
C'est sur la question du capitanat que le sélectionneur paraissait un peu plus réservé : "Je ne sais pas si Thierry Dusautoir sera pleinement opérationnel pour le début du tournoi mais là n'est pas la question. Même s'il revient vite, je ne peux pas oublier la super tournée d'automne où Pascal Papé a fait du très bon boulot avec le brassard de capitaine".
Lors du match d'ouverture à Rome pour y affronter l'Italie et pendant toute la durée du tournoi, le capitanat devrait être cédé en faveur du Francilien. Depuis l'entrée en fonction de l'ancien capitaine du XV de France, ce choix apparaît comme le premier bouleversement de l'ère Saint-André, un peu plus d'un an après sa prise de fonction. Après une Coupe du Monde 2011 où les Bleus allèrent jusqu'en finale, comment PSA ne pouvait-il pas confirmer Thierry Dusautoir, celui qui avait avancé avec ses partenaires faire peur aux Néo-Zélandais pendant le haka d'une finale de Mondial ? Le Toulousain était indiscutable, mais les événements se sont enchaînés contre lui.
Tout d'abord, une non-sélection pour la tournée du mois de juin en Argentine, le staff souhaitant le laisser au repos après une année bien remplie. Pour pallier cette absence, Philippe Saint-André décide de confier le rôle de capitaine à Pascal Papé, auteur d'une année de très haut niveau avec le Stade Français et devenu un titulaire incontournable au poste de deuxième ligne. Un premier match compliqué qui se terminera par une défaite, qui aurait pu anticiper la fin prématurée du capitanat pour l'ex-Berjallien. Mais à ce moment, Pascal Papé vient voir Philippe Saint-André pour lui conseiller de sélectionner des jeunes joueurs plein d'envie comme Maxime Machenaud et Brice Dulin. Le résultat, on le connaît : une victoire brillante où l'on a pu reprendre confiance en la nouvelle génération de joueurs français.
Deuxième événement en défaveur de "Titi" Dusautoir : cette blessure au genou droit attrapée lors d'un déplacement européen du côté de Trévise, vers la fin du mois d'octobre. Une blessure qui l'éloignera des pelouses durant près de deux mois et qui l'empêchera de disputer la tournée automnale triomphale où les Bleus s'imposèrent par trois fois contre l'Australie (33-6), l'Argentine (39-22) et les Samoa (22-14). Un succès où Papé sortira vainqueur, tous les observateurs s'accordant à dire que le Parisien faisait un bon capitaine.
Pourquoi remplacer Thierry Dusautoir ?
Pourquoi remplacer Thierry Dusautoir même s'il revenait à temps pour le début du tournoi, alors que son capitanat n'avait jamais, pour l'instant, été remis en question ? D'une part, parce que la personnalité de Pascal Papé s'est affirmée dans le groupe France, alors que jamais Marc Lièvremont n'avait trouvé quelqu'un qu'il sentait pour prendre le brassard à la place du Toulousain. Mais également parce que Philippe Saint-André voit un peu de lui en Pascal Papé. Entre 1993 et 1997, PSA a été capitaine du XV de France. Pour savoir quel genre de capitaine il était, quoi de mieux que de demander à ses anciens coéquipiers ?
Olivier Brouzet en parle avec un léger sourire au coin des lèvres : "Ce n'était pas un capitaine qui se la jouait chef. Il avait pas mal de relais dans l'équipe comme le 8, le 9 et le 10. Cependant, comme il était de loin le meilleur joueur parmi nous, sa voix résonnait bien dans le groupe. Mais en dehors, il amusait la galerie". Et c'est ce qu'aime PSA chez le Parisien, ce côté extraverti une fois sorti du terrain qu'il ne percevait pas chez Dusautoir.
Seulement, le sélectionneur français sait qu'en faisant cela, il prend des risques pour son groupe. D'une part, on ne sait pas trop ce que Papé ferait en cas de mauvaises périodes pour les Bleus. Sur ses récents matchs en tant que capitaine, Pascal Papé n'a surtout connu que des hauts, mais pas vraiment de bas. Sa serait-il capable de faire face à une scission dans le groupe alors que l'on sait que le Toulousain a cette faculté de rassembler autour de lui ? On ne saurait pas trop répondre à cette question mais PSA est persuadé que la réponse est positive.
Mais ce qui pourrait s'avérer être un peu plus grave, ce serait que Philippe Saint-André se mette à dos la plupart des joueurs toulousains présents en masse dans le groupe France en retirant le brassard à Thierry Dusautoir. Pour calmer le jeu, Thierry Dusautoir a déjà fait savoir qu'il "saurait être un joueur lambda sans que ça ne me pose de problèmes".