Nando De Colo avec le maillot de l'équipe de France et un ballon, encadré par un texte sur sa retraite.
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Nando De Colo prend sa retraite : l'adieu d'une légende du basket européen

Nando De Colo, double MVP d'Euroligue, prend sa retraite à 38 ans. Retour sur la carrière légendaire du "Boss" et ses projets de coach.

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Mardi 7 avril 2026, le basket français a retenu son souffle. Nando De Colo, l'un de ses plus brillants artisans, a annoncé dans une entrevue accordée au média spécialisé BeBasket qu'il tirerait sa révérence à l'issue de la saison en cours. À 38 ans, l'arrière de Fenerbahçe a confié que la décision mûrissait en lui depuis le début de l'année, une évidence qui s'est imposée avec le recul et la maturité. Cette nouvelle, bien qu'attendue par certains observateurs avertis, sonne comme la fin d'une époque pour le basketball hexagonal et européen. 

Nando De Colo avec le maillot de l'équipe de France et un ballon, encadré par un texte sur sa retraite.
Nando De Colo avec le maillot de l'équipe de France et un ballon, encadré par un texte sur sa retraite. — (source)

Le contexte de cette saison 2025-2026 rend l'annonce d'autant plus poignante. Revenu au pays pour défendre les couleurs de l'ASVEL, le meneur a vécu un premier semestre mouvementé avant de retrouver son ancien club d'Istanbul en janvier 2026, cherchant à relever un dernier défi sportif au plus haut niveau. Mais le corps a ses limites, et une blessure au tendon contractée fin mars a sans doute agi comme le signal d'arrêt définitif. Pour celui qui a toujours été un guerrier sur les parquets, avoir à subir cette interruption physique a probablement aidé à valider ce choix de conscience. Le timing est parfait pour passer à autre chose, affirme-t-il, laissant derrière lui une empreinte indélébile sur l'histoire du sport.

« C'est le bon moment » : l'ultime sursaut du maître européen

L'introspection du joueur offre un éclairage saisissant sur la fin de carrière d'un grand champion. « Depuis le début de l'année, j'avais dans un coin de ma tête que ça allait être ma dernière », a-t-il confié avec cette tranquillité qui le caractérise. Ce n'est pas un arrêt maladie ou une désillusion sportive qui motive ce départ, mais une conviction profonde que le cycle est désormais complet. Pour celui qui a porté le maillot de l'Équipe de France avec un tel panache, l'annonce intervient à un moment charnière, celui où l'athlète de haut niveau accepte de laisser place à l'homme, conscient que « la vie est faite de moments, de timing aussi. Et je pense que c'est le bon moment pour passer à autre chose ».

Une maturité assumée face au jeu

Cette déclaration n'est pas celle d'un joueur fatigué par le jeu, mais celle d'un homme en paix avec son parcours. La capacité de Nando De Colo à analyser sa propre carrière avec tant de distance témoigne d'une intelligence rare. Il ne quitte pas le terrain par contrainte, mais par conviction, estimant avoir donné tout ce qu'il avait à donner au plus haut niveau. C'est cette lucidité qui a toujours guidé ses choix, depuis son départ de la NBA jusqu'à ses retours en Turquie, et qui guide aujourd'hui ce dernier départ.

Le rôle catalyseur de la blessure

Si la décision mûrissait en lui depuis des mois, un événement physique a probablement agi comme le déclencheur final. La fin du mois de mars a été marquée par une blessure au tendon, un aléa cruel pour un joueur dont la carrière a toujours été bâtie sur la disponibilité et la durée. Bien que sa nature de warrior lui fût sans doute supporter l'inconfort dans le secret des vestiaires, cette absence forcée a offert un temps de réflexion inespéré. Pour un compétiteur invétéré, être tenu à l'écart des parquets par son propre corps est souvent le signe le plus brutal que l'horloge tourne et qu'il faut savoir écouter les signaux.

