
Au départ de l'étape d'hier qui reliait Albertville à la station de la Toussuire, le meilleur Français, Jérôme Coppel, ne pointait qu'à la seizième place d'un classement général dominé par le Britannique Bradley Wiggins. Autant dire que les doux rêves de Top 10, comme on en a eu l'année dernière, s'évaporaient tranquillement. Ce que l'on ne savait pas, c'est que les grands acteurs de l'étape phare des Alpes seraient des coureurs français. Les deux, Pierre Rolland, maillot blanc de meilleur jeune l'année passée, et Thibaut Pinot, benjamin de cette 99e Grande Boucle, ont réalisé un grand spectacle, que ce soit pour les spectateurs nombreux au bord des routes ou les téléspectateurs assis confortablement dans leur fauteuil, qui cherchaient désespérément une raison de ne pas s'endormir après une première semaine ennuyeuse.
Pierre Rolland : une victoire construite avec Christophe Kern
Comment ne pas commencer par le vainqueur de l'étape, Pierre Rolland, qui prouve une nouvelle fois qu'il est le nouveau petit prince du massif alpin ? Cette étape, il l'avait cochée dès la révélation du parcours, fin octobre 2011. Après sa chute lors de l'étape entre Rouen et Saint-Quentin, où il avait perdu de précieuses minutes qu'il savait compromises par le profil très rouleur de ce Tour de France 2012, son choix était conforté : l'étape reine des Alpes, c'était pour lui et pour personne d'autre.
Pour cela, il partit en compagnie de son coéquipier chez Europcar, Christophe Kern, au pied de la première difficulté de la journée, le Col de la Madeleine. Revenus sur l'échappée, la tête de course se composait alors de 26 coureurs. L'écart avec le peloton n'augmentant pas, « la Kernasse » prit les choses en main pour son leader, notamment dans le Glandon où son accélération eut pour effet de lâcher bon nombre de coureurs, et pas des moindres : Michele Scarponi, déjà un peu émoussé par son échappée de la veille, Alejandro Valverde, Ivan Basso, dernier Italien à avoir atteint le podium du Tour de France en 2005, à l'époque où on voyait en lui un vainqueur du Tour en puissance, et Levi Leipheimer.
Quand Christophe Kern termina son travail, il ne restait plus que cinq coureurs : Pierre Rolland, Robert Kiserlovski, Vasili Kiryienka, Chris Anker Sørensen et le nouveau meilleur grimpeur Fredrik Kessiakoff. Dans le Mollard, il ne restait plus que le KKR (Kiserlovski, Kiryienka, Rolland). Dans la descente très périlleuse du Mollard, Rolland se fit une petite frayeur en chutant dans un des nombreux virages en épingle. Heureusement, pas de blessures et juste quelques plaies superficielles.
Comme lui avait conseillé Andy Flickinger, son directeur sportif qui avait déjà entraîné la victoire d'étape de Thomas Voeckler la veille, il laissa ses compagnons à dix kilomètres de l'arrivée : « Je voyais que Kiserlovski et Kiryienka ne relayaient plus beaucoup, qu'ils temporisaient. Pendant ce temps-là, Andy me dit que ça bouge derrière et que la Sky risque de rouler très fort derrière nous. J'ai décidé d'attaquer et au fond, je pense que j'étais le plus frais de l'échappée. »
Jusqu'à la flamme rouge et un dernier kilomètre un peu moins compliqué, on ne savait pas si le vainqueur de l'Alpe d'Huez allait pouvoir résister au retour du train Sky emmené par Chris Froome. Cette victoire, et la défaillance de Denis Menchov, font que Rolland devient le meilleur Français du Tour 2012. Il prend la neuvième place du général et peut prétendre à un deuxième Top 10 d'affilée.