu'on ne marque presque jamais.

La fois d'après, j'étais goal. Encore loupé.

Le sort s'acharnait sur moi. Les tournois se passaient toujours mal : pluie, neige, chaleur.

Le footballeur le plus propre du club

Le bon côté des choses, c'était que j'étais le footballeur le plus propre du club. Je terminais chaque rencontre le maillot net et le short d'un rouge parfait. Les autres se salissaient en se jetant à terre pour rattraper un ballon ou tacler un adversaire. Moi, j'avais peur de me faire mal. Ma mère en était contente et me citait en exemple à mon frère, toujours noir de boue.

À table, le soir, il fallait raconter le tournoi. Mon frère racontait ses buts et se moquait des défenseurs angoissés. Moi, j'étais là et je cherchais une action digne d'intérêt. Un but ? Non. Une passe décisive ? Non plus. Je n'avais pas touché le ballon du match.

Cette absence de talent me tracassait, il devait bien y avoir un truc. Mon cousin disait que cela pouvait venir du fait que j'aie les pieds plats. Le soir dans ma chambre, j'inspectais mes pieds : c'est vrai qu'ils semblaient un peu plats. J'en parlai à ma mère, mais elle refusa d'admettre qu'elle avait un fils « handicapé des pieds ».

Le dernier match de la saison : une dernière chance

Nous étions vers la fin de la saison, plus que quelques samedis pour briller. D'ailleurs, le dernier était à domicile, l'entraîneur avait dit que le moral serait avec nous.

Le jour venu, mes parents étaient là, la vérité était sur le point d'éclater. Je fus pire que mauvais. On perdit 6-0. Seule ma mère était restée jusqu'au bout. Mon père avait filé à la buvette à la mi-temps, sans illusions sur mes talents de footeux. Je fis un long détour pour ne pas affronter mes coéquipiers dans le vestiaire.

La porte s'ouvrit brusquement, l'entraîneur des poussins 1 sortit comme un missile. Il fonça sur moi :

— T'as quel âge ?
— Huit ans.
— Tu viens avec moi, il me manque un joueur pour la finale. Tu es le seul encore en tenue, les autres sont déjà sur le terrain, viens vite !

Face au légendaire « Polonais »

En chemin, j'essayai de le faire changer d'avis : je n'étais que poussin 3, et puis je venais de jouer, et puis... Il me regarda en souriant et me dit : « C'est pas grave, on est sûr de perdre. En face ils ont le Polonais. »

Le Polonais était un géant d'au moins 1m60. Il venait d'arriver dans la région. Tout le monde suspectait l'entraîneur d'avoir menti sur son âge. Courageusement, les autres m'avaient placé défenseur gauche, devant le Polonais. Il était très correct : quand je me jetais devant lui, il ne tirait pas, il faisait le tour. À un quart d'heure de la fin, on perdait 3-1.

Mon premier but : la surprise de ma vie

Soudain, tout le monde se rua vers l'avant.

C'était la contre-attaque du désespoir. Je reçus un ballon pour la première fois, je le réexpédiai vers un équipier. J'étais à 30 mètres quand quelqu'un cria mon numéro. Je tournai la tête, la balle était montée en cloche et retombait sur moi. Sans trop réfléchir, j'ai levé un pied qui rencontra le ballon en plein vol, l'expédiant au-dessus de deux défenseurs en une courbe qui s'acheva en pleine lucarne.

Il y avait but, j'avais marqué, incontestablement.

Tout le monde me regardait, surtout le gardien adverse. Je ne savais pas quoi dire, j'étais très surpris.

L'arbitre siffla la fin : 3 à 2. L'entraîneur me félicita et me conseilla de travailler ma condition physique. Le Polonais en personne vint me serrer la main : il avait senti en moi un buteur-né.

Et après le foot ?

Mon objectif atteint, j'arrêtai le foot. Maintenant je fais des allers-retours sans buts et ça me plaît. C'est chouette, la natation.

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loic.charbonnel
loic.charbonnel @loic.charbonnel
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