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Sports

Nibali prend sa revanche

Nibali prend sa revanche sur Froome lors d'une étape historique du Tirreno Adriatico.

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Il est rare de dénombrer plus de cinquante abandons sur une course cycliste professionnelle. Cela peut arriver lors de courses accidentées comme Paris-Roubaix, mais cela faisait bien longtemps que tant de coureurs mettaient pied à terre dans une course à étapes. L'image était surprenante et assez amusante, du moins pour ceux qui n'étaient pas sur les vélos, de voir les moins bons spécialistes de la montagne grimper cette côte à pied, le vélo dans les mains, comme dans les courses de cyclo-cross du mois de janvier. En même temps, le Sant'Elpidio et ses trois cents derniers mètres à 30 % de moyenne, et cela à trois reprises, n'est pas la montée la plus simple.

Parmi les nombreux coureurs n'ayant pas terminé l'étape, Mark Cavendish n'était pas d'une très bonne humeur : "Ce matin, je savais que je n'allais pas finir ce Tirreno Adriatico. Déjà, à 5 %, j'en ai marre et je me fais lâcher, mais là, ce n'est pas de mon ressort. Encore, lorsqu'il y a un maillot vert du Tour de France en jeu, j'essaie de faire un petit effort, mais je ne voyais pas trop l'intérêt de me creuser maintenant." Filippo Pozzato avait le regard noir : "Nous sommes des sportifs de haut niveau, peut-être, mais ce n'est pas inscrit Hulk sur notre front non plus. Les organisateurs oublient un peu que nous sommes des êtres humains. Encore, qu'ils nous fassent monter cette côte à dix kilomètres de l'arrivée pour le spectacle des gros de devant, mais ça ne sert pas à grand chose de nous la faire passer trois fois. Nous ne sommes pas que des marionnettes juste bonnes à amuser les spectateurs."

Même les organisateurs ont tenu à faire leur mea culpa après les avalanches de critiques envoyées par le peloton : "On tenait à faire une étape extraordinaire capable de redistribuer les cartes et en cela nous n'avions pas tort. Mais il faut bien avouer que nous y sommes allés un peu fort avec cette montée à 30 %. C'est quand on a vu le nombre important d'abandons que nous nous sommes dit que ce n'était pas normal. Quand tu perds presque la moitié du peloton, c'est qu'il y a un problème. Nous n'avons pensé qu'aux spectateurs et leur plaisir mais nous avons mal fait notre travail."

Alors, c'est vrai, cette côte était sans doute trop compliquée, mais quel spectacle offert aux suiveurs. Sur ce point, les organisateurs étaient en plein dans le vrai, car cette étape en forme de boucle autour de Porto Sant'Elpidio, la sixième de ce Tirreno Adriatico, eut le mérite de bouleverser le classement général de l'épreuve. Et ça grâce à un homme, Vincenzo Nibali, lui qui ne paraissait pas au meilleur de sa forme sur les premières étapes de montagne. Les jours précédents, Froome et toute son armada s'étaient révélés trop bien organisés ; l'Anglais était trop fort sur les pentes régulières offertes pour que l'Italien puisse le suivre. Dimanche, il avait même été lâché dans les derniers hectomètres de l'étape. Mais si l'Italien est fort, c'est d'abord dans la tête que ça se passe, et chez lui, il a eu à cœur de relever la tête pour ne rien regretter.

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Chris Froome à la peine

Alors que les petites montées se succédaient et que Vincenzo Nibali voyait que les équipiers de Chris Froome, les Colombiens Sergio Henao et Rigoberto Uran, et Dario Cataldo, n'entouraient plus leur leader et que ce dernier ne se trouvait pas aussi à l'aise que d'habitude, il profita de sa bonne forme du jour pour se positionner parfaitement avant une descente qui se trouvait à onze kilomètres de la ligne d'arrivée. Le troisième de la dernière grande boucle excelle dans cet exercice de style : il prit les risques qu'il fallait pour larguer les favoris, et pas grand monde ne pouvait le suivre. Alberto Contador, qui alternait jusqu'alors des périodes plus ou moins mauvaises et qui semblait un peu moyen dans son groupe, ne trouva pas les jambes pour suivre l'Italien, ce qu'il regrettait : "Je n'étais pas dans mon meilleur jour. Quand j'ai vu Vincenzo Nibali qui partait, j'ai tout de suite su que je ne pouvais pas le suivre. J'étais déjà bien content de rester avec mon groupe."

En fait, dans un premier temps, seul Peter Sagan est parvenu à suivre Nibali. En même temps, il le connaît bien : "Quand je l'ai vu partir, je me suis dit qu'il faudrait le suivre mais la question était de savoir si j'avais les jambes. Le parcours, qui alterne montées et descentes, rappelle un peu une classique ardennaise. Alors je suis habitué à ce genre de truc. Je mentirais si je disais que je n'étais pas mort, mais je savais qu'en suivant Nibali, ça serait un effort qui paierait. Je connais bien Vincenzo. On s'est longtemps côtoyé chez Liquigas et quand il attaque, c'est pour aller au bout. En le suivant, je pensais gagner." Dans un ultime effort, Joaquin Rodriguez sortait de derrière ; personne ne pouvait prendre sa roue et il rejoignit les deux hommes de tête. Derrière, les poursuivants étaient quatre, avec Alberto Contador, Mauro Santambrogio qui continue d'impressionner, Samuel Sanchez et Christopher Horner, pendant que Chris Froome figurait dans un troisième groupe un peu plus loin.

Sans trop de soucis, le Slovaque s'imposait en larguant ses deux compagnons dans les derniers hectomètres. Le groupe d'Alberto Contador arrivait avec quarante-deux secondes de retard sur Vincenzo Nibali et Purito. Froome, quant à lui, perdait son maillot de leader en terminant à quarante-huit secondes après l'Italien. Cet après-midi, ce Tirreno Adriatico s'achèvera sur un contre-la-montre qui ne devrait pas bouleverser beaucoup le classement général. Le podium devrait rester tel quel, mais l'Italien se méfie : "J'ai fait le plus dur en prenant le maillot ici. Je sais que Froome est un expert de l'exercice, mais vu la distance, ça devrait le faire. Mais il va falloir être vigilant parce qu'il peut se passer plein de choses, comme une chute ou un ennui mécanique. Je suis confiant en tous cas et content de ce que j'ai fait." Une victoire ici lancerait parfaitement la saison du nouveau coureur de l'écurie Astana, qui voudra faire mieux que l'an passé en juillet, sur les routes du Tour de France...

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Fruitier Manu @rmcriolo
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