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Sports

Pensées sur le Rugby Club Toulonnais

Un supporter toulonnais raconte l'émouvante remontée du RCT en Top 16 après cinq années de galère en Pro D2. Un témoignage passionné sur la fidélité et la passion rugbystique.

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1, 2, 3, 4, 5, 6... Voilà bientôt six années que le rugby professionnel et ses gros sous avaient décidé d'envoyer le RCT à la mer, sans bouée ni gilet de sauvetage.

Du côté de la rade, où tout ce qui touche au « RCT » prend une ampleur considérable, on accueillit la nouvelle comme on accueille la hache du bourreau qui vient vous trancher la gorge !

Nombreux furent alors les matelots qui abandonnèrent la vieille barque toulonnaise à la dérive dans le but de rejoindre le gigantesque yacht du Top 16. Peu leur importait le sceau dont serait frappée leur poitrine ! Sans doute aussi, les dirigeants d'alors ne surent les convaincre de ne pas partir... pour soulever du bois à chaque mois de mai.

D'autres heureusement, fidèles parmi les fidèles, se noyèrent littéralement pour la survie du club ; ainsi les clochettes si chères à Félix Mayol courbèrent la tige mais ne cassèrent jamais.

Hélas, le sacrifice de ces hommes et femmes courageux fut long et douloureux. C'était tout un peuple qui ruminait, qui souffrait et qui se demandait : « Qu'est-ce qu'on a fait pour mériter ça ? ».

Ce supplice dura 5 années. Cinq ans durant lesquels le monde continua de tourner et le rugby avec, alors que le temps s'était arrêté sur l'herbe jaunie du Stade Félix Mayol.

On vit la France ovale vibrer pour les « paquebots » du Biarritz Olympique, le Stade Toulousain et autres Stade Français pendant que Toulon affrontait de frêles embarcations, souvent dans le même état que le RCT...

On vit également la France hexagonale envoyer l'extrême à portée de main du pouvoir, pendant que Toulon se refaisait une beauté...

On vit le monde déclarer la guerre au terrorisme et Toulon qui voulait chasser ses vieux démons en conservant la gloire passée...

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La lente descente aux enfers : 5 années de galère

Chaque année, un bateau, un ferry en fait, avait pour habitude de passer non loin des côtes de l'île où le RCT avait trouvé refuge auprès de camarades de fortune. Tous, ou presque, attendaient que ce bateau passe et tous espéraient y trouver une place.

Le RCT manqua sa chance de très peu la première année ; malheureusement, les « verts et noirs » de Sapiac avaient été plus malins et surtout plus rapides. La pléiade de Géorgiens n'avait pas suffi ; les anciens n'avaient souvent rien d'autre à offrir que leur cœur et leur amour au club.

Il faudrait donc prolonger d'une année au moins le bagne et vivre aux côtés de compagnons quelque peu belliqueux, tricheurs parfois et joueurs souvent : des rugbymen, que dis-je des rugbymen, des HOMMES.

Un autre bateau passa à proximité des côtes, puis un autre, et encore un autre. À chaque fois, ils déposaient un ou deux équipages pour en reprendre autant, mais les places étaient chères, il fallait avoir les moyens pour rejoindre les stars du calendrier. Grenoble, Montpellier, Bayonne, Auch, Brive... Le RCT, trop faible, trop impuissant, trop pauvre, dut prendre son mal en patience.

Le stade Mayol, chaudron jouissif pour les « rouges et noirs » et charbon ardent pour les « visiteurs », se transforma en terrain d'entraînement le week-end, et les gradins faisaient plus songer à ceux du Colisée ou de Fontpré qu'à ce que les « vieux » avaient connu. Le RCT y gagna souvent, y perdit quelquefois, trop de fois ! Ce sont de tels épisodes qui forgent un moral à toute épreuve ; des défaites cuisantes contre Grenoble ou Dax par exemple font mal, mais elles ne tuent pas. Et ce qui ne tue pas rend plus fort, encore plus fort même !

Et puis il y eut les longs dimanches de déplacement, l'oreille collée à la radio pour ma part, l'œil face à la triste réalité dans les tribunes pour les plus courageux. Si les après-midi de défaites furent longs, que dire alors de ces nuits où, du haut de mes 15 ans, je ne fermais l'œil, un drapeau rouge et noir au-dessus de mon lit. Ah ils étaient beaux les lundis matin au lycée, et moi j'étais beau à gueuler avec les autres fous dans un stade où seul l'écho nous répondait. Même le port avait honte, il faisait gris le dimanche à 15h... Même le Faron se tournait plus volontiers vers le Stade Vélodrome où les Bleus faisaient tomber les « All Blacks ». Cuverville hésitait à rejoindre Porquerolles à la nage et oublier Toulon à jamais.

Une année, le RCT faillit prendre un autre bateau qui amenait en fait vers une île encore plus éloignée du Top 16 ; Tours, Marmande, Lannemezan, Aubenas séjournèrent sur cette île après avoir plus que rivalisé avec le RCT à l'étage au-dessus. La nouvelle est assez importante pour souligner que de cette île perdue dans l'océan rugbystique français jaillirent les voisins d'Aix-en-Provence, avec quelques vieilles connaissances...

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La remontée du RCT en Top 16 : l'attente récompensée

L'année d'après fut la bonne. Enthousiastes comme à chaque début de saison, les supporters y croyaient, les supporters le voulaient, mais surtout les supporters ne voulaient plus rester ici.

Se présenta alors le promu bordelais qui fit les frais de cette motivation débordante. Suivirent les victoires à l'extérieur, grâce au coup de pouce du destin et surtout grâce au coup de pied d'un Gallois hors du commun.

Il y eut des périodes de doutes, des 1ères mi-temps mal négociées et des matchs perdus ; cela eut pour mérite d'entretenir le suspense jusqu'au bout. Le 16 janvier 2005, Mayol pouvait souffler sur des guerriers venus de l'Ouest, des guerriers « verts et noirs »... Toujours les mêmes, toujours aussi bons dans chacune des 3 mi-temps. Les louveteaux en avaient déjà fait les frais, le tour était aux « Sapiacains ». Le port s'illuminait, les mouettes chantaient, Cuverville oubliait tous ses plans et le Faron pouvait se retourner définitivement.

Le 21 mai, l'Avenue de la République, rouge et noire de monde, acclamait ses champions, ses héros ; ils étaient tous rentrés dans l'histoire du club et dans le cœur des supporters. Des « merci » fusaient des supporters vers les joueurs et des joueurs vers les supporters. La mairie était repeinte par des faisceaux lumineux pendant que moi, 18 ans, je pleurais comme un gosse, inconsolable... Fini, c'était fini ! Toulon revivait, Toulon chantait, Toulon pansait ses blessures passées, Toulon acclamait ses sauveurs démasqués... Et moi je craquais.

En rentrant, sur le Boulevard de Strasbourg tapissé aux couleurs du club, je pensais : « Maintenant les vacances, mais avant le bac, et puis après... Le champion est à Mayol s'il vous plaît ! De toute façon ils peuvent nous envoyer qui ils veulent, on les battra. On est les plus forts, on a trop souffert et l'heure de la revanche a sonné. Même les "All Blacks", on les battra s'il le faut ! »

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drago
drago @drago
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