
Une ultime occasion de revenir au score et de décrocher le match nul qui ne s'est pas concrétisée et qui pourrait s'avérer lourde de conséquences. Et même si Claude Onesta voulait en atténuer les effets — « que l'on perde le match, c'est une chose. C'est le sport qui veut cela. Seulement, on peut perdre en montrant des choses intéressantes, ce qui n'a pas été le cas ce soir. C'est ça le problème et pas autre chose » —, il est cependant assez difficile de le croire. Cette défaite n'est pas une simple défaite. Après la dernière journée de la phase de poule, la France et l'Allemagne se retrouvaient à égalité de points, la Mannschaft s'étant inclinée contre la Tunisie un peu plus tôt dans la semaine. Seulement, la règle en vigueur pour départager deux équipes avec le même nombre de points est la différence de buts particulière. À ce petit jeu-là, l'Allemagne ravit la place de premier aux Experts qui, dimanche soir, au lieu d'affronter une équipe de Macédoine assez abordable à première vue, devront faire face à l'Islande. Une équipe qui est à quelques détails près du même acabit que l'Allemagne que les Français ont jouée hier soir avec le succès que l'on connaît.
D'accord, si la France affronte l'Islande à ce niveau de la compétition, c'est que l'Islande a terminé sa semaine à la troisième place de son groupe. Mais l'Islande n'est pas le genre d'équipe à donner son meilleur niveau dès la première semaine d'un tournoi, comme elle l'avait fait lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008 quand elle était allée perdre en finale contre ces mêmes Experts qui ne portaient pas encore ce surnom à l'époque. Et l'Islande a été, ne l'oublions pas, la seule équipe capable de battre la France en août dernier (31-30), alors que les Bleus s'en allaient chercher une seconde médaille d'or olympique.
L'Islande en huitièmes de finale
Et cette défaite annonce une autre conséquence. En cas de succès demain soir contre l'Islande, les hommes de Claude Onesta auront de grandes chances, ou plutôt risques, de retrouver le premier d'un autre groupe où figurent notamment la Croatie et l'Espagne. Autant dire que le parcours des Bleus sera semé d'embûches, mais ce n'est pas ce qui chagrinait le plus Nikola Karabatic, auteur de huit buts hier contre les Allemands : « Ça ne me dérange pas de jouer des gros matches. Affronter l'Espagne ou la Croatie en quart de finale, c'est un défi très excitant et je préfère même. Dans l'autre partie de tableau, on aurait retrouvé des équipes estimées inférieures même si ce n'était pas le cas. Là, au moins, on ne partira pas favoris donc on aura moins de pression. Ce qui me dérange, ce n'est pas la conséquence mais la cause qui est le contenu du match que l'on a fait hier soir ».
Un match que la France n'a jamais dominé. Une entame compliquée, comme on en a dorénavant l'habitude avec les Experts, où la défense française, rapidement mise à mal par Haass (3/3 aux tirs), Christopherson (3/4 dans les dix premières minutes) et Strobel, faisait trépigner Claude Onesta qui ne cessait de balancer ses instructions pour que Thierry Omeyer (5 arrêts) n'ait plus à aller chercher le ballon dans ses buts. Un début de match difficile que l'on pensait oublié après que Mickaël Guigou eut donné trois buts d'avance aux siens (8-5 à la 10e minute), ce qui sera d'ailleurs le plus gros écart en faveur des Bleus dans cette rencontre. Et puis l'Allemagne est revenue pour qu'à la mi-temps, le score soit de parité, 16-16.
Au retour des vestiaires, on voyait les mêmes errements défensifs qui profitaient à Schmidt (4/4 aux tirs). Et puis les Français ont commencé à perdre des ballons en attaque. Ces mêmes ballons que Groetski, élu meilleur joueur du match, n'hésitait pas à envoyer trembler les filets de Daouda Karaboué en contre-attaque. Au point qu'un quart d'heure après la reprise, la France se retrouvait menée 22-27. Dos au mur, elle est revenue à deux buts, grâce notamment aux deux buts de William Accambray rentrés un peu tard. Et revenus à un but d'écart à une quinzaine de secondes des soixante minutes, Daouda Karaboué a raté sa relance et l'on connaît la suite.
La France qui encaisse trente buts hors prolongation, ça n'arrive pas souvent. Une faillite défensive que reconnaissait sans détour Didier Dinart qui, avant le début du tournoi, avouait ses craintes : « On n'hésite pas à me dire quand je joue bien alors quand je rate un match, je dois l'assumer également. Physiquement, je ne ressens aucune lassitude mais c'est dans l'agressivité que l'on a pêché ». Ce qui vient renier les principes du jeu français qui reposaient surtout sur une défense très solide et imperméable. Ce temps semble révolu, mais la France devra faire preuve de plus de régularité si elle n'entend pas perdre, un an après avoir cédé son titre européen au Danemark, son titre de championne du monde...