De Cholet à l'épopée russe : les racines de la légende

Un joueur en action sur le terrain portant le maillot numéro 12.
Nando De Colo applaudissant sur le terrain dans son maillot numéro 12. — (source)

L'histoire de Nando De Colo commence loin des projecteurs de l'Euroligue, dans la région minière du Pas-de-Calais. Né le 23 juin 1987 à Sainte-Catherine-lès-Arras de parents portugais, il grandit dans une famille où la culture du travail est rigoureuse. Ce n'est pourtant pas dans le nord qu'il forge son arme principale, mais à Cholet. C'est au sein du centre de formation du Cholet Basket et des bancs du lycée Fernand Renaudeau qu'il développe ce jeu singulier, fait d'intelligence et de technique hors norme. Là-bas, loin des centres fédéraux parisiens, il apprend à lire le jeu mieux que personne.

Son éclosion est rapide mais discrète. Drafté en 53e position par les Spurs de San Antonio en 2009, un choix tardif qui prouve qu'il était passé sous les radars des recruteurs américains, il a dû faire ses preuves à l'ancienne. Il n'a jamais eu l'athlétisme explosif de certains de ses contemporains, mais il a compensé par une adresse diabolique et une vision du jeu suprême. C'est en forgeant son caractère dans les antichambres de la Pro A et les compétitions européennes mineures qu'il a préparé le terrain pour la légende qu'il allait devenir.

L'étincelle de 2008 : quand le « petit » Cholet bat la Belgique

Si l'Europe entière découvre le « monstre » de « clutch player », un joueur qui ne tremble jamais quand le jeu s'accélère, c'est dès 2008. Dès ses premières apparitions sous le maillot bleu aux côtés de Michel Gomez, il signe une performance qui reste dans les mémoires. Lors d'un match crucial de qualifications contre la Belgique, il est intenable : 28 points au compteur, avec un 9 sur 9 aux tirs. Cette première passe d'armes est encore vue aujourd'hui comme l'acte fondateur de la future légende.

Cette performance n'était pas un hasard. Elle était le fruit du travail acharné accompli à Cholet, où il avait appris à utiliser chaque espace, chaque écran pour se créer son propre tir. Ce match contre la Belgique a agi comme un catalyseur pour sa confiance. Il a prouvé ce jour-là qu'il pouvait prendre une équipe sur ses épaules et la porter vers la victoire, une qualité qui deviendrait sa marque de fabrique tout au long de sa carrière, que ce soit sous le maillot bleu ou sur les parquets européens.

Le pari de Valence et la draft en 53e position

Avant de conquérir l'Europe, il lui a fallu traverser l'Espagne. En 2009, alors qu'il vient d'être sélectionné en fin de draft NBA, il choisit de signer à Valence. C'est un pari audacieux pour un jeune joueur, mais c'est là qu'il se forge un mental d'acier. Il remporte l'EuroCup en 2010, son premier trophée majeur, et est nommé dans le cinq majeur de la compétition. Cette victoire, souvent reléguée au second plan par rapport aux titres de l'Euroligue, est pourtant fondamentale. Elle apprend à Nando ce que signifie gagner sur la scène continentale.

Ce passage par l'Espagne et son statut de « drafté de fin de deuxième tour » ont construit sa psychologie. Il n'a jamais eu la facilité, il a dû tout mériter. Contrairement aux prodiges élevés au lait NBA, il a dû faire ses armes dans des compétitions difficiles, sans les faveurs des médias. Cette expérience a solidifié son jeu, le transformant en un joueur complet, capable de diriger une équipe et de scorer quand nécessaire. C'est ce socle technique et mental qui lui permettra, quelques années plus tard, de dominer l'Euroligue avec le CSKA Moscou.

L'ère CSKA Moscou : 5 157 points et le statut de joueur le plus « clutch »

L'épisode CSKA Moscou constitue sans conteste l'apogée de la carrière de Nando De Colo. De 2014 à 2019, il y règne en maître absolu. Sous le maillot de l'armée russe, il ne se contente pas de jouer, il sculpte le jeu à son image. Il devient le scoreur prolifique que l'on connaît, mais aussi le leader incontesté d'une équipe qui fait trembler l'Europe. Ses statistiques sur cette période sont à faire pâlir les meilleurs : 5 157 points marqués en Euroligue, ce qui le place au deuxième rang des meilleurs marqueurs de l'histoire de la compétition, une performance absolue.

