
Dans ce communiqué, les raisons invoquées étaient claires : "Bradley est blessé et malade. On pensait qu'il allait s'en remettre rapidement et pouvoir se préparer sereinement pour le Tour de France. Voyant les jours passer et l'état de santé de Bradley ne pas s'améliorer aussi vite qu'on le pensait et qu'on l'espérait, on s'est fixé une date limite et elle a été atteinte. On pense que pour se préparer de façon optimale à un événement comme le Tour de France, il faut au moins un mois, donc on a estimé que Bradley ne pourrait pas être à 100 %."
Pourquoi Bradley Wiggins ne sera-t-il pas là ?
Au fond, nous avions bien envisagé l'hypothèse de l'absence du vainqueur en titre pour une raison simple : nous avons vu le Giro et surtout un Bradley Wiggins en difficulté dès les premières pentes raides. Avant tout, il a souffert dans les descentes détrempées où il a chuté à deux reprises, terminant l'étape les mains sur les freins de peur de tomber à nouveau. Il avait décidé d'abandonner le matin de la treizième étape pour mettre un terme à ce calvaire. Bradley Wiggins est reparti d'Italie avec une vilaine infection pulmonaire et une tendinite au genou.
Mais cet échec sur un Tour d'Italie qu'il attendait tout particulièrement pour asseoir sa domination sur le cyclisme mondial n'était pas le seul de sa saison. Il s'était déjà montré fébrile lors du Tour d'Oman, mais il expliquait cela en disant qu'il avait roulé pour son coéquipier Christopher Froome afin de commencer sa saison en douceur. Sur le Tour du Trentin, il était leader de la Team Sky et n'a pris que la cinquième place du classement général, loin derrière Vincenzo Nibali qu'il n'a pas pu suivre dès que la route s'élevait. "C'est vrai que son début de saison ne s'était pas vraiment déroulé comme il l'aurait souhaité. Il n'a pas eu de réussite certains jours mais il ne paraissait pas aussi affûté que la saison dernière. Il était toujours fin mais moins qu'il y a un an. Il disait qu'il avait faim de victoires. Il le pensait sûrement mais je suis persuadé qu'au fond de lui, il n'était pas prêt à faire autant d'efforts et de concessions pour parvenir à atteindre ses objectifs", tentait d'expliquer Laurent Jalabert.

Chris Froome désigné unique leader
Dans son communiqué, Dave Brailsford parlait de "grosse déception de devoir se passer d'un de ses meilleurs coureurs pour le Tour de France". Le manager de l'équipe britannique le pensait assurément, mais comment ne pas voir que sous cet aspect extrêmement négatif se cachait une réalité bien plus positive pour la structure ? La non-sélection de Bradley Wiggins va permettre aux membres du staff de Sky de ne pas avoir à choisir concernant le rôle de leadership pour cette centième édition du Tour de France. Il est vrai que dès le milieu du mois d'avril, Dave Brailsford avait affirmé : "Le leader de l'équipe pour le Tour de France est Chris Froome. Ce sera le leader et le seul leader de l'équipe". Cela sous-entendait que Bradley Wiggins ne serait pas de la course ou qu'il devrait se mettre complètement au service de son leader, Chris Froome en l'occurrence. Mais Bradley Wiggins, comme s'il n'avait rien entendu, disait la veille du départ du Giro : "Mon objectif est de faire le doublé Tour d'Italie-Tour de France. Je veux conserver mon titre de vainqueur du Tour".
Autant dire que sa présence au sein de la formation Sky aurait pu déstabiliser une équipe dans laquelle la hiérarchie avait été dévoilée bien longtemps à l'avance. Son absence va donc simplifier bien des choses. "Une équipe avec deux leaders potentiels est compliquée à gérer. Il faut forcément trancher à un moment car on risque de tout perdre dans ces moments-là. Mais l'équipe Sky a pris une décision courageuse et Bradley n'en a pas tenu compte dans sa vision de ce qu'allait être son rôle en juillet. J'imaginais mal Wiggins rouler pour un autre et encore moins pour Froome. Ça aurait été un aveu de faiblesse par rapport à sa victoire sur le Tour 2012. Ça aurait voulu dire que c'est Froome qui était plus fort l'année dernière. Bradley Wiggins aurait forcément voulu jouer sa carte pour voir lequel des deux est le meilleur. C'est pour ça que je pense que cette histoire est fausse. Même en bon état de santé, je pense qu'il n'aurait pas été présent sur le Tour aux côtés de Chris Froome", expliquait Laurent Jalabert.
Le principal intéressé, Bradley Wiggins, ne tardait pas à réagir lui aussi par l'intermédiaire du site internet de l'équipe Sky : "C'est très compliqué de devoir renoncer à participer à une telle course. J'aurais tellement aimé être sur la centième édition du Tour de France. Il y avait tout pour faire une course extraordinaire : un départ en Corse dans un panorama magnifique, des étapes historiques à l'Alpe d'Huez et au Grand-Bornand. Il y avait ce passage par le Mont Saint-Michel et une arrivée sur les Champs-Élysées de nuit. Malheureusement, je ne pourrai pas être prêt pour le départ. L'équipe Sky est une équipe qui nourrit de gros objectifs et elle ne peut pas sélectionner un gars qui n'est pas à 100 % de sa forme. De toute façon, je n'aurais pas vu l'intérêt de participer à une course si c'est pour finir septième. Moi, ce que je veux, c'est la victoire et rien d'autre donc je reviendrai, c'est sûr, dans un meilleur état physique parce que j'adore cette course".
Bradley Wiggins n'est pas le premier vainqueur du Tour à ne pas figurer à l'édition suivante. Il y a eu de grands noms comme Jacques Anquetil, Bernard Hinault ou Laurent Fignon. Le plus important pour lui sera son retour. Il pourrait être le leader de la Sky pour la prochaine Vuelta où il retrouverait Vincenzo Nibali et son coéquipier Rigoberto Uran. Le Tour d'Espagne pourrait lui servir de préparation avant les Championnats du Monde qui se dérouleront en Italie avec un parcours qui lui irait comme un gant...