
Pourtant, à la mi-temps, le sourire se trouvait davantage sur le visage du Président car la France menait un but à zéro, un exploit par rapport au déroulement des quarante-cinq premières minutes. Un premier quart d'heure à sens unique en faveur des visiteurs du soir, puis un léger mieux pendant vingt-cinq minutes qui ne suffisait pourtant pas aux hommes de Didier Deschamps pour rééquilibrer réellement les débats. Mais alors que tout le monde s'apprêtait à rentrer aux vestiaires sur un score nul et vierge, Karim Benzema, qui a dû prendre récemment des cours en la matière par son coéquipier au Real Madrid Cristiano Ronaldo, frappait un coup franc somptueux qui finissait sa route sur la barre transversale d'Adler avant que Moussa Sissoko ne remette le ballon sur la tête de Valbuena, qui faisait trembler pour la première fois les filets du portier de Leverkusen préféré à Manuel Neuer. Un score totalement contre le cours du jeu qu'Étienne Capoue, qui rentrait avec sa tenue de justicier à la pause en lieu et place de Blaise Matuidi, tenait immédiatement à remettre en ordre en perdant un ballon dans son propre camp et qui permettait à Gundogan de donner un ballon pour Thomas Müller, remettant les deux équipes à égalité. Et voulant se venger de la défaite subie l'année passée à Brême par ces mêmes tricolores, les joueurs de Joachim Löw, grâce à une passe somptueuse de Mesüt Özil en direction de son partenaire au Real Madrid Sami Khedira, donnaient la victoire aux siens sur ce même score de 2-1.

Vingt bonnes minutes pour la France
Une défaite à l'arrière-goût de coup d'arrêt pour une équipe de France qui restait sur deux excellents résultats en octobre contre l'Espagne (1-1) et en Italie (victoire 2-1). Une victoire hier soir contre l'Allemagne aurait montré une fois de plus que les tricolores peuvent faire durablement le poids contre les meilleures nations du football. Elle aurait donné encore plus de confiance à une équipe qui en aura grandement besoin en mars quand il faudra recevoir l'Espagne pour jouer directement la qualification pour la Coupe du Monde 2014 au Brésil. Malheureusement, Didier Deschamps essuie sa seconde défaite de suite au Stade de France après un premier échec en octobre contre le Japon (1-0), qui avait été vite oublié avec le point obtenu à Madrid seulement quelques jours après. Une enceinte de Saint-Denis où il faisait un froid de canard et il ne fallait pas compter sur le public du Stade de France pour réchauffer tout ça. Pas un chant pour soutenir ses joueurs et des olas toutes les cinq minutes alors que la France est archi dominée.
Mais plus que le simple score, qui n'est pas l'information principale que doit apporter un match amical, c'est le contenu de cette défaite qui fait mal aux esprits. À croire au même niveau que les deux derniers finalistes du championnat d'Europe, peut-être avons-nous oublié que la France mérite sa place hors du Top 10 de la FIFA, et cette défaite concédée contre la seconde nation mondiale est une piqûre de rappel. Vingt premières minutes désastreuses sans un ballon mis à part ce centre de Bakary Sagna, qui aurait pu être dangereux si le mauvais état de la pelouse n'avait pas fait rater la reprise de Moussa Sissoko. Sans Lloris, qui faisait une sortie parfaite sur Mario Gomez et qui détournait un coup de tête de Per Mertesacker, le score aurait été ouvert bien plus tôt et aurait entériné la partie. L'ouverture du score de Mathieu Valbuena, le premier but de la tête du milieu offensif marseillais, paraissait comme un scandale et montrait à nouveau que le football est un sport particulier où il est possible de mener en étant dominé.
