"C'est une mauvaise performance, on a été indignes d'un match pour le maintien." La réaction d'Étienne Didot était sans appel au micro de Be In, deux minutes seulement après le coup de sifflet final au stade Michel D'Ornano. Comment contredire cet homme de bon sens, dont l'avènement tant attendu en tant que capitaine ne résolvait pas tout, à l'heure d'étudier de près cette rencontre ? Didot fut sans doute le seul à tenir son rang, à la recherche constante de la solution face à une situation très tôt (comme d'habitude) mal engagée. Hélas, ses équipiers n'ont pas démontré la même envie, ou la même capacité au choix.
Le sursaut d'orgueil devant un Reims faiblard aura donc été un nouveau mirage, un mois et demi après un succès surprise à Nantes, et trois mois après une éclaircie devant Metz. À ce rythme-là, l'opération maintien était vouée à l'échec.
Analyse de la défaite : les murs tremblent mais rien ne change
Pourtant, les signaux étaient au vert depuis une semaine. Notamment la promesse de renouveler enfin un système de jeu et un onze de départ similaires à ceux du match précédent. Simple réajustement à la marge, suspension de Grigore oblige, nous promettait-on. Or une nouvelle indisponibilité a bouleversé les plans : Moubandjo dut déclarer forfait. La ligne défensive perdait ainsi, après Veskovac et Spajic, le dernier élément titulaire au temps du format 3-5-2. Les faibles options de rechange conduisirent à tester une nouvelle ligne dans l'urgence. Sur les quatre arrières alignés à Caen, seul Tisserand évoluait à son poste de prédilection, Ninkov bouchait le trou à gauche, tandis que la paire inédite Yago-Spano se chargeait de l'axe. Devant eux, les repères étaient plus avérés entre Doumbia et Didot, autant qu'entre Braithwaite et Trejo. Le manque de complicité criant du duo offensif Ben Yedder-Pesic n'avait pas empêché l'effusion de tirs face à Reims, alors pourquoi ne fonctionnerait-il pas devant une équipe normande encore dernière il y a quinze jours ? Aussi, le souvenir d'un match aller débridé (3-3) laissait entrevoir de belles possibilités. Les deux clubs se situaient au-dessus de la zone rouge au coup d'envoi, donc théoriquement sereins.
L'illusion dura quarante secondes, Doumbia laissa filer Féret, auteur d'une passe lumineuse pour Privat. Premier avertissement sans frais, mais sensation de malaise. Persistante. Ainsi le milieu défensif Malien, si brillant pour son retour de la CAN le samedi précédent, sombrait dans les approximations au fil des minutes. De nouveau dépassé par Féret, Doumbia reçoit un jaune prématuré (4′) et persiste dans une agressivité mal dosée (8′). Caen laisse volontiers la possession à son visiteur, mais joue chaque percée à fond. Le débordement de Kanté aura raison de l'attentisme de Spano, devancé par Privat de la tête (18′). Peu puissante, la reprise suffit néanmoins pour ouvrir le score. Dès lors, le match est plié. Dans la continuité de ses flops successifs à Montpellier, Lille, Lyon, Annecy, le onze toulousain baisse pavillon au premier élément défavorable. Ni les quelques inspirations de Trejo, ni les multiples touches de balle de Ben Yedder, ni les persistantes tentatives de centres de Tisserand ne sonnent la révolte. Pis, les Normands disposent aisément, dans un rythme de sénateur, de leurs concurrents.

Un match comme on en a vu des dizaines avec notre cher club de la ville rose. Sauf qu'ils étaient autrefois entrecoupés de moments plus réjouissants, de matchs de gala ou de mini-série de quatre ou cinq résultats probants. Le ressort était cassé, en dépit de l'union sacrée décrétée, de tous les leviers utilisés pour renverser la vapeur, des changements tactiques aux huis-clos en passant par l'intégration de jeunes pousses. Au bout de vingt-quatre rencontres, vingt-six si l'on comptait les coupes, aucune certitude ne se dégageait. Les rares valeurs sûres de l'effectif régressaient à leur tour : après Aguilar, Ben Yedder, Ahamada, ce fut au tour de Doumbia de passer à côté.
