
Le jour de son arrivée à la tête du Paris Saint-Germain, Nasser Al-Khelaifi avait déclaré vouloir repérer le prochain Leo Messi. Il ne l'a pas encore trouvé, mais pire : c'est Messi qui l'a éliminé presque à lui seul. Avant même qu'il ne fasse son entrée sur la pelouse du Camp Nou, rien que son échauffement a suffi aux supporters blaugranas pour reprendre de la voix, eux qui avaient laissé les spectateurs parisiens chanter « Allez Paris » pendant toute la première mi-temps. Des supporters barcelonais qui étaient restés muets car leur prodige argentin n'avait pas reçu l'aval médical pour débuter la rencontre. Il ne lui a fallu que dix minutes pour se faire remarquer. Ses premières accélérations ont troublé la défense parisienne, et c'est sur une de celles-ci qu'il a pris de vitesse trois joueurs parisiens avant de transmettre le ballon à David Villa, qui a permis, en jouant sur un pas, à Pedro d'égaliser. Mais plus que d'être l'avant-dernier passeur sur le but de Pedro, son entrée a galvanisé ses partenaires, alors un peu perdus ne sachant pas trop quoi faire pour mettre en difficulté ce PSG-là.
Car avant l'entrée du meilleur joueur du monde et de l'un des meilleurs de l'histoire, Paris a vraiment été impressionnant, tant dans la rigueur défensive que dans la relance. La semaine dernière, lors du match aller au Parc des Princes (2-2), le Paris Saint-Germain avait commencé très fort et ce dès les premières secondes. Hier soir, ce ne fut pas vraiment le cas. Les dix premières minutes furent incontestablement en faveur de Barcelone qui, grâce à une relance mal maîtrisée de Christophe Jallet suivie d'une faute de Marco Verratti, obtenait un coup franc à vingt-cinq mètres que Xavi a failli poser dans les filets de Salvatore Sirigu. Mais une fois l'orage du premier quart d'heure passé — et même un peu moins —, Paris a repris ses esprits et a montré que son organisation ne permettait pas aux premiers de la Liga de se créer des occasions. Le carré défensif composé de Thiago Silva, Alex, Marco Verratti et Thiago Motta prenait de plus en plus d'assurance après dix minutes sous tension, où il a fallu prendre ses marques surtout pour Thiago Motta qui reprenait la compétition après sa blessure. Si bien organisé que l'on pensait que Barcelone ne parviendrait jamais à passer dans l'axe.

Paris a dominé pendant une heure
Alors c'est vrai, comme d'habitude, c'est Barcelone qui avait le ballon, mais dans des proportions moins importantes qu'à l'aller par exemple (seulement 63 % de possession de balle après quarante-cinq minutes). Et il y a des fois où avoir le cuir ne suffit pas pour se montrer dangereux, et Barcelone a tenu à le rappeler car la défense parisienne obligeait les blaugranas à jouer long ou à tirer de loin, comme les deux tirs de Cesc Fàbregas qui finissaient dans les tribunes du Camp Nou.
Mais si Paris a si bien tenu, c'est parce que tous ses joueurs se sont impliqués dans le devoir défensif. Javier Pastore et Lucas Moura aidaient parfaitement Christophe Jallet et Maxwell à contenir au mieux le jeu latéral barcelonais. Ils nous avaient trop peu habitués à cela, mais Ezequiel Lavezzi et Zlatan Ibrahimović sont également allés au pressing dès que le ballon était perdu. « L'entraîneur avait demandé à ce que tout le monde participe à la récupération du ballon. Il le fallait si nous voulions jouer en 4-4-2 tout en étant bon derrière aussi », glissait Lucas Moura. Et c'est vrai que l'équilibre fut moins rigoureux quand le Suédois ou l'Argentin ont marché dès que le ballon était rendu à l'adversaire.
Ayant concédé le match nul en encaissant deux buts du Barça, Paris se retrouvait dans l'obligation, s'il voulait aller dans le dernier carré de la Ligue des Champions, de marquer au moins un but. Même si le score nul et vierge qu'apportaient les Parisiens en rentrant aux vestiaires était plutôt positif, il restait insuffisant. Surtout que le club de la capitale aurait dû mener au score tant il a eu d'opportunités pour le faire. Dès la quatrième minute, c'est Lavezzi qui ne frappait pas assez fort pour inquiéter Victor Valdès. Mais d'autres occasions bien plus frémissantes sont venues des Parisiens, et notamment du même Lavezzi qui butait sur le portier catalan. Un quart d'heure plus tard, c'est Lucas Moura, reprenant un centre de Pastore au second poteau, qui croyait donner l'avantage au PSG d'un coup de tête rageur qui se serait logé dans la lucarne si Victor Valdès n'avait pas été inspiré une nouvelle fois. Et dire qu'on nous disait que le gardien barcelonais n'était pas à la hauteur d'un club de ce standing, mais l'équipe de France et le Paris Saint-Germain, en l'espace de trois matches, pourront en attester le contraire car c'est à chaque fois lui qui a été un des joueurs clés. Et c'était encore lui qui arrêtait de sa main opposée une nouvelle tête d'Alex.
