
L'ombre de sa demi-finale perdue l'année dernière, au même endroit, contre Novak Djokovic planait sur notre Jo-Wilfried Tsonga national. C'est l'une des explications possibles pour comprendre comment le numéro 1 français a pu faire une copie conforme du même match une année sur l'autre. L'an dernier, il affrontait un Novak Djokovic survolté qui voyait la place de numéro 1 mondial au bout de sa raquette et, sauf au troisième set, jamais nous n'avions pu croire en Jo. Cette année, on pensait que tout serait différent. Aidé par l'élimination plutôt prématurée du numéro 2 mondial Rafael Nadal, Tsonga voyait une chance quasi unique d'entrer dans le dernier carré d'un tournoi du Grand Chelem sans avoir à battre un membre du Top 4. Depuis le premier tour, il avait reçu un parcours plutôt tranquille comparé au Britannique. De plus, il avait la chance d'affronter le numéro 4 Andy Murray, ce qui lui permettait d'esquiver les deux joueurs du moment, Novak Djokovic et Roger Federer.
Il aurait préféré Roger
On s'est aperçu rapidement qu'affronter Murray n'était pas la meilleure option, compte tenu de sa forme lors de la quinzaine et du fait que le public londonien était tout naturellement acquis à la cause de leur poulain. Autant son début de saison sur gazon n'avait pas été du tout réussi avec cette perte du titre au tournoi du Queen's contre Nico Mahut, autant son tournoi de Wimbledon est parfait. Son jeu sur gazon s'est largement amélioré depuis le Queen's et Tsonga s'en est rendu compte : "il a très bien servi. En tout cas, mieux que moi alors que mon jeu sur herbe repose sur un bon service". Sur les deux premières manches, Murray n'a pas laissé une once d'espoir à Tsonga. Imprenable sur son service qu'il a bouclé 40-0 ou 40-15 pour la plupart, Murray utilisait également un retour, même sur des premières, énorme qui a mis en difficulté quasiment tous les jeux de service du Français. En moins d'une heure et demie, Tsonga se retrouvait dos au mur, mené 6-3, 6-4 sans qu'il ne puisse réagir. Comme face à Djokovic, le sursaut d'orgueil est venu lors du troisième set. Un Murray en flottement et un Tsonga plus tranchant ont fait que le Manceau a pu enfin prendre le break, le seul jeu de service qu'il prendra à l'Écossais. Le troisième set gagné, on pense qu'il peut enflammer le duel et amener un cinquième set décisif. À 4-4, Tsonga a eu par deux fois l'occasion d'obtenir le break qui lui aurait permis de servir pour deux sets partout. Tsonga reconnaissait que ce neuvième jeu fut le tournant de la rencontre : "j'ai deux balles de break et je me foire. Le pire, c'est que je sentais qu'il était prenable mais que je ne jouais pas dans le rythme". Mené 6-5, une seule balle de break, donc de match, a suffi à l'Écossais pour mettre Tsonga sur le bas-côté et s'ouvrir le chemin vers le titre.