Il y avait effectivement de quoi pousser des coups de gueule à la mi-temps. Mais après qui ? Après quoi ? Vu son refus dogmatique de remettre en cause Alain Casanova, le président Sadran devait bientôt se résoudre à houspiller le responsable du recrutement, Ali Rachedi, jusqu'ici protégé par la faible aura médiatique du TFC. Le moment de se poser les questions interdites était venu : et si la bonne volonté des joueurs n'était pas en cause ? S'il s'agissait simplement d'un niveau global trop faible pour la Ligue 1 ? S'il s'agissait de l'échec d'une politique dans son ensemble ?
Comparaison avec les autres relégables
Car il y avait des données qui ne trompaient pas. Prenons les quatre victoires obtenues à domicile par les Violets cette saison-là. Trois d'entre elles le furent face à des candidats au maintien, la dernière devant un Lyon diminué par une dizaine de blessures, remontant à mi-août, une autre époque. Certaines circonstances pouvaient aussi permettre de nuancer les succès obtenus à l'extérieur. Plus que le standing des équipes vaincues, ce furent les scénarios des rencontres qui importèrent. Le TFC avait par exemple ouvert le score lors de chacune de ses sept victoires, pu bénéficier d'une adversité défaillante : l'irrégularité des Rennais, les blocs Stéphanois ou Nantais hermétiques mais atones offensivement. Face à un élément contraire, le TFC avait rarement su se rebeller. Tout juste devait-on souligner les nuls arrachés devant Guingamp et Bastia, deux équipes diminuées par des calendriers chargés les semaines précédant leur venue au Stadium.
La spécialité-maison était plutôt de s'effondrer à la moindre anicroche, d'être le rebond idéal pour un adversaire dans le doute. Deux exemples parmi d'autres : le LOSC de René Girard peinait à inscrire des buts, en trente-huit matchs toutes compétitions confondues, il n'était parvenu à en marquer plus de deux dans la même partie une seule fois... Face à Toulouse le 14 décembre dernier ; quant aux Girondins de Bordeaux, ils avaient connu une difficile série depuis mi-décembre, ne remportant sur neuf duels que leur 32e de coupe face à leur voisin haut-garonnais. Qu'espérer alors devant un Caen en plein rush ?

Le calendrier fatal du TFC
Avant une étude approfondie des équipes en lutte pour le maintien à l'époque, voici un récapitulatif des matchs qui attendaient les Violets.
25e journée (14 février)
Toulouse-Rennes
26e journée (21 février)
Paris SG-Toulouse
27e journée (28 février)
Toulouse-Saint-Étienne
28e journée (7 mars)
Toulouse-Marseille
La série des quatre "finales" avait donc débouché sur ce faible bilan de quatre points (victoire contre Reims, nul devant Bastia, défaites à Annecy et Caen). L'heure était venue d'entrer dans l'enchaînement des quatre "cadors", ou se voulant comme tels. Voilà cinq mois, le TFC avait disputé ses meilleures rencontres face aux Rennes, PSG et Saint-Étienne. Dans la manière comme dans la finalité. Comme si porter l'étiquette de victime désignée lui ôtait toute inhibition, soulageait son jeu. En serait-il de même lors de cette phase retour ? La pression a changé de camp, les éventuels points pris face aux gros de la L1 ne seront pas du luxe.
Car si l'on en croit les dernières saisons, ce sont les confrontations avec les équipes concernées par le maintien dont il faut se méfier le plus. Les déplacements chez des "candidats" (Reims, Bastia, Evian TG, Caen) s'étaient jusqu'ici soldés par des défaites. Sans même inscrire le moindre but. À domicile, les apparences étaient sauves (huit points pris sur douze devant ces mêmes adversaires). Si on élargit l'analyse aux huit équipes alors en course pour garder leur place dans l'élite, le bilan était encore moins flatteur (cf récapitulatif des résultats ci-dessous). Or, il restait trois rencontres "à six points" à disputer cette saison, toutes à l'extérieur. L'absence de culture de la survie scellerait-elle le sort des Violets ?
Le destin était entre les mains des autres !
Classement particulier dans les confrontations entre les huit candidats au maintien (à l'issue de la 24e journée 2013-2014)
1er CAEN 18 points (9 matchs – 5 victoires, 3 nuls, 1 défaite)
2e LORIENT 15 points (8 matchs – 5 victoires, 3 défaites)
3e EVIAN TG 15 points (8 matchs – 5 victoires, 3 défaites)
4e LENS 13 points (9 matchs – 3 victoires, 4 nuls, 2 défaites)
5e REIMS 13 points (11 matchs – 4 victoires, 1 nul, 6 défaites)
6e TOULOUSE 11 points (11 matchs – 3 victoires, 2 nuls, 6 défaites)
7e BASTIA 10 points (10 matchs – 2 victoires, 4 nuls, 4 défaites)
8e METZ 9 points (8 matchs – 3 victoires, 5 défaites)
Analyse des performances des équipes candidates à l'époque
*Le Stade Malherbe de Caen était donc le crack des chocs "d'en bas". Invaincu chez lui, le promu n'avait baissé pavillon que d'un petit but d'écart à Metz. Encore cinq rencontres directes à disputer, dont trois à domicile. La hype entourant les Normands promettait de se poursuivre.
