
« Après avoir vu ça, on peut mourir tranquille. Enfin, le plus tard possible, mais on peut », s'exclamait Thierry Roland un certain dimanche 12 juillet 1998, vers 22 h 30, du côté de Saint-Denis. La France venait de remporter la Coupe du Monde de football, pour l'instant la seule de son histoire. Cette petite phrase montre ce que symbolisait le football pour l'ami Thierry, c'est-à-dire beaucoup plus qu'un simple jeu. Durant ces 13 Coupes du Monde et ces 9 Championnats d'Europe des nations, il aura tout connu, tout vu, le meilleur comme le pire. Que ce soit avec les Bleus ou avec les clubs.

Comment Thierry Roland a-t-il débuté à l'ORTF ?
Supporter assidu du Racing Club de France, il commence sa carrière à la RTF, qui deviendra l'ORTF. Sa première Coupe du Monde, il la suit en 1962, au Chili. À l'époque, le direct n'existe pas et il devait faire les commentaires après le match, qui était diffusé le lendemain. Par la suite, il sera licencié en 1968 après les divers événements du fameux mois de mai. Il rebondit sur France Inter, mais c'est sur Antenne 2 qu'il fait son grand retour à la télévision. Il y suit notamment les épopées de Saint-Étienne en Coupe des Clubs Champions. Il fait partie de l'aventure Stade 2, émission qui existe encore aujourd'hui.

Thierry Roland et Jean-Michel Larqué : le duo historique
En 1979, Thierry Roland fait la rencontre qui changera le cours de sa carrière, l'une des plus importantes de sa vie. Tout jeune retraité, Jean-Michel Larqué est engagé par Antenne 2 pour former un duo avec Thierry Roland. Pendant près de vingt-cinq ans, ils écumeront les terrains de France et de Navarre. Tous les deux se complétaient : Roland, le côté chauvin et supporter ; Larqué, le côté technique dû à sa carrière à Saint-Étienne. Ce vieux couple, comparable à un mariage de 50 ans, aurait pu être le cinquième couple de la série à succès de M6, Scènes de Ménages.
En 1984, les deux compères prennent la direction de TF1, qui veut faire du duo Larqué-Roland sa figure de proue. Chez TF1, ils ne commentent pas seulement les matchs, ils prennent aussi les commandes de l'émission footballistique Téléfoot. L'histoire de Thierry Roland avec la première chaîne s'arrête en 2004, sous les larmes de Roland qui voit dans cette éviction une retraite si détestée et évitée, symbole de « première mort » comme il l'avait dit à la mort de son mentor Roger Couderc.
En octobre 2005, il annonce qu'il commentera sur M6 les matchs de la prochaine Coupe du Monde en Allemagne. Il indique également : « Quand TF1 a entendu parler de pourparlers entre M6 et moi, ils m'ont rappelé pour que je revienne. J'ai pas énormément hésité et j'ai opté pour la chaîne qui me voulait sincèrement. » En 2012, il devait reformer le duo historique avec Jean-Michel Larqué lors de l'Euro 2012, mais sa santé le rattrapa.
En cinquante ans de carrière, il aura connu toutes les émotions possibles et imaginables. Le but litigieux en finale de la Coupe du Monde 1966, la victoire 4-1 du Brésil sur l'Italie en finale du Mondial 1970. Le France-Bulgarie où il insultera l'arbitre avec son célèbre « Monsieur Foote, vous êtes un salaud » à la suite d'un penalty plus que douteux. L'attentat de Schumacher, la victoire à l'Euro 84, le quart de finale contre le Brésil à Guadalajara et le tir au but décisif de Luis Fernandez « Allez mon petit bonhomme ! ». Le France-Bulgarie de 1994 et le but de Kostadinov à la dernière seconde et, par-dessus tout, les deux sacres français de 1998 et 2000. Il aura connu les plus grands : Pelé, Maradona, Platini, Zidane et bien d'autres.

Quels sont les hommages à la « voix du football » ?
À l'annonce de son décès, les voix s'élevèrent pour dire ce que la mort de « la voix du football » leur évoquait. D'abord son fidèle acolyte, Jean-Michel Larqué, qui fut l'un des premiers à réagir : « C'est un ami de plus de trente ans. Il me disait qu'il se sentait faible mais j'ai du mal à y croire. Je l'avais eu au téléphone. Il a regardé la victoire française et il s'est endormi pour l'éternité. » Jacques Vendroux, un autre collègue et ami, confessa : « Il m'a tout appris et si j'ai pu faire cette carrière, c'est grâce à lui. »
Ce que l'on sait, c'est que de là-haut, Thierry Roland continuera à vivre sa passion, car comme il l'avait dit un jour de France-Bulgarie, en 1976 : « Il y a vraiment un bon Dieu ».