Il semblait logique que ce soient les Parisiens qui marquent les premiers, et cela arriva cinq minutes après le coup d'envoi de la seconde mi-temps quand Javier Pastore s'appuyait sur Zlatan Ibrahimović pour partir défier Victor Valdès, qui n'était pas loin de détourner le tir croisé d'El Flaco qui terminait sa course derrière la ligne de but. Barcelone se trouvait alors dans une bien fâcheuse posture car il était éliminé, et dans les minutes qui ont suivi, jusqu'à l'entrée en jeu de Lionel Messi, Paris aurait dû en profiter pour enfoncer le clou. C'est encore Pastore qui en avait l'occasion, seulement, sa réception d'un centre à ras de terre d'Ibrahimović n'était pas assurée.
Et Barcelone se réveillait en même temps que son quadruple Ballon d'Or ne débarquait, et on connaît la suite. La situation s'inversait encore une fois, et ce ne sont pas les entrées conjuguées de David Beckham et Kevin Gameiro qui auraient pu avoir le même impact que celle de l'attaquant argentin. La fatigue d'une débauche d'énergie sans faille commençait à se faire sentir et, pendant les vingt dernières minutes, jamais le PSG n'est parvenu à se montrer en position d'arracher les prolongations.

Une énorme déception pour le PSG
De l'aveu de Christophe Jallet : « Tout le monde sans exception avait le masque dans les vestiaires. C'était une ambiance très pesante. Il y en avait qui n'étaient pas loin de s'écrouler en larmes », avant que Salvatore Sirigu n'ajoute : « On est tellement déçu de ce résultat et du déroulement du match. Nous n'étions pas loin de l'exploit mais nous n'avons pas eu la réussite nécessaire pour y parvenir. C'est sûr que l'on a des regrets car toute l'équipe était persuadée que quelque chose de grand, voire de très grand, était possible. » Oh oui, les Parisiens peuvent en avoir des regrets car il a réellement posé des problèmes à l'équipe catalane alors qu'on lui prédisait une douche froide, comme ce qu'avait pris le Milan AC au Camp Nou au match retour de huitième de finale. Car Paris a eu les occasions d'entrer dans le carré VIP du football européen, mais c'est aussi ça l'apprentissage du haut niveau qu'il ne connaît que depuis septembre, et à un tel niveau, de telles occasions non concrétisées ne pardonnent pas. « On joue un quart de finale de Ligue des Champions à Barcelone. On sait que l'on ne va pas avoir beaucoup de ballons, donc il faut se montrer réaliste sur chaque opportunité. On en a eu pas mal en première mi-temps et on aurait dû les mettre », admettait Ezequiel Lavezzi. Mais c'est sans doute la différence entre une équipe qui se construit depuis vingt ans et une autre depuis vingt mois.
La déception est présente et c'est largement compréhensible. Cependant, les sources de satisfaction se comptent avec plus de deux mains. Déjà, Paris boucle sa première campagne européenne depuis huit ans avec une seule défaite (à Porto ; 0-1) et en a été éliminé sans perdre, ce qui est une performance non négligeable quand l'équipe en question est le FC Barcelone. Mais c'est avant tout dans l'avenir que le Paris Saint-Germain a été conforté car il ne fait nul doute que le club de la capitale sera un acteur de marque lors des prochaines éditions. Paris a les joueurs pour ça. Quand on voit la prestation de Lucas Moura, qui a fait bouger le FC Barcelone à lui tout seul en première période grâce à ses accélérations inarrêtables, on se dit que les Parisiens tiennent là l'un des meilleurs joueurs de ces prochaines années.
Mais surtout, le Paris Saint-Germain a gagné en crédibilité en tenant tête aussi farouchement au meilleur club de la décennie. Quand il est arrivé sur la scène européenne, le PSG était raillé dans et en dehors de ses frontières. Il était caractérisé comme une équipe bâtie à coups de pétrodollars, mais il a prouvé que la question était bien plus complexe. C'est sûr que l'année prochaine, si Barcelone tire à nouveau le Paris Saint-Germain, il ne se dira plus qu'il fait une bonne affaire...