
Au tiers de la saison 2007/2008, tel un vulgaire marronnier journalistique automnal, le thème de la "crise à l'OM" remplit les colonnes des journaux : 19e de Ligue 1 après 13 journées et ne totalisant que 11 points (deux victoires seulement !). Ayant déjà fait sauter l'entraîneur (le malheureux Emon), le club n'est pas dans une bonne passe. Cependant, faut-il s'en étonner ? L'OM fait vendre et intéresse, c'est un fait indéniable. "Qu'on l'aime ou non, ce club ne laisse pas indifférent", m'a lancé récemment un ami. Effectivement, on s'arrache les places de stade lorsque le club se déplace, mais le fait-on pour voir évoluer un club mythique ou pour suivre le dernier épisode d'un mélodrame ?
"Qu'on nous laisse du temps", "Les automatismes vont s'affiner"... les discours pour justifier les piètres débuts marseillais se suivent et se ressemblent. Automatismes ? Mais le club n'a-t-il pas fini 2e lors de l'exercice 2006/2007 ? C'est vrai, qu'entre-temps ses dirigeants ont cru bon de réaliser de nombreux mouvements de joueurs, avec en point d'orgue la vente de son meneur de jeu Ribéry au Bayern Munich.
Mais ne restons pas engouffrés dans cette saison 2007/2008 et remontons aux origines du malaise. Contrairement à ce que certains voudraient croire, l'OM a toujours été un club irrégulier. Il apparaît deuxième dans le classement des clubs comptant le plus de saisons en Ligue 1, alors qu'il a quasi 30 ans d'histoire de plus que le premier (Sochaux). Il compte huit titres de champion (et non dix comme l'affirment parfois les supporters), ce qui équivaut au total du FC Nantes. À la différence que Nantes a remporté des titres régulièrement sur la période 1961-2001, tandis que l'OM les a quasiment trustés sur deux époques (1970-1972 et 1988-1992).
Pourquoi l'OM est-il un club irrégulier ?
Le cas de Nantes est particulièrement exemplaire. Le club de la Loire-Atlantique, promu lors de la saison 1963/1964, fut champion dès l'année suivante et sortit régulièrement des générations exceptionnelles (1973, 1977, 1980, 1983, 1995, 2001), fruit de leur centre de formation. C'était le club à la plus grande longévité et régularité en Ligue 1, ce qui n'est pas le fort de l'OM. À chaque tournant de son histoire, le club marseillais a eu besoin de purgatoires en Division 2 ou de traversées du désert pour se reconstruire. Au total, le club a connu quatre périodes en Division 2 (1959-1962 ; 1963-1966 ; 1980-1984 ; 1994-1996). Notamment suite à sa descente la plus inattendue en 1979-1980 : dernier de première division avec un effectif de douze internationaux et de "stars", le club avait perdu son âme et s'en remit aux minots pour remonter en 1984.
Comment la gestion post-Tapie a-t-elle échoué ?
S'ensuivit la gloire sous la présidence Tapie (1986-1994) avec le dénouement que l'on sait (champion d'Europe mais relégué en Division 2). Lors de la saison 1994-1995, l'OM doit faire face aux départs de ses stars. Champion de D2 dès 1995, le club doit purger une saison supplémentaire pour raisons disciplinaires et termine 2e derrière Caen l'année suivante. Les titulaires sont alors des joueurs modestes comme Bruno Germain, Michel De Wolf, Hamada Jambay ou Joël Cantona. Lors de ces deux années, le club est porté par un coup de génie : l'arrivée de l'Irlandais Tony Cascarino, repéré à la Coupe du monde 1994. Il va marquer 61 buts en deux saisons et devenir le chouchou du Vélodrome.
