Rupture totale du ligament croisé antérieur du genou droit, à 24 ans, deux ans après la même blessure à l'autre genou. Le LOSC a confirmé le diagnostic lundi 12 octobre dans ce message :

Derrière l'émotion, le club lillois a annoncé deux démarches distinctes : saisir la FFF et la LFP pour "un examen du traitement de cette action par l'équipe arbitrale et l'assistance vidéo", et "se réserver le droit d'engager toute action en justice pour obtenir réparation de ses préjudices". Deux démarches, deux régimes juridiques très différents, et des chances inégales.
Ce que l'on sait du fait
Le 10 octobre 2026, à la 17e minute de Lille - Le Havre (1-0), Tiago Santos est évacué sur civière après une intervention d'Amir Richardson. Ni Bastien Dechepy ni le VAR ne sanctionnent le geste, sans même un avertissement. Le défenseur portugais devra être opéré et manquerait le reste de la saison.

Le point juridique décisif : l'absence de carton n'empêche pas une action en justice.
La voie disciplinaire : étroite, mais pas fermée
Le LOSC ne peut pas déposer lui-même une plainte devant la commission de discipline de la LFP. En revanche, il peut demander au président de la ligue de saisir cette commission pour un agissement fautif grave, au vu notamment de la vidéo. C'est la voie la plus cohérente avec la communication du club.
La "réserve technique", elle, est inutile ici. Elle doit être posée par le capitaine pendant le match, au premier arrêt de jeu, puis confirmée sous 48 heures, et ne peut porter sur une appréciation d'arbitrage comme une faute non sifflée. Son seul effet possible : faire rejouer la rencontre. Le LOSC l'a gagnée.
Côté FFF, la fédération peut en revanche sanctionner l'arbitre en interne, sur le fondement du statut de l'arbitrage : avertissement, absence de désignation pendant quelques mois, voire déclassement. C'est la seule piste où l'institution sanctionne directement son propre agent.
Le Havre conteste d'emblée le principe même d'une sanction prise après coup. Communiqué officiel du HAC :
L'argument est procédural : deux arbitres ont vu l'action, aucun n'a sanctionné, et le règlement ne prévoit pas de requalifier rétroactivement ce geste. C'est précisément là que les deux clubs se séparent sur la lecture du dossier.
La voie civile : la vraie action en justice
C'est la piste la plus solide, et la plus lente. L'avocat Laurent Fellous, spécialiste du droit du sport, résume la règle posée par la jurisprudence des tacles : un club ne répond de la blessure causée par son joueur que si le geste constitue "une faute caractérisée par une violation des règles du jeu". Tacle par derrière, geste déloyal créant un risque anormal, tacle tardif avec excès d'engagement : la faute est caractérisée. Un tacle simplement maladroit relève, lui, des risques normaux du jeu, même si la conséquence est grave.
Deux précédents encadrent l'analyse : la fracture du tibia de Yves Deroff par Patrick Blondeau (1999) et celle du péroné de Charles-Édouard Coridon par Paul Le Guen (1997). Dans ces affaires, les juges ont assigné non les joueurs, mais leurs clubs.
C'est le mécanisme de l'article 1242, alinéa 5, du code civil : le responsable du fait d'autrui. Amir Richardson est salarié du HAC ; c'est donc Le Havre qui pourrait être condamné à indemniser le LOSC - des salaires versés au joueur blessé, ses charges sociales, et un préjudice sportif évalué. Mais il faut d'abord obtenir du juge qu'il qualifie lui-même le geste de faute caractérisée. Le magistrat n'est pas lié par l'arbitre : l'absence de carton n'empêche pas une demande d'indemnisation, mais elle retire au LOSC un appui objectif.
Le joueur peut aussi agir personnellement, au civil comme au pénal : des blessures involontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail de plus de trois mois constituent un délit, puni par l'article 222-19 du code pénal. La CPAM pourrait enfin réclamer le remboursement des prestations versées.

Fellous estime que "les chances existent" pour le LOSC d'obtenir réparation. Il ajoute toutefois que la procédure "est très longue". Aucune assignation n'a d'ailleurs été déposée à ce stade : le club s'est contenté de réserver ses droits.
Ce que le Club Protection Programme ne change pas
Face à cette lenteur, un dispositif existe bel et bien pour les clubs - mais il ne s'applique pas ici. Le Club Protection Programme de la FIFA indemnise les clubs lorsque leur joueur se blesse en match international "A" officiel : incapacité totale temporaire de plus de 28 jours consécutifs, calcul sur le salaire fixe du joueur, jusqu'à 7,5 millions d'euros par joueur et par accident, soit un plafond de 20 548 euros par jour pendant 365 jours au maximum, dans une capacité annuelle globale de 80 millions d'euros. Les frais médicaux, l'invalidité permanente et le décès ne sont pas couverts.
Ce régime éclaire le cas lillois sur deux points. D'abord, il ne s'agit pas d'une action en responsabilité : un club lésé en sélection ne peut pas assigner une fédération sur le modèle LOSC-Le Havre, il dépend d'une assurance avec des plafonds stricts et des exclusions. Ensuite, la blessure de Tiago Santos est survenue en championnat de club, hors des matchs du calendrier FIFA : le dispositif ne joue pas. La couverture documentée court jusqu'au 31 décembre 2026, sans que sa reconduction ultérieure ne soit établie.
Le calcul du LOSC
Au fond, le club ne mise pas uniquement sur un procès. Il obtient au moins trois choses en une seule communication : exercer une pression sur la LFP et la FFF, forcer le débat sur l'absence d'intervention du VAR, et préserver la valeur de son dossier avant toute éventuelle assignation. Le préjudice est réel : un latéral de 24 ans, sous contrat jusqu'en 2029, victime d'une deuxième rupture en deux ans, éloigné des terrains près d'un an la dernière fois.