Mais au-delà des chiffres bruts, c'est son impact sur les matchs décisifs qui marque les esprits. Il acquiert la réputation d'être l'homme que l'on veut avoir le ballon en main dans les dernières secondes. Il ne se trompe presque jamais. Son geste est pur, son mental est de glace. C'est à cette période qu'il gagne ses deux titres d'Euroligue, en 2016 et 2019, affirmant sa domination sans partage. Il est le « Boss », celui qui dicte la loi et que personne ne veut affronter en playoffs. Le CSKA Moscou lui offre la scène parfaite pour exposer tout son talent au monde.

Le doublé MVP : l'apogée d'un joueur hors norme

La saison 2015-2016 reste gravée dans les annales comme celle de la consécration totale. Nando De Colo réalise une année historique, étant élu MVP de la saison régulière, mais aussi MVP du Final Four. C'est le doublé ultime pour un joueur de club. Il guide le CSKA vers le titre avec des statistiques défiant toute logique. Sur l'ensemble de ses 13 saisons en Euroligue, il affiche des pourcentages de tir digne d'un robot : 41 % à 3 points et, fait plus hallucinant, 93,5 % aux lancers-francs. 

Nando De Colo applaudissant sur le terrain dans son maillot numéro 12.
Un joueur en action sur le terrain portant le maillot numéro 12. — (source)

Ce second pourcentage en particulier illustre son perfectionnisme. Le lancer-franc est souvent l'apanage des spécialistes, mais pour De Colo, c'est un point donné. Il convertit ces tirs avec une régularité robotique, ce qui en fait une arme terrifiante en fin de match. En 2019, il ajoute une seconde couronne à son palmarès, prouvant que sa première victoire n'était pas un accident. Ces deux titres, avec ces récompenses individuelles, le hissent au Panthéon du basket européen, aux côtés de noms comme Juan Carlos Navarro ou Dimitris Diamantidis.

L'étude Eurohoops : le tueur devant Doncic

La réputation de Nando De Colo ne repose pas uniquement sur des impressions, mais sur des faits chiffrés implacables. Une étude menée par le site Eurohoops a analysé les performances des joueurs dans les cinq dernières minutes des matchs d'Euroligue, ces moments cruciaux où les champions se distinguent des simples joueurs. Le résultat est sans appel : Nando De Colo a marqué 32 points dans ces dernières minutes sur dix matchs analysés, soit une moyenne de 3,2 points par match dans cet intervalle.

Ce chiffre le place au sommet du classement, devant des stars mondiales comme Luka Dončić ou Pierre Jackson. Cela prouve que sa capacité à prendre la responsabilité en fin de rencontre n'est pas une légende urbaine, mais une réalité statistique. Alors que beaucoup de stars s'effacent ou laissent échapper le ballon sous la pression, De Colo s'épanouit dans le chaos final. C'est ce « clutch » gene, cette capacité à être au rendez-vous quand tout se joue, qui fait de lui un joueur unique. Il a marqué l'histoire de l'Euroligue non pas par sa puissance athlétique, mais par sa froideur chirurgicale dans les moments de vérité.

Le refus NBA : « Je préfère la carrière que j'ai en Europe »

Le parcours de Nando De Colo croise la NBA sans jamais s'y fondre véritablement. Entre 2012 et 2014, il tente l'aventure américaine, portant les maillots des Spurs de San Antonio puis des Raptors de Toronto. L'expérience n'est pas un échec sportif pur, puisqu'il côtoie l'élite et atteint les Finales NBA en 2013 avec San Antonio, mais elle reste frustrante. Dans un système verrouillé, où les rôles sont rigides et où les minutes de jeu se monnaient cher, le style de jeu de De Colo, basé sur le rythme et l'intelligence, peine à s'exprimer pleinement face à l'athlétisme débridé de la ligue américaine.

Son départ de la NBA n'est pas une fuite, mais une déclaration d'indépendance. C'est le moment charnière où il choisit de ne pas accepter le statut de simple rôleur pour devenir le « Boss » européen.

San Antonio et Toronto : l'expérience avortée de la « Ligue majeure »

À San Antonio, Nando intègre une machine rodée, celle du célèbre « Big Three » composé de Tim Duncan, Tony Parker et Manu Ginóbili. L'ambiance est studieuse, le niveau de jeu est vertigineux, mais son temps de jeu reste confidentiel. Gregg Popovich, l'entraîneur légendaire, ne lui laisse que des miettes, malgré la confiance affichée par Parker. Le système des Spurs est si codifié qu'il ne laisse que peu de place à l'improvisation, la force de De Colo. Transféré aux Raptors en 2014, il espère trouver plus de minutes, mais la réalité est similaire : il est un complément, pas une pièce maîtresse.