C'est à partir de là que le club va péter les plombs pour la première fois de son ère post-Tapie. Au lieu de capitaliser sur le groupe de la remontée, l'OM affiche des ambitions démesurées. Les principales recrues sont Pedros, Letchkov et Graveline. L'OM se paie même le gardien-star de l'Allemagne, Andreas Köpke. Ce qui aurait dû être une saison de transition devient une saison de toutes les pressions. Une victoire illusoire en match d'ouverture contre Lyon (3-1) renforce ce sentiment. Mais sur le long terme, la mayonnaise ne prend pas dans une équipe comptant plus de dix nationalités différentes, avec des joueurs surévalués comme les défenseurs Italiens Malusci et Franceschini. Le groupe se scinde. Comme un symbole, l'ex-héros Cascarino ne marque pas un seul but en D1. Signant par la suite à Nancy, il y retrouvera sa splendeur.
Dans ce contexte, la revente du club fin 1996 au PDG d'Adidas, Robert Louis-Dreyfus, rajoute à la confusion. 11e en fin de saison, une place jugée honorable pour un promu, mais insuffisante pour un club qui a voulu mettre la charrue avant les bœufs. Le nouveau président déclare vouloir faire de l'OM "le Bayern du sud d'ici cinq ans".
Les illusions du titre sous Louis-Dreyfus
Pour la saison 1997/1998, il fait appel à Rolland Courbis. Cela marche ! Avec ses réseaux, Courbis attire des joueurs prestigieux comme Claude Makalele et Laurent Blanc. En cours de saison, ils sont rejoints par Fabrizio Ravanelli et Christophe Dugarry. Le club franchit un palier et aurait pu lutter pour le titre sans un effondrement inexplicable en fin de saison (4e au final). Malgré des conflits extra-sportifs et des transferts houleux, le renouveau sportif prend le dessus.
L'intersaison 1998 est plus modérée avec les arrivées de Robert Pires, Daniel Bravo et Florian Maurice. Peter Luccin signe pour douze ans (il n'en fera que deux). Seul ombre au tableau : le clash avec Köpke, devenu persona non grata après sa Coupe du monde 1998.
L'OM part en boulet de canon. Courbis met en place un système très offensif avec le quatuor Pires-Maurice-Dugarry-Ravanelli. La 3e journée offre un retournement légendaire contre Montpellier (0-4 à la mi-temps, victoire 5-4). Sur la scène européenne, le club s'affirme comme un cadet en Coupe UEFA. Toute la France rêve de voir le club ramener la C3. Après des tours laborieux, la finale est en vue.
Le championnat est un chassé-croisé entre l'OM et Bordeaux. À la veille de la dernière journée, Bordeaux compte un point d'avance. Le titre bascule finalement pour les Girondins grâce à une victoire inespérée au Parc des Princes (2-3), tandis que l'OM s'impose à Nantes (0-1). 2e avec 71 points, un score exceptionnel pour un dauphin. Courbis déclarera que "on ne verra pas souvent un 2e finir avec ce total".
L'instabilité généralisée (1999-2001)
Louis-Dreyfus nomme Yves Marchand président délégué. Marchand empiète sur les plate-bandes de Courbis, ralentissant le secteur sportif. Courbis procède alors à des choix étonnants, comme le renvoi de Laurent Blanc, vendu à l'Inter Milan pour une somme jugée trop faible. D'autres choix chaotiques suivent, comme le recrutement de Bakayoko ou l'arrivée immédiate et le départ de Lamine Diatta.
Le championnat démarre péniblement. L'OM est poussif en championnat mais capable de coups d'éclat en Ligue des Champions, avec une victoire sur Manchester United (1-0). La défaite contre la Lazio (0-2) en phase de poules scelle le sort de Courbis.
La fin de l'ère Courbis et l'arrivée de Casoni
C'est Bernard Casoni, entraîneur de la réserve, qui prend la relève. Une "règle de l'alternance" s'installe entre entraîneur fort et entraîneur malléable. Suite à de nouveaux problèmes internes, deux stars s'éclipsent : Ravanelli et Dugarry. Le club termine la saison avec une équipe au rabais, marquant le début d'une constante : le "joker" offensif du mercato hivernal souvent décevant (Koke, Sytchev, Nouma).