Un avantage qui ne durera pas bien longtemps car seulement cinq minutes après la pause, Étienne Capoue ne mettait pas la force nécessaire à sa passe, chose interdite quand on joue dans son propre camp, que Gundogan interceptait avant de donner un ballon de but à Müller. Avec cette égalisation d'entrée de deuxième mi-temps, personne ne pouvait donner cher la peau de notre équipe de France et la défaite semblait encore plus que probable. Mais chacun sait qu'elle est meilleure quand on ne l'attend pas. On voyait enfin du jeu et des occasions. D'abord un centre de Patrice Evra que Karim Benzema fut à quelques centimètres de mettre dans le but d'Adler, puis un une-deux astucieux entre Valbuena et l'avant-centre du Real Madrid, mais le tir enroulé de l'Olympien n'était pas cadré. Et enfin, un centre de Karim Benzéma coupé par Franck Ribéry à côté du cadre. Les Bleus poussaient et inévitablement s'exposaient par la même occasion, et il est assez imprudent de laisser des espaces pareils à un Mesüt Özil dans la forme qu'il est en ce moment en club et avec la Mannschaft. Le meneur madrilène trouvait Sami Khedira qui ajustait parfaitement Lloris. Un deuxième but allemand qui prenait des airs de coup de massue car, après cette réalisation du milieu défensif du Real Madrid, la France eut du mal à réagir comme elle l'avait fait après l'égalisation de Müller. Dans le temps additionnel, à la faveur des entrées conjuguées de Jérémy Ménez et Olivier Giroud, des opportunités d'égalisation ont été entrevues, mais on connaît la suite.
Une classe d'écart entre les deux équipes
Au fond, sur l'ensemble du match, ce score de deux buts à un pour l'Allemagne semble assez logique. On a pu s'apercevoir qu'une classe séparait encore les deux équipes du soir et qu'il manquait encore pas mal de choses à l'équipe de Didier Deschamps pour monter à ce niveau de football. Dans les buts, Hugo Lloris est incontournable. La charnière Koscielny-Sakho présente en début de match parut également solide et contenait assez efficacement les assauts d'Özil. La rentrée d'Adil Rami donna beaucoup moins d'assurance à la défense française. Autre aspect positif, la grande forme de Franck Ribéry qui, pendant une première période de souffrance, fut le seul tricolore à faire la différence à un tel point qu'on le voyait en 10 et dans le couloir de Moussa Sissoko, qui n'apportait rien offensivement. La dernière source de satisfaction est sans doute la deuxième mi-temps très active de Mathieu Valbuena, aussi à l'aise derrière Karim Benzema qu'à droite.
Ces points positifs vont servir de base à Didier Deschamps mais sont bien trop minces pour masquer des manques évidents dans des secteurs clés. Bakary Sagna, qui effectuait son retour avec la tunique bleue depuis près d'un an et demi, freinait le jeu offensif et peinait contre les montées de son coéquipier Lukas Podolski et d'Howedes. De l'autre côté, ce n'était guère mieux. Patrice Evra voulait jouer ailier et jouer avec Ribéry. Il était même à deux doigts de donner une balle de but à Karim Benzema. Mais défensivement inexistant, les deux buts se passent sur son côté que Franck Ribéry, partout hier sur la pelouse pourrie du Stade de France, devait occuper parfois quand Evra ne daignait pas se replacer. Ensuite, Blaise Matuidi et Yohan Cabaye n'eurent aucun poids contre Sami Khedira et Gundogan, et le milieu de terrain français était encore plus transparent quand le joueur parisien laissait sa place à Étienne Capoue, qui se faisait remarquer par sa perte de balle plus que par ses ballons récupérés et ses relances. Et c'est sans doute ici que la tactique de départ choisie par le sélectionneur peut nourrir quelques critiques. Contre deux gros morceaux comme Khedira et Gundogan, étincelants à Madrid et à Dortmund, comment pouvait-il croire que deux numéro huit pouvaient faire l'affaire ? Moussa Sissoko voyait bien que le milieu galérait et on voyait qu'il était tenté de revenir au centre tellement il n'était pas à l'aise dans son couloir.
Ce qui restera de ce match amical est aussi la nouvelle contre-performance de Karim Benzema à la pointe de l'attaque. Un placement toujours brouillon. Trois positions de hors-jeu dans les vingt premières minutes. Tellement de fois que lorsqu'il ne l'était pas, il pensait l'être, mettait du temps à s'apercevoir qu'il pouvait jouer, ratait son contrôle et tirait si mollement qu'Adler n'avait pas à s'employer pour capter le ballon. Pour une fois, il ne fuyait pas son poste mais paraissait bien mieux dès qu'il s'excentrait. D'ici un mois et demi, l'équipe de France devra négocier une double confrontation cruciale d'abord contre la Géorgie puis contre la Roja. Si elle joue comme hier, une défaite lui est promise. Reste à Didier Deschamps de trouver des solutions et compter sur un exploit...