
Mon regard d'enfant sur le football
Quand j'étais petite, je pensais que les joueurs des Girondins, comme les joueurs amateurs, payaient le club pour jouer.
Et puis un jour, quelqu'un a eu la bonne idée de me dire la vérité : les joueurs étaient payés pour jouer au foot.
La réalité du foot business
Ensuite, j'ai découvert que les grands clubs de foot n'étaient depuis longtemps plus gérés par des passionnés, mais plutôt par des businessmen qui, dans le meilleur des cas, n'y connaissaient rien au foot et, dans le pire, n'en avaient rien à faire...
J'ai ainsi compris qu'en plus d'être un sport, le foot était une formidable machine à sous.
Et là, je peux vous dire que ça m'a fait un choc :
- Je ne peux plus voir un joueur jubiler après avoir marqué un but sans me demander s'il est heureux parce qu'il va peut-être permettre à son club de gagner, ou s'il n'est heureux que parce que la prime que ce but va lui rapporter va lui permettre de s'acheter une nouvelle voiture.
- Je ne peux plus entendre un président de club parler d'un joueur sans me demander s'il connaît le prénom de ce dernier (ben oui, si c'était le cas, il n'aurait qu'à l'appeler par son prénom plutôt que par son nom...) ou s'il s'en tient, pour toute information, au prix que le joueur a coûté et à ce qu'il rapportera quand on le revendra.
- Je ne peux plus aller au stade sans me dire que si les sponsors paraissent si heureux de nous voir, nous supporters, c'est surtout parce qu'on contribue à gonfler les recettes du club...
Alors peut-être que je suis parano et que je dramatise un peu... Mais pourtant, les faits me donnent raison.
L'affaire Pauleta : quand l'argent tue la passion
En septembre 2000, un nouveau joueur fait son entrée dans l'équipe des Girondins de Bordeaux. Il s'appelle Pedro Miguel Carreiro Resendes — plus connu sous le nom de Pauleta — et est quasiment inconnu du public. Mais dès son premier match, il marque 3 buts et devient ainsi rapidement le chouchou des supporters bordelais.
Après 3 ans sous les couleurs des Girondins, il comptabilise 91 buts toutes compétitions confondues, est élu deux années de suite meilleur joueur du Championnat et deux fois deuxième meilleur buteur. Et pourtant, à la fin de la saison 2003, tout le monde annonce son départ. Jusque-là, rien de très original : c'est même une chose très fréquente que le départ d'un joueur, même adulé du public...
Mais là où « l'affaire Pauleta » tourne à l'absurde, c'est que si Pauleta part, c'est parce qu'il considère — à juste titre d'ailleurs — que la politique sportive des dirigeants du club est nulle, que le manque d'ambition est flagrant, et que tous les moyens ne sont pas mis en œuvre pour donner à Bordeaux la dimension qu'elle mérite.
Alors à la fin du dernier match de la saison, le buteur des Girondins vient, en larmes, saluer son public qui a fait de lui une idole. Il lui dit à quel point il est désolé de devoir partir — ce que tout le monde lui pardonne, considérant qu'il est tout simplement le meilleur et que Bordeaux, et surtout ses dirigeants, ne le mérite même pas — et surtout à quel point il pense que le public mérite mieux que ce que Bordeaux lui apporte et continuera de lui apporter dans le futur par la faute de ceux qui dirigent.
Tout cela, il le dit sans langue de bois — fait rare dans le milieu — avec une émotion non dissimulée...
Les supporters face au football moderne
Alors bien sûr, tous les supporters supplient Pauleta de rester malgré tout, veulent se mobiliser pour faire virer les dirigeants, pour pousser l'actionnaire principal à verser l'argent dont il est si avare... Mais cela fait bien longtemps maintenant que ceux qui décident ne sont plus ceux qui aiment...
Les supporters peuvent toujours hurler : quand l'argent est en cause, il éclipse tout !