Cette période américaine lui apprend toutefois la rigueur défensive et l'intensité des entraînements de haut niveau. Mais elle confirme aussi son intuition : pour briller, il a besoin du ballon. Son jeu de lecture, sa capacité à créer des tirs pour lui-même et ses coéquipiers sont étouffés par la physiocratie de la NBA. Il repart avec la certitude qu'il peut faire mieux ailleurs. Ce n'est pas un adieu définitif aux États-Unis, mais un « à plus tard » avec fierté, conscient d'avoir tourné la page sans regret.

Le manifeste d'un champion

Le retour de Nando De Colo en Europe, et spécifiquement au CSKA Moscou en 2014, s'accompagne d'une déclaration qui en dit long sur sa personnalité : « Je préfère clairement avoir la carrière que j'ai en Europe plutôt que d'aller en NBA et attendre que les saisons passent ». Cette phrase est son manifeste. Il refuse d'être un pion anonyme sur l'échiquier mondial pour devenir le roi d'un continent. Il choisit la lumière des projecteurs de l'Euroligue plutôt que l'ombre des bancs NBA.

Ce choix va redéfinir la valeur de l'Euroligue aux yeux de beaucoup de joueurs français. Avant lui, la NBA était le Graal unique. En dominant le vieux continent de la main de maître, il prouve qu'une carrière peut être légendaire sans passer par l'Amérique. Il démontre que le basket européen possède son propre prestige, sa propre exigence et sa propre grandeur. Ce retour n'est pas une consolation, c'est une révolution personnelle qui le propulse vers des sommets inégalés, faisant de lui le visage du basket continental pendant près d'une décennie.

Les Bleus et l'ombre de l'Euro 2013 : 209 sélections au service du collectif

Si sa carrière de club est parsemée de titres individuels, son parcours en Équipe de France est marqué par l'abnégation et le collectif. Nando De Colo n'a jamais cherché à être la superstar médiatique des Bleus, un rôle souvent occupé par Tony Parker ou Boris Diaw durant leurs années actives. Il a été l'arme fatale dans l'ombre, celui qui nettoie les erreurs et frappe quand l'adversaire baisse la garde. Avec 209 sélections et 2 194 points, il est un pilier de l'ère Vincent Collet, participant activement à la renaissance du basket français.

Il collectionne les médailles : l'or à l'Euro 2013, le bronze au Mondial 2019 et à l'Euro 2015, et l'argent aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020 et Paris 2024. Chaque trophée raconte une histoire de sacrifice. Il a souvent dû accepter de jouer des rôles secondaires pour le bien de l'équipe, changeant de poste, s'effaçant sur des offensives pour laisser la vedette à d'autres, tout en restant prêt à surgir. C'est ce statut de « soldat » de l'ombre qui a fait de lui le joueur préféré des puristes, celui dont l'efficacité ne se discute pas.

France-USA 2019 et la demi-finale des JO

Il y a des matchs qui forgent une légende, et Nando De Colo en a signé quelques-uns sous le maillot bleu. L'un des plus marquants reste sans conteste la victoire de la France face aux États-Unis lors du Mondial 2019 en quart de finale. Ce jour-là, il a été le bourreau de la Team USA, inscrivant 18 points, dont 11 cruciaux dans le dernier quart-temps. Sa maîtrise des lancers-francs (9/10) a scellé le sort des Américains, provoquant l'une des plus grandes surprises de l'histoire du basket.

Un autre moment fort reste sa performance en demi-finale des Jeux Olympiques de Tokyo 2021 contre la Slovénie de Luka Dončić. Face au prodige slovène, De Colo a aligné 25 points, portant son équipe sur ses épaules pour qualifier la France pour la finale. Dans ces moments-là, il dépasse son statut de joueur régulier pour devenir un assassin, froid et calculateur. Ces performances lui ont valu le respect de la planète basket, prouvant qu'il pouvait dominer les meilleurs joueurs de la planète, peu importe le contexte.