Le retour de Tapie et ses conséquences
C'est le grand ménage de l'ère Tapie II (2001-2002) avec 54 mouvements de joueurs. Sur le banc, Ivic s'en va et est remplacé par José Anigo, puis par Ivic lui-même quelques semaines plus tard après des résultats médiocres. Un climat peu serein s'installe.
Le recrutement part dans tous les sens (Ibrahim Ba, Alfonso...), avec quelques surprises comme Vedran Runje ou Van Buyten. L'OM finit 9e d'un championnat faible. Ivic part en cours de saison et Albert Emon assure l'intérim.
La parenthèse Bouchet et l'espoir avorté
En 2002, Christophe Bouchet prend la présidence et recrute Alain Perrin. Face à une situation financière critique, le club dégraisse l'effectif et recrute des joueurs pragmatiques comme Celestini et Johansen. L'objectif est un plan de trois ans.
L'OM finit 3e de la saison 2002/2003, qualifiant le club pour la Ligue des Champions. Le public, devenu moins exigeant, tolère les revers contre le PSG. Cette relative patience contraste avec l'ère Tapie.
L'épopée européenne 2004 et la chute
La saison 2003/2004 voit l'OM ambitieux avec les arrivées de Steve Marlet, Mido et surtout Didier Drogba. En octobre, la blessure du gardien Cédric Carrasso et le retour de Fabien Barthez créent une polémique. Le départ de Vedran Runje, mécontent, divise les supporters.
Sur le plan sportif, après des défaites cinglantes, Alain Perrin est remplacé par José Anigo. Le club réalise un parcours européen exceptionnel en Coupe UEFA, éliminant Liverpool, l'Inter et Newcastle grâce aux exploits de Drogba. Mais l'aventure s'arrête en finale contre Valence (2-0).
Que s'est-il passé après la vente de Drogba ?
L'intersaison 2004 est mouvementée. Malgré les promesses de le conserver, Drogba est vendu à Chelsea pour 37 millions d'euros. Pour le remplacer, le club recrute le controversé Fabrice Fiorèse. Les résultats sont catastrophiques, avec des défaites contre le PSG et une humiliation à Ajaccio. Anigo et Bouchet sont démis de leurs fonctions, remplacés par Philippe Troussier.
Après une élimination en Coupe de France contre Angers (Ligue 2), le club sauve sa saison en finissant 5e, grâce à une bonne fin de championnat. Troussier laisse sa place à Jean Fernandez pour la saison suivante.
L'espoir de la Coupe de France 2006
Jean Fernandez remanie l'effectif. Les arrivées de Mamadou Niang, Wilson Oruma et Franck Ribéry (débauché de Galatasaray) redonnent espoir. L'OM réalise un bon parcours en Coupe UEFA et atteint la finale de la Coupe de France après avoir éliminé Lyon et Rennes.
La finale oppose l'OM au PSG. Malgré une réduction du score de Maoulida, les Marseillais s'inclinent (2-1). Le PSG remporte sa 4e coupe depuis 1993.
Saison 2006/2007 : la finale manquée
Jean Fernandez parti, c'est Albert Emon qui prend les rênes. L'arrivée de Djibril Cissé, blessé, constitue un gros gamble. Le début de saison est mitigé, mais Samir Nasri explose.
L'OM se reprend avant la trêve. Cissé revient et marque 16 buts. Le club atteint à nouveau la finale de Coupe de France, face à Sochaux. Après un match fou (2-2), l'OM s'incline aux tirs aux buts (5-4). Une nouvelle désillusion pour un club qui finit tout de même 2e du championnat, synonyme de Ligue des Champions.
Cette décennie aura été marquée par des erreurs de gestion et des échecs sportifs répétitifs, laissant le club en quête perpétuelle de renouveau.