Kylian Mbappé a officialisé vendredi 18 septembre 2026 son départ de Nike pour la marque suisse On. L'attaquant du Real Madrid, capitaine de l'équipe de France, devient ambassadeur mondial de l'entreprise dans le cadre d'un partenariat de dix ans et prend une participation au capital. Le montant du contrat n'a pas été divulgué, mais sa structure combine des éléments en espèces et en actions, a indiqué On. Le joueur de 27 ans participera au développement de chaussures et de vêtements de football.

La fin d'une relation de vingt ans avec Nike
Le contrat qui liait Mbappé à Nike s'est terminé le 31 juillet 2026. Depuis début août, les rumeurs d'un départ vers une "marque surprise" enflaient. Dès le 10 août, le compte X de Tendo M.S Kevin annonçait que le joueur allait mettre fin à son partenariat de longue date avec Nike pour signer avec un équipementier sportif relativement peu connu, plutôt qu'avec Adidas, Puma ou Under Armour. La création d'un compte Instagram On Football, qui ne rassemblait alors qu'environ un millier d'abonnés, avait encore alimenté les spéculations.
La relation entre Mbappé et Nike remontait à 2006, alors qu'il avait 9 ans. Deux décennies plus tard, le joueur présente lui-même la rupture comme un tournant : "Une fois de plus, c'est le football qui m'a conduit à l'un des plus grands changements de ma vie. Aujourd'hui, je me retrouve entouré d'innovateurs qui rêvent des mêmes choses que moi", a-t-il déclaré sur ses réseaux sociaux.
Le timing n'est pas anodin : l'équipe de France, dont Mbappé est le capitaine, est sponsorisée par Nike pour plus de 100 M€ annuels, un contrat prolongé en 2024 jusqu'en 2034. La rupture personnelle avec le géant américain crée une situation inédite pour le joueur le plus en vue des Bleus.
On entre dans le football par la technologie et par les stars
Fondée en 2010, On s'est d'abord fait un nom dans le running avant de s'étendre au tennis, avec Roger Federer et Iga Swiatek, puis au lifestyle. Sa méthode est constante : pénétrer chaque discipline par une poignée de "joueurs d'élite" qui crédibilisent immédiatement le produit.
Dans le football, la marque suisse s'appuie sur sa technologie LightSpray, dévoilée en 2024 dans le running. Un bras robotique pulvérise un filament continu de 1,5 km directement sur une forme de pied, sans couture ni colle, pour créer une tige "seconde peau" en moins de cinq minutes. Le premier modèle équipé, la Cloudboom Strike LS, ne pesait que 170 grammes. Problème : cette technologie n'a encore jamais été utilisée hors de l'univers du running.
Pour encadrer cette entrée sur le marché, On a nommé Thierry Henry directeur du football. Le champion du monde 1998 oeuvre en coulisses depuis fin 2025 "sur tous les aspects stratégiques de cette démarche", précise l'entreprise. Selon le média américain The Athletic, Henry a joué un rôle important pour convaincre Mbappé. L'internationale suisse Sydney Schertenleib, déjà partenaire d'On pour le training et le lifestyle, voit également son rôle élargi au développement du football de haut niveau, notamment pour les équipements féminins.
Les premières chaussures de football On destinées au grand public seront commercialisées en 2027, en produits "haut de gamme", a précisé le fondateur David Allemann au même média. En attendant, Mbappé portera des prototypes "dans les prochaines semaines". Concrètement, il devrait fouler la pelouse du Metropolitano dès dimanche 20 septembre, pour le derby contre l'Atlético Madrid, avec une paire On aux pieds, sans que l'on sache encore de quel modèle il s'agit. Une situation inédite, où l'on connaît la marque avant la chaussure.

La campagne d'annonce, photographiée par Juergen Teller dans les On Labs de Zurich, ne montre d'ailleurs que des prototypes et les robots LightSpray. On ne communique ni date de lancement ni prix du crampon définitif.
Un choc médiatique, un impact boursier mesuré
Présenté comme un coup de tonnerre dans le sport business, le transfert n'a pourtant pas déclenché d'euphorie boursière. Avant l'ouverture de la Bourse de New York, l'action On Holding progressait de 5,6 %, mais ses gains se sont effrités au cours de la séance de vendredi, l'action ne terminant qu'en légère hausse. Nike, elle, restait pratiquement inchangée. Un signal que la nouvelle a eu un impact limité sur les investisseurs. BMO Capital réitère d'ailleurs sa note "Performance de marché" sur On, avec un objectif de cours de 28 dollars.
Côté Nike, le départ de Mbappé s'ajoute à une série de revers médiatisés : Lamine Yamal, champion du monde espagnol, est parti chez Adidas, et la marque à la virgule a perdu au profit de Puma le contrat des ballons de la Premier League, qu'elle détenait depuis plus de deux décennies. Mbappé, devenu à l'été 2026 le meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du monde, était la principale tête d'affiche football de Nike, alors que Cristiano Ronaldo, égide de la marque, approche de la fin de sa carrière à 41 ans.
Pour autant, les actionnaires de Nike ne devraient pas considérer ce départ comme un coup dur, le sentiment à l'égard de la marque étant déjà "résolument négatif", estime Mari Shor, analyste actions senior chez Columbia Threadneedle, qui détient des actions Nike.
Le précédent Federer et la réalité du marché
Le parallèle est évident : un outsider peut entrer dans une discipline dominée par Nike ou Adidas en s'appuyant sur une superstar capable de donner immédiatement de la crédibilité au produit. Roger Federer a ouvert la voie chez On avec la THE ROGER ; Stephen Curry a fait de même chez Under Armour en 2013 avant de lancer sa marque propre en 2020.
Le marché mondial des crampons, estimé entre 2,5 milliards de dollars en 2023 et environ 4,2 milliards en 2032 par le cabinet Dataintelo, reste dominé par Nike et Adidas. Les estimations varient fortement selon les instituts, mais la hiérarchie, elle, ne fait pas débat : les deux géants écrasent le segment, devant Puma, New Balance et Skechers.
Le "séisme" Mbappé-On est donc plus symbolique que structurel. Il ne rebat pas à lui seul les cartes d'un marché verrouillé. Mais il donne à On une vitrine mondiale immédiate et un laboratoire humain pour adapter le LightSpray au football. Dans un sport où les crampons se vendent d'abord sur la légitimité des pieds qui les portent, le pari suisse est audacieux - et le temps de réponse, fixé à 2027, dira s'il était fondé.