L'héritage d'un « soldat » de l'ombre

L'héritage de Nando De Colo en équipe de France dépasse largement les statistiques. Il incarne la colonne vertébrale d'un groupe qui a réussi à rester au sommet pendant plus d'une décennie. Il a su évoluer aux côtés de générations différentes, servant de mentor aux plus jeunes tout en restant compétitif au plus haut niveau. Sa capacité à jouer à la fois au poste de meneur et d'arrière a offert une flexibilité tactique précieuse aux entraîneurs, et son intelligence de jeu a permis à de nombreux systèmes offensifs de fonctionner.

Contrairement aux stars parfois encombrées par leur ego, De Colo a toujours mis l'intérêt collectif au premier plan. Il a accepté d'être le sixième homme quand il le fallait, tout comme il a accepté d'être le leader offensif lorsque l'équipe était en panne. C'est cette versatilité et cette absence d'orgueil mal placé qui en font un modèle. Il quitte les Bleus en laissant derrière lui une identité de combativité et de savoir-faire, qui inspirera les générations futures bien après son dernier tir sous le maillot tricolore.

Un roi sans couronne médiatique en France

Paradoxalement, le statut de Nando De Colo en France reste en décalage avec sa carrière continentale éblouissante. Il est l'un des plus grands joueurs européens de l'histoire, un double champion d'Euroligue, double MVP, et pourtant, il ne jouit pas de la même reconnaissance populaire que des joueurs de NBA de moindre envergure. Ce déficit de notoriété s'explique par une médiatisation française souvent focalisée sur la « Ligue majeure » américaine, laissant parfois dans l'ombre les exploits réalisés sur le vieux continent.

Cette injustice ne semble pourtant pas le révolter. Il a toujours eu conscience de ce décalage, l'analysant avec lucidité plutôt qu'avec amertume. Il sait que le grand public voit rarement les matchs d'Euroligue, et que la reconnaissance médiatique ne se mesure pas uniquement aux trophées, mais à la visibilité. Malgré cela, il a continué à tracer son chemin, se concentrant sur ce qu'il faisait le mieux : gagner. Sa carrière est un témoignage silencieux que la grandeur ne dépend pas des titres de la presse, mais de l'excellence des performances sur le terrain.

« Une médiatisation moindre que d'autres »

Nando De Colo a lui-même abordé ce sujet avec une sérénité désarmante. « Oui, je pense, sans que cela m'énerve d'ailleurs, je le comprends aussi. J'ai une médiatisation qui est moindre que d'autres et ma carrière n'a peut-être pas été évaluée à sa juste valeur », a-t-il confié. Il pense notamment à ses deux titres d'Euroligue et son titre de MVP de la saison 2016, des exploits qui, s'ils avaient été accomplis à Houston ou Boston, auraient fait de lui une icône mondiale en France.

Il ajoute une nuance essentielle : « Le plus important, c'est que ma famille et mes proches sachent ce que j'ai pu accomplir ». Cette phrase résume toute sa philosophie. Il ne joue pas pour la gloire médiatique ou les titres des journaux, mais pour l'accomplissement personnel et la reconnaissance de ses pairs. C'est ce qui lui a permis de rester performant pendant si longtemps, sans être déstabilisé par les critiques ou l'indifférence. Sa valeur, il la sait lui-même, et ceux qui comptent pour lui la savent aussi.

La leçon de Laurent Sciarra

Pour comprendre l'essence de la carrière de Nando De Colo, il faut se souvenir d'une leçon reçue de Laurent Sciarra, l'ancien meneur des Bleus : « N'oublie pas qu'être bon une saison, n'importe quel bon joueur est capable de le faire, mais être bon sur toute une carrière, c'est autre chose ». Cette phrase a résonné dans la tête de De Colo comme une vérité absolue, guidant chaque saison de sa vie professionnelle.

Et c'est vrai, la longévité est le trophée ultime de sa carrière. Pendant près de vingt ans, il a maintenu un niveau d'excellence rare. En 2018, par exemple, alors qu'il était déjà un joueur vétéran, il affichait encore des moyennes de 17,2 points, 2,4 rebonds, 4 passes pour une évaluation de 20,2 par match. C'est cette constance, cette capacité à performer année après année, indépendamment de l'âge ou des blessures, qui fait de lui une légende. Il n'a pas été une étoile filante, mais un phare constant dans le paysage du basket européen.

