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Sports

Pervis, Épisode 2

François Pervis vise un Grand Chelem historique après deux titres mondiaux en cyclisme sur piste.

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Pour vous présenter François Pervis en quelques mots seulement, on dirait que ce dernier est au courage ce que Zinédine Zidane est au talent ou ce que Roger Federer est à l'élégance. François Pervis, c'est l'histoire d'un Mayennais de vingt-neuf ans qui a longtemps manqué de confiance en lui pour montrer à la face du monde ce qui se cachait réellement sous la pédale. Ses échecs successifs et l'extrême précarité de son sport auraient pu le contraindre à arrêter, à dire stop, mais c'était sans compter sur François Pervis : « Je n'y ai même pas pensé ne serait-ce qu'une seule seconde. Je me savais capable de faire de grandes choses dans ce sport et je pense vraiment que je n'aurais pas réussi à me relever après ça. Je vis dans la précarité mais je suis habitué à ça, j'ai toujours vécu avec. »

Ce n'est que depuis l'année dernière que le grand public a découvert le talent immense du sociétaire du club lavallois, avec un premier titre aux Championnats du Monde sur le kilomètre, son épreuve de prédilection. C'est d'ailleurs dans cette discipline que le sprinteur français a remporté un deuxième titre en deux jours, le lendemain de sa victoire sur le keirin. Cette dernière a été un véritable déclencheur : « Je n'ai pas peur de grand chose, mais je dois bien avouer que le keirin est une épreuve qui m'a toujours donné des frissons parce qu'il y a de la tension, des contacts et tellement d'adrénaline. C'est peut-être ce qu'il y a de plus intéressant à voir dans le cyclisme sur piste, mais j'ai toujours cru que je n'étais pas au niveau pour sortir devant. Alors, c'est sûr que gagner le keirin en ouverture des Mondiaux m'a fait beaucoup de bien. »

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Pervis passe sous la minute aux mondiaux

Une entrée en matière parfaite avant le kilomètre tant attendu, qui s'est terminé par une nouvelle victoire, comme l'année précédente. Seulement, cette fois, il a ajouté la manière au résultat. Depuis le 7 décembre dernier, François Pervis est entré dans une nouvelle dimension en traversant un record du kilomètre largement battu au Mexique (56"305). Dans un sport où l'altitude tient une place si importante (plus on va haut, plus on va vite), il était évident que le Français ne passerait pas sous la barre qu'il avait franchie lui-même, Cali (ville colombienne située à seulement plus de 1200 m d'altitude) culminant bien moins haut qu'Aguascalientes. Mais il a trouvé tout de même la force de fondre sur un nouveau record.

Avant lui, jamais aucun sprinteur n'avait conquis le titre mondial du kilomètre en passant sous la minute. François Pervis l'a fait avec un temps de 59"385, à plus de trois secondes de sa meilleure performance mexicaine, mais qui figure comme l'une des performances les plus marquantes de ce début d'année : « J'adore cette sensation d'avoir fait un truc que personne n'avait encore jamais fait avant moi. C'est terriblement grisant de se dire qu'on a marqué son sport. À Cali, vu la faible altitude, je pensais pouvoir passer en dessous de la minute, mais entre le penser et le faire, il y a une sacrée différence et cette différence a été comblée. »

Un courage grandement récompensé. Une scène en dit long sur le tempérament du Mayennais. Pervis explique : « C'était la veille du départ pour la Colombie pour ces Championnats du Monde. Je n'avais pas trop envie d'aller sur la piste pour m'entraîner, mais je suis quand même allé au tout nouveau vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines. » Ce que le néo-double Champion du Monde oublie de mentionner, ce sont les 59"5 réalisés sur le kilomètre. Comme ça, ce temps n'a l'air de rien, mais il s'agit tout simplement de la meilleure performance réalisée au niveau de la mer, la première fois sous la minute.

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Un Grand Chelem possible en vitesse individuelle ?

On ne sait pas si François Pervis est un amoureux des proverbes, mais il paraîtrait que « jamais deux sans trois ». Deux médailles d'or, c'est déjà bien, mais une troisième pourrait se profiler à l'horizon sur l'épreuve de la vitesse individuelle où le Français s'est déjà qualifié pour les quarts de finale. Il devrait y affronter le Britannique Jason Kenny, seulement douzième temps des qualifications, très loin de François Pervis.

Pervis sur le toit du cyclisme sur piste mondial masculin, il aura fallu un déclic pour en arriver là : « Le problème de François était qu'il était trop en admiration devant ses adversaires. Il les regardait comme un gamin qui voit ses idoles. Il ne comprenait pas qu'il devait en faire partie et encore plus en vitesse. C'est l'épreuve reine de notre sport et lui, il ne se voyait pas capable d'entrer dans ce groupe », répondait Justin Grace, nouvel entraîneur national du sprint. Pervis poursuit : « En 2008, lors des Mondiaux de Manchester, j'ai fini sixième des qualifications tout juste derrière Chris Hoy, Theo Bos, Mickaël Bourgain, de très grands noms de la discipline. C'est à partir de là que je me suis dit que j'avais le niveau. »

Maintenant que les records pleuvent et que les médailles dorées s'empilent autour de son cou, François Pervis pourrait, en cas de victoire en vitesse individuelle dans la nuit de dimanche à lundi, devenir le premier pistard à réaliser le Grand Chelem (keirin, kilomètre et vitesse). Un exploit exceptionnel qui le ferait entrer encore plus dans la légende de son sport. Pervis en est conscient : « Déjà, depuis mon record du monde du kilomètre, les regards sur moi ont changé. La dernière fois que je suis allé au Japon, les gens me reconnaissaient dans la rue. La notoriété n'est pas ce qui importe le plus, mais la reconnaissance d'un travail régulier depuis tant d'années me fait beaucoup de bien. » Après un premier épisode impressionnant et un deuxième opus tout aussi génial, on pourrait espérer un dernier épisode aux airs de bouquet final...

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Fruitier Manu @rmcriolo
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