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Tsonga peut rêver

Tsonga écrase Federer en 3 sets et atteint les demi-finales à Roland-Garros.

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On a déjà vu Jo-Wilfried Tsonga sur les courts de Roland-Garros un vendredi. On l'a souvent regardé s'entraîner sur un des courts annexes le vendredi qui précède le début du tournoi. On l'a aussi vu plusieurs vendredis de la première semaine pour gagner ou perdre un match du troisième tour. Il ne nous manquait qu'une seule chose, qu'un seul moment à voir pour nous donner encore plus de bonheur qu'il ne le fait tous les ans : voir notre meilleur joueur français, classé septième au classement ATP, disputer une demi-finale le vendredi de la seconde semaine dans son antre de Roland-Garros. Dans deux jours, la chose sera faite et ce désir sera enfin pleinement assouvi.

Une demi-finale historique pour Tsonga

Quel que soit le résultat, même si bon nombre d'entre nous préféreraient que le résultat tourne à l'avantage de notre Jo national, Jo-Wilfried Tsonga rentrera dans l'histoire du tennis français à Roland-Garros. Il ajoutera son nom à la liste de ceux qui ont réalisé de magnifiques épopées du côté de la Porte d'Auteuil, dans la lignée d'Henri Lecomte, Cédric Pioline, Sébastien Grosjean ou plus récemment Gaël Monfils. Quoi qu'il puisse se passer vendredi après-midi sur la terre battue du Court Philippe Chatrier, on se souviendra de la manière avec laquelle il est arrivé à se faufiler jusque dans le dernier carré de ses Internationaux de France. En 2008, Gaël Monfils avait eu l'opportunité de frapper à la porte du carré VIP mais s'était vu refuser une finale par un colossal Roger Federer contre qui Monfils n'était jamais parvenu à embêter durablement le Suisse.

Tsonga prend sa revanche sur Federer

Alors, on sait que Gaël Monfils et Jo-Wilfried Tsonga sont amis, notamment parce qu'ils sont de la même génération, donc on se demandait forcément si le Manceau comptait venger son pote cinq ans après. On ne s'est posé cette question qu'après que l'arbitre de chaise a dit "jeu, set et match". Ce n'est qu'en ayant vu le duel qui opposait deux monstres du circuit mondial que l'on a pu se rendre compte que Jo venait de rendre la gifle que Federer avait infligée à son compatriote quelques années auparavant. En son temps, Gaël Monfils n'avait jamais eu la chance d'entrevoir la finale. Il est fort probable qu'hier après-midi, ce soit Roger Federer qui n'ait jamais espéré remporter ce quart de finale : "Je savais que je n'étais pas au mieux mais le début du premier set m'a un peu rassuré. Je me disais que peut-être il pouvait se passer quelque chose de positif. Je suis déçu car Roland-Garros est un de mes tournois préférés et j'avais envie d'aller plus loin. J'ai très mal joué, trop mal joué pour savoir assez rapidement que je ne sortirai pas vainqueur du court", expliquait le numéro deux mondial.

Un match que le Suisse n'a pas commencé de la meilleure des manières. En manque d'agressivité, il a failli perdre sa mise en jeu d'entrée pendant que Jo déroulait quand c'était à son tour de servir. Et puis Roger Federer a semblé se réveiller. Il se montrait plus rapide sur la balle et essayait de faire bouger le Français. Contre le cours du jeu, il était le premier à breaker et à 4-2, 40-15 pour lui : "J'ai des balles pour prendre la main dans le premier set. Je fais des erreurs et je perds mon service dans la foulée. Je suis persuadé que cet instant est le tournant du match car si je remportais le premier set, je pouvais gagner rien qu'avec le mental et l'état d'esprit. Quand j'ai perdu le premier set, je savais que je ne reviendrais pas".

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Tsonga maîtrise Federer sans concéder un set

On en est même allé jusqu'à se demander s'il s'agissait bel et bien du même Roger Federer que celui qui nous fait tant rêver depuis toutes ces années. Il accumulait les fautes directes et son nombre de coups gagnants ne suffisaient clairement pas à établir un équilibre. Pour preuve, en fin de première manche, lorsque Federer manqua littéralement son coup droit pour offrir le set à Jo-Wilfried Tsonga, ou quand en plein cœur du second acte, il mit un smash terrible dans le couloir gauche : "Je ne joue jamais comme ça d'habitude et même comme je suis un peu diminué. Selon l'idée que je me fais du tennis, les points doivent se gagner et pas se donner. À partir du moment où tu distribues les points à ton adversaire et surtout dans un quart de finale de Grand Chelem, tu ne peux pas espérer grand chose", se résignait le Maestro. Il devait se résoudre à défendre, ce qui est contre nature pour un amoureux de l'attaque à tout-va. Son revers légendaire était parfois tranchant mais pas assez régulier pour tenter d'inquiéter durablement son adversaire. Il ne variait pas assez ses coups, sûrement parce que ses amortis n'étaient pas suffisamment travaillés pour servir à quelque chose.