D'un retour à l'ASVEL à l'adieu à Istanbul : la saison de trop ?

Le parcours de Nando De Colo lors de cet exercice 2025-2026 ressemble à une dernière tournée d'adieu, riche en émotions et en rebondissements. Le début de saison avait été marqué par un retour espéré en France, sous le maillot de l'ASVEL Lyon-Villeurbanne. L'idée de conclure sa carrière là où tout avait commencé pour lui, au moins symboliquement, séduisait de nombreux fans. Cependant, l'aventure asturienne n'a pas suivi le tracé idéal, et le joueur a finalement choisi de s'engager en janvier 2026 en faveur de Fenerbahçe, une terre d'accueil qu'il connaît bien pour y avoir évolué entre 2019 et 2022.

C'est dans la chaleur de la salle Ülker Sports Arena, à Istanbul, qu'il a préparé ses cartons. La décision n'a pas été précipitée par la seule blessure au tendon qui l'a tenu éloigné des parquets fin mars. Comme il l'a confié lui-même, l'intuition jouait déjà : « Depuis le début de l'année, j'avais dans un coin de ma tête que ça allait être ma dernière ». Cette phrase résonne comme celle d'un sportif qui écoute ses ressentis, conscient que le feu sacré qui l'animait depuis vingt ans se transforme doucement en cendres. Ce transfert hivernal vers la Turquie n'était donc pas une fuite en avant, mais une manière de boucler la boucle dans un environnement où il s'est toujours senti roi.

Une fin de saison sous le signe de l'ambition

Actuellement, le club turc pointe à la deuxième place du classement de l'Euroligue et reste en lice pour le Final Four, qui aura lieu à Athènes à la fin du mois de mai. En championnat, la situation est identique, puisque Fenerbahçe occupe également la deuxième place. Ce contexte de haute compétition a permis à De Colo de ne pas baisser la garde malgré sa décision. Il mettra un point final à sa carrière à la fin du mois de juin, après avoir tenté d'offrir un ultime titre à son club. 

Nando de Colo lors du match ALBA Berlin contre Fenerbahçe SK en EuroLeague 2021-22.
Nando de Colo lors du match ALBA Berlin contre Fenerbahçe SK en EuroLeague 2021-22. — Sandro Halank, Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0 / (source)

L'importance de l'environnement familier

Ce retour à Istanbul a aussi été facilité par la familiarité avec le club et la ville. Ayant déjà évolué sous les couleurs du club stambouliote, De Colo n'avait pas besoin de période d'adaptation. Cette connaissance de la maison, du staff et de certains supporters a sans doute joué un rôle crucial dans sa décision de vouloir y finir sa saison. C'est dans ce cocon familier, loin des pressions médiatiques parisiennes, qu'il a choisi de poser ses valises pour les derniers mois de sa vie professionnelle.

Ambassadeur au Portel et coach de ses filles : l'après-carrière sur le terrain

L'annonce de sa retraite ne marque pas la fin de sa relation avec le basket, bien au contraire. Nando De Colo a déjà prévu la suite, et celle-ci est tournée vers la transmission. Il a confié qu'il resterait toujours dans le monde du basket, « plutôt sur le terrain qu'en dehors », ajoutant : « j'en ai besoin ». Il aide déjà les entraîneurs de l'équipe de ses filles, trouvant un plaisir immense dans cette nouvelle fonction de formateur. C'est une façon naturelle pour lui de redonner ce qu'il a reçu.

En parallèle, il est devenu ambassadeur de l'Étoile Sportive du Portel, le club de sa ville natale, en juin 2020. Ce rôle est loin d'être purement honorifique. Il souhaite montrer aux jeunes du Pas-de-Calais qu'un gars du coin peut atteindre les sommets mondiaux par la seule force de son travail et de son intelligence. Il prévoit d'organiser des camps basket pour transmettre les méthodes qui ont fait de lui un champion. Cette mission d'ambassadeur et de coach lui permettra de rester connecté à ce qu'il aime, tout en préparant la prochaine génération.

