
Dans cette vie, trouver à manger a bien plus d'importance que le ballon de foot. Pourtant, le petit est sacrément doué avec le ballon aux pieds. Il s'inscrit alors dans des clubs locaux en parallèle de son travail dans un magasin d'électroménager au cœur de São Paulo. Il gagne alors de l'argent, parvient à aider sa famille mais ne laisse pas le football pour autant : « Je jouais à un petit niveau mais je voyais que je n'étais pas mauvais et même bon. Je ne pensais pas faire la carrière que je suis en train de faire maintenant mais je voulais quand même continuer le foot et tenter ma chance ». Il a dix-sept ans. Personne ne connaît son nom au Brésil et encore moins de l'autre côté de l'océan Atlantique. Il signe alors son premier contrat pro avec le Barcelona Esportiva Capela, club de deuxième division du championnat de São Paulo.

13 buts en 13 matches en Liga
Le jour qui a changé sa vie arrive lorsqu'il est remarqué par un émissaire de Jorge Mendes, l'un des agents les plus influents du football mondial. Il est alors amené à prendre ses valises en direction de Braga où il intègre l'effectif du Sporting. Il est prêté à Penafiel (D2 portugaise). Ensuite, il rejoint l'Atlético Madrid mais il ne parvient toujours pas à faire son trou. Il enchaîne les prêts (Sporting Braga, Celta Vigo, Albacete, Valladolid et Rayo Vallecano). C'est d'ailleurs dans ce dernier club que Diego Costa se révèle en inscrivant dix buts en seulement seize matches (de janvier à juin 2012). Bien évidemment, cela n'échappe pas aux yeux des dirigeants de l'Atlético qui sont contraints de vendre leurs meilleurs joueurs depuis quelques saisons (Torres, Forlan, Agüero et plus dernièrement Falcao). La saison dernière, il s'est senti Colchonero à part entière : « Ce n'était pas simple de changer d'équipe tous les ans ou tous les six mois. Maintenant, je suis un vrai joueur de l'Atlético Madrid et ça me fait plaisir parce que le stade Vicente Calderón est vraiment génial », avouait-il en juin dernier.
Une première saison réussie et une deuxième qui commence sur les chapeaux de roues. Depuis le début de cet exercice 2013-2014, Diego Costa en est à treize buts en treize matches en Liga. Et comme le dit le dicton très footballistique : « qui éclate en club intéresse les sélectionneurs ». Le premier à se manifester est Luiz Felipe Scolari, sélectionneur du Brésil. Ce dernier le retient pour les deux matches amicaux de mars contre l'Italie et la Russie. Au final, sur les deux rencontres, Diego Costa ne joue que trente-quatre minutes. Deux mois plus tard, il ne figure pas sur la liste délivrée par Scolari pour la Coupe des Confédérations : « J'étais déçu mais ce n'était pas réellement une surprise. Pour dire vrai, je m'y attendais. J'avais eu deux sélections pendant lesquelles je n'avais pas joué beaucoup donc je savais que je n'étais pas le premier choix du sélectionneur ».

Scolari attaque, Pelé à sa rescousse
Pendant que les Brésiliens triomphent sur leurs terres, Diego Costa reçoit la nationalité espagnole. Par la même occasion, il devient sélectionnable pour la Roja. Vicente Del Bosque n'a rien manqué de l'affaire. Tellement que le téléphone de Diego Costa se met rapidement à sonner avec l'entraîneur Champion du Monde : « Il m'a appelé pour me féliciter d'être devenu espagnol. Il ne m'a rien dit concernant la sélection mais il a tenu à me dire qu'il aimait bien la saison que j'avais faite ». Un message à peine dissimulé qui en disait long. Brésil ou Espagne ? Espagne ou Brésil ? Il existe des choix plus compliqués. Juste le temps de réfléchir, de peser le pour et le contre. Et la sentence est tombée le 25 octobre lorsque Diego Costa a écrit à José Maria Marin, président de la Fédération brésilienne, pour lui faire savoir qu'il renonçait à la Seleção. On aurait pu en rester là mais le football est un sport de passionnés, et encore plus quand il s'agit du Brésil. Du jour au lendemain, l'attaquant de l'Atlético est devenu persona non grata de l'autre côté de l'Atlantique. Les journaux et même Scolari ne dissimulèrent pas leur ressentiment. Ce dernier disait avec amertume : « Il est né au Brésil. C'est son pays. Quand il a porté le maillot brésilien en mars, il disait qu'il accomplissait un rêve, qu'il était sur son nuage. Mais en renonçant à jouer pour le Brésil, il a gâché le rêve de tout le Brésil de remporter cette Coupe du Monde à la maison. C'est une insulte à ce maillot que personne n'a jamais refusé ». Certains allaient jusqu'à demander qu'on lui retire sa nationalité brésilienne (ce qui est juridiquement impossible, la nationalité étant inaliénable).
Cependant, sous le feu des critiques, certains se sont levés pour défendre le Colchonero et pas des moindres. Pelé en personne a pris soin de rappeler certaines choses à Scolari : « Il a vingt-cinq ans et a les deux nationalités. C'est un joueur de foot et il veut jouer une Coupe du monde. Il est né au Brésil, a grandi au Brésil. Le problème n'est pas son amour pour le Brésil mais les signaux envoyés par Scolari. Il ne le fait jouer que deux bouts de matches et il ne le prend pas pour la Coupe des Confédérations. Si Scolari avait vraiment voulu Diego Costa, il l'aurait eu ». Au Brésil, on parle d'une certaine somme d'argent qu'aurait reçue Costa pour choisir la Roja. Une hypothèse qui semble fausse, la réalité étant plus simple. Ronaldo poursuit : « S'il a choisi l'Espagne, c'est seulement parce qu'il pensait avoir plus de chances de jouer qu'avec le Brésil ». Si Diego Costa se trouve au Brésil en juin prochain, ce sera sous la tunique de la Roja. L'accueil va être bouillant...