*Lorient, avec aucun nul au compteur, se confirmait bien comme un club joueur, apte à se découvrir pour aller chercher trois points, quitte à repartir avec zéro. Un risque loin d'être incongru, car il récoltait davantage à ce jeu-là qu'une équipe venue chercher le nul. Pour preuve, ses trois succès à l'extérieur. À noter pas moins de six adversaires directs sur sa route d'ici fin mai. Dont la réception du TFC.
*Evian TG possédait les mêmes vertus que les Merlus, malgré un jeu plus pauvre et besogneux. Club irrégulier par excellence, le bastion savoyard était armé pour lutter contre les vents contraires. L'ETG avait lui aussi droit à six duels pour écarter ses rivaux. Un bis repetita de son superbe sauvetage de l'an dernier n'était pas à exclure. Il jouerait en effet son ultime rencontre sur le terrain de Caen le 23 mai.
*Dans un contexte kafkaïen (situation financière opaque, rencontres à domicile jouées sur terrain neutre, recrutement encadré), les Lensois faisaient mieux que résister. Ils s'étaient seulement inclinés deux fois sur leurs neuf parties "bas de tableau". Signalons notamment une invincibilité du côté de leur stade de résidence à Amiens (deux victoires, deux nuls). Cela tombait bien, ils recevraient encore trois fois pour deux déplacements.
*Le Stade de Reims était incontestablement, avec le TFC, la plus faible équipe de ce classement particulier. Depuis son retour dans l'élite, la tendance se poursuivait : délivrer de belles prestations face aux ténors du championnat, procéder à un nivellement par le bas face aux équipes de leur monde. Cette 5e position ne disait pas tout, à l'image de la 13e place au général. Le danger était bien là pour un club ne comptant plus que trois rivaux directs au programme.
*Le TFC ne se classait que 6e parmi les huit prétendants, avec onze points. Et même dernier si l'on appliquait un ratio sur le nombre de rencontres jouées. Comme dit précédemment, il croiserait ses trois derniers concurrents frontaux sur leurs terres. Or dans ce mini-championnat, il n'avait pris aucun point à l'extérieur pour l'instant.
*Bastia comptait une confrontation directe en moins par rapport au TFC, et jouerait deux des quatre restantes à domicile. Inutile de rappeler l'importance de Furiani dans l'histoire du club corse.
*Metz, en apparence aussi décroché dans ce classement particulier (9 points) qu'il l'était au général, devait encore disputer six duels frontaux, dont quatre à Saint-Symphorien. Loin d'être anodin pour un club qui avait été capable d'enfiler trois pions à Reims, Caen et Bastia.
*Mettons enfin en exergue les terribles 26e et 33e journées, puisque six des prétendants croiseraient simultanément le fer ces week-end là. D'abord les 21-22 février, soit le moment même où le TFC devrait essuyer sa traditionnelle défaite au Parc des Princes. Pendant que les violets verraient leur compteur figé, les chocs Caen-Lens, Evian TG-Lorient et Reims-Metz offriraient forcément des munitions à ses concurrents. Trois résultats nuls limiteraient la casse, certes.

Enfin, cinq affiches du bas de tableau étaient dispatchées sur les cinq dernières journées, entre le 25 avril et le 23 mai. Trois d'entre elles concernaient l'Evian TG, l'équipe la plus aguerrie pour conclure sur la dernière ligne droite.
Demeurait la grande inconnue, combien de ces huit équipes seront mathématiquement sauvées à l'aube de l'ultime journée de championnat ? Vraisemblablement une bonne moitié, si l'on en croit les enseignements passés. Et dans la spirale actuelle, il faudrait être un indécrottable optimiste pour imaginer le TFC parmi celles-ci.
Note : Cet article analyse la situation du TFC lors de la saison 2013-2014. Le club a finalement terminé 13ᵉ de la Ligue 1 cette saison-là, assurant son maintien.