« J'en ai besoin » : la transmission comme nouvelle mission

L'envie de transmettre est viscérale chez Nando De Colo. Il ne conçoit pas son avenir loin des parquets et des gymnases. « J'aide déjà les coaches en place à l'entraînement de mes filles », explique-t-il, illustrant son engagement direct auprès des jeunes. Cette proximité avec le terrain lui est indispensable pour respirer. Il ne veut pas devenir un dirigeant en costume, coupé de la réalité du jeu, mais rester un pédagogue au contact des joueurs.

Son parcours, d'un gamin de Sainte-Catherine-lès-Arras au roi d'Euroligue, est une source d'inspiration inépuisable. En devenant coach et mentor, il offre aux jeunes une feuille de route concrète. Il leur apprend non seulement les gestes techniques, mais aussi l'attitude mentale, la rigueur et l'intelligence du jeu qui ont fait sa réussite. Nando De Colo passe le flambeau, non pas en tirant sa révérence définitive, mais en devenant l'architecte des talents de demain. Sa retraite sportive est la première étape d'une nouvelle carrière tout aussi passionnante : celle de bâtisseur.

Conclusion : La fin d'une légende, le début d'un nouveau chapitre

Nando De Colo quitte la scène active en laissant un héritage immense. Sa retraite, annoncée à l'aube de ce mois d'avril 2026, marque la clôture d'un chapitre vibrant du basket français et européen. Du lycée Fernand Renaudeau de Cholet aux sommets du CSKA Moscou et de Fenerbahçe, en passant par les parquets de la NBA et les Jeux Olympiques, il a écrit une histoire faite de réussite, d'intelligence et de dignité. Il a prouvé que le talent sans l'effort ne suffit pas, et que l'élégance du jeu peut être une arme mortelle.

Cette transition vers le rôle de formateur et d'ambassadeur, notamment au Portel et auprès de sa famille, est prometteuse. L'homme qui a dompté l'Euroligue avec une précision chirurgicale va désormais mettre sa science au service des autres. Si les statistiques et les titres racontent une partie de son histoire, c'est peut-être dans cette transmission de son savoir que résidera sa véritable postérité. Au revoir, « Monsieur Clutch », merci pour les paniers, les victoires et, désormais, pour la leçon de vie que vous nous offrez.

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Questions fréquentes

Pourquoi Nando De Colo prend-il sa retraite ?

Nando De Colo a annoncé qu'il tirait sa révérence à l'issue de la saison 2025-2026, estimant être au bon moment pour passer à autre chose. Cette décision mûrissait depuis le début de l'année et a été confortée par les exigences du haut niveau et les aléas physiques, comme une récente blessure au tendon.

Quel est le palmarès de Nando De Colo ?

Il est double champion d'Euroligue (2016, 2019) et a remporté l'Euro 2013 avec l'équipe de France. Il compte également deux médailles d'argent olympiques (Tokyo 2020, Paris 2024) et une médaille de bronze au Mondial 2019.

Quels clubs a fréquentés Nando De Colo ?

Il a notamment évolué à Cholet, Valence, au CSKA Moscou, à Fenerbahçe et à l'ASVEL. Aux États-Unis, il a porté les maillots des Spurs de San Antonio et des Raptors de Toronto entre 2012 et 2014.

Que fera Nando De Colo après sa retraite ?

Il souhaite rester dans le monde du basket, principalement sur le terrain en tant que formateur. Il aide déjà les entraîneurs de l'équipe de ses filles et est ambassadeur de l'Étoile Sportive du Portel.

Sources

  1. Nando De Colo, légende du basket français, va prendre sa retraite en fin de saison · lemonde.fr
  2. basketeurope.com · basketeurope.com
  3. basketeurope.com · basketeurope.com
  4. Nando de Colo - Wikipedia · en.wikipedia.org
  5. Nando De Colo Sparks Fenerbahçe Euroleague Title Push · evrimagaci.org
terrain-pro
Thomas Rabot @terrain-pro

Ancien handballeur en nationale 3, je vis le sport avec passion même si mon genou m'a dit stop. Coach sportif à Dijon, je regarde tout : foot, basket, tennis, sports de combat, e-sport. J'analyse les perfs avec un œil technique mais accessible. Les stats, c'est bien, mais je préfère raconter les histoires humaines derrière les résultats. Le sport, c'est pas que des chiffres – c'est des gens qui se dépassent.

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