Ce serait mentir de dire que Roger Federer était au top de sa forme pour négocier ce combat, à cause de son dos qui ne cesse de le faire souffrir, bien que le Suisse assure le contraire à qui veut l'entendre. Mais un match se joue à deux et, même contre un Roger Federer des mauvais jours, il fallait un joueur solide en face pour conclure, ce que fit magnifiquement Jo-Wilfried Tsonga de la première à la dernière seconde de l'heure cinquante-huit que dura la rencontre. Pour construire un des plus beaux succès de sa carrière, le finaliste de l'Open d'Australie 2008 s'est tout d'abord appuyé sur un service surpuissant et sur un pourcentage de première balle aux alentours des 75 %. Et bien qu'il dût le perdre à deux reprises, Roger Federer n'a pas souvent vu le jour sur la mise en jeu du Français : "Je sais qu'il faut absolument être très bon sur son service pour gagner ce genre de match relevé et encore plus contre Roger Federer. J'ai tenu à commencer très fort pour que ça déteigne sur le reste du match. Je me fais breaker deux fois parce que je me suis fait surprendre", soulignait Tsonga. Pendant la durée du match, soit une heure et cinquante-huit minutes, Jo-Wilfried Tsonga fut le seul maître de la partie, toujours celui qui dirigeait les échanges. Son coup droit fracassant a puni plus d'une fois les moindres erreurs de Federer : "Il fallait absolument que j'appuie chaque coup parce que c'est mon jeu, c'est ce que je sais faire de mieux. Je sentais bien les coups dès le départ".

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Jo-Wilfried Tsonga : le successeur de Yannick Noah ?

Jo-Wilfried Tsonga joue parmi les meilleurs de tennis de la planète depuis maintenant cinq ans. Il y a cinq ans, Jo faisait déjà la différence par la puissance de son coup droit. Mais hier, il n'y a pas eu que ça pour faire plier à ce point une des légendes du tennis. Il a montré qu'en l'espace d'un lustre, il avait réellement progressé, bien que des mauvaises langues osent prétendre le contraire. Aujourd'hui, il maîtrise cette puissance qui autrefois lui faisait commettre trop de fautes dans les matches importants : "On voit qu'il est plus rapide sur la balle, qu'il travaille plus son coup au lieu de balancer en force en priant que la petite balle jaune atterrisse dans le court. Il est plus mature dans son jeu", tentait Patrice Dominguez. On a également eu l'agréable surprise de voir que les parents de Jo-Wilfried Tsonga l'avaient également pourvu d'un revers. Hier, il en a utilisé dans les moments décisifs : "Je vis avec Jo depuis six mois et je commence à le connaître. On a la même vision de l'avenir. Il a changé de philosophie. Avant, il voulait s'entraîner sur les domaines qu'il maîtrisait pour progresser sur ses coups favoris. Il a compris qu'il stagnait et il s'est rendu compte qu'en améliorant ses points faibles, il pourrait rivaliser avec les meilleurs. Il est plus stratégique. Il peut construire des points quand l'échange dure un peu longtemps. Il a progressé dans son revers à deux mains et on voit qu'il s'en sert avec réussite", se réjouissait son coach depuis décembre, Roger Rasheed.

Vers la finale contre David Ferrer ?

Vendredi, David Ferrer se dressera sur sa route qui l'emmènerait vers la finale, finale que l'on attend depuis Henri Lecomte. Le numéro deux espagnol n'est pas le joueur le plus connu du dernier carré. Il n'a pas le charisme de Rafael Nadal et de Novak Djokovic, mais il faut se méfier du chien qui dort : "Ce sera un match piège pour Jo dans tous les sens du terme. Les gens qui ne suivent pas scrupuleusement le tennis ne connaissent David Ferrer que de nom. Il ne faudrait pas que tout le monde pense que sa demi-finale sera facile. David a peut-être joué le meilleur tennis du tournoi. Il ne se met jamais en avant mais il n'a jamais encaissé de set depuis le début de Roland-Garros non plus", commentait Patrice Dominguez. Ce qui est bien pour le Français, c'est qu'il n'a pas perdu d'énergie dans ce quart de finale : "Il n'a pas concédé de set du tournoi. Il a eu des matches courts. Et son état d'esprit va dans ce sens. Son objectif n'est pas d'aller en demi-finale mais d'aller au bout. Il n'était pas euphorique après sa victoire contre Federer et il a économisé beaucoup d'énergie en ne fêtant pas sa performance plus que de mesure", se réjouissait Cédric Pioline. La France espère tenir le digne successeur de Yannick Noah. Il fêtait aujourd'hui les trente ans de sa victoire en finale contre Mats Wilander et il eut bien évidemment un mot pour Jo-Wilfried Tsonga : "Jo a fait un très bon match et je sens qu'il peut aller au bout. Il est en demi-finale. Il peut battre n'importe lequel des joueurs qui restent. Je suis content de fêter l'anniversaire de ma victoire à Roland-Garros mais j'aimerais vraiment que ce soit la dernière fois que je participe à ça. Pour le tennis français, ce que fait Jo en ce moment est très important. Il apporte un espoir que l'on n'avait pas eu depuis longtemps. Jo est la meilleure personne pour l'emporter. Il dégage tant de sérénité et de solidité"...

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Fruitier Manu @rmcriolo
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