
Sachant qu'il était sur le point de réaliser une performance exceptionnelle dans des conditions climatiques dantesques — comme depuis une semaine sur la route du Giro — il leva le poing vers le ciel. Un poing rageur visant sa destinée qui, sauf incident de course, devrait auréoler Vincenzo Nibali d'une victoire au Giro. La première de sa carrière, la seconde sur un Grand Tour après son succès au Tour d'Espagne 2010.
La volonté de marquer l'histoire
Mais une victoire promise depuis longtemps au Sicilien ne lui suffisait pas. Après avoir fini à deux reprises second d'étape — l'une ayant été cédée aimablement à Mauro Santambrogio pour remercier son équipe Vini-Fantini — le manager d'Astana, Alexandre Vinokourov, avait partagé sa vision : « Pour rester dans l'Histoire, il ne suffit pas de remporter le classement général. Pour rester longtemps dans les esprits, il faut écraser la concurrence et gagner au moins une étape. Vincenzo a eu l'occasion mais a préféré donner la victoire à des hommes qui nous ont soutenus. C'est un geste louable, certes, mais à ne pas rééditer ».
L'Italien avait bien compris le message : « Je veux poser mon empreinte et je dois faire une très grosse étape d'ici l'arrivée à Brescia dimanche ».
Une domination sans appel sur le chrono
Homme impulsif qui aime expédier les affaires courantes, Nibali a décidé de cocher le contre-la-montre empruntant les rampes du Polsa. Peut-être ne l'aurait-il pas fait avant le premier chrono, face à Bradley Wiggins, mais lui qui se pensait inférieur dans cet exercice s'est découvert redoutable dès que la route s'élève.
Avant cette étape, le Giro avait déjà perdu de son suspense, mais avec plus de deux minutes d'avance sur son dauphin Cadel Evans, une marge de sécurité s'imposait. Sachant l'âpreté des jours à venir entre un chrono et deux étapes de montagne dans les Dolomites, tout pouvait encore arriver.

Cadel Evans frôle l'humiliation
Nibali n'aimait pas qu'il reste ce suspense. Sur les vingt kilomètres sans un hectomètre de plat entre Mori et Polsa, c'est lui qui prit le meilleur temps. Samuel Sánchez, longtemps crédité du temps de référence, fut finalement vaincu pour cinquante-deux secondes. « Il était trop fort. Il y avait juste un homme largement au-dessus du lot. C'est Vincenzo Nibali, il a été extraordinaire », se résignait l'Espagnol.
Mais au classement général, Sánchez n'était pas le danger principal. C'est la performance de Cadel Evans qui était surveillée. Le Polsa a été redoutable pour le vainqueur du Tour de France 2011, tassé sur sa machine face à la pluie, qui céda près de deux minutes quarante sur le Sicilien. « Je savais que ça allait être compliqué. Je suis déçu mais je mentirais si je disais que je m'attendais à faire mieux. Je ferai tout pour conserver ma place même si le combat sera très rude ».
L'Australien a évité le pire : parti trois minutes après lui, Nibali pouvait distinguer ses roues dans les ultimes lacets. Avec quelques kilomètres de plus, Evans aurait essuyé l'humiliation de se faire déposer par le maillot rose.
Vers Brescia et la gloire
Vincenzo Nibali surveillait plutôt Rigoberto Uran et Michele Scarponi : « Je me souciais plus de leurs performances. Evans se cache, il n'a pas l'habitude d'attaquer. Je connais Scarponi et Uran, ils attaquent et on ne peut jamais être totalement sûr de soi face à eux », estimait le maillot rose.
Le Colombien ne s'est classé que sixième à 1'26, et le leader de la Lampre ne faisait que cinq secondes de mieux qu'Uran. Désormais, Nibali compte plus de quatre minutes d'avance sur Cadel Evans, largement suffisant pour conserver sa tunique rose.
L'ascension mythique du Stelvio
Demain, ce sont les Dolomites qui montreront le bout de leur nez avec une succession de cols célèbres : le Gavia et le Stelvio. Vincenzo Nibali, qui aspire à redonner le sourire au cyclisme italien, compte sur cette étape : « Je connais l'histoire de ces cols. Le Stelvio est une légende que tout le monde craint. C'est une étape fabuleuse que je rêverais de gagner ».
Malheureusement, les violentes chutes de neige dans les Dolomites pourraient contraindre les organisateurs à modifier le parcours. Mais qu'importe, même avec un détour par la Suisse, le roi se nommera Vincenzo Nibali.