Juillet 2026 restera dans l’histoire du football espagnol pour un doublé inattendu : un titre mondial arraché à l’Argentine, et un baiser entre deux champions qui a déclenché une tempête sur les réseaux sociaux. Marcos Llorente Etxebarri, milieu de terrain de l’Atlético Madrid, et Ferran Torres, attaquant du FC Barcelone, ne s’attendaient sûrement pas à ce qu’une étreinte amicale sur un yacht à Ibiza devienne le symbole d’un débat bien plus vaste sur la masculinité dans le sport. Entre réactions toxiques, soutien inattendu et prise de position politique, cette histoire révèle les contradictions d’un milieu en pleine mutation.

Ibiza, juillet 2026 : quand deux champions du monde s’embrassent et le monde s’embrase
L’Espagne vient de conquérir son deuxième titre mondial. Le 19 juillet 2026, au MetLife Stadium du New Jersey, Ferran Torres inscrit le but vainqueur à la 106e minute sur une passe de Nico Williams. L’Argentine d’un Messi vieillissant s’incline 1-0 après prolongation, Enzo Fernández ayant été expulsé à la 93e minute. Rodri est élu meilleur joueur du tournoi, et l’Atlético Madrid célèbre le club le plus représenté en finale avec neuf joueurs.
Le sacre de l’Espagne et la « bromance » qui a suivi
Quelques jours après la finale, Ferran Torres et Marcos Llorente partent ensemble en vacances à Ibiza. Rien d’exceptionnel : deux coéquipiers en sélection, amis de longue date, qui veulent souffler après un mois intense. Les photos publiées par les tabloïds les montrent torse nu sur un yacht, échangeant un baiser sur la joue et s’étreignant sur une jetée. Des images banales d’amitié masculine, pourrait-on penser.
Des photos virales aux questions gênantes
Le compte @PopTingz cumule 6,3 millions de vues, @BarcaTimes 4,1 millions. Les réactions ne se font pas attendre : « Ferran Torres est-il gay ? » devient une question récurrente dans les commentaires. Un tweet en portugais résume l’absurdité de la situation : « Homem quando demonstra afeto com um amigo » — un homme quand il montre de l’affection à un ami. La blague dit tout du malaise persistant.
Le compte @deuxmoiworld, spécialisé dans les potins people, relaie les photos et génère 497 000 vues supplémentaires. Les moqueries fusent, les sous-entendus aussi. Pourtant, rien dans ces clichés ne dépasse l’affection sincère entre deux amis qui viennent de vivre l’un des plus grands moments de leur carrière.
La réponse de Llorente : « Me sorprende que en 2026 siga generando debate »
Le 31 juillet 2026, Marcos Llorente sort de son silence. Sur Instagram Stories, il répond à une question directe d’un fan : « Pourquoi crois-tu que les gens ont fait un scandale parce que Ferran t’a embrassé ? » Sa réponse, rapportée par okdiario, est cinglante : « Me sorprende que en 2026 siga generando debate que dos hombres se den 'cariño'. Pero luego veo cómo está el patio y lo entiendo. »
Une déclaration qui fait mouche : le poids des mots d’un joueur de l’Atlético
Llorente ne s’arrête pas là. Il ajoute : « Para mí no hay nada más masculino que un hombre seguro de sí mismo, que no tiene miedo a demostrar afecto a otro amigo. » En une phrase, il retourne le stigmate : la vraie force, c’est d’assumer ses émotions, pas de les cacher. Avec ses 3,5 millions d’abonnés Instagram, le joueur formé au Real Madrid, transféré à l’Atlético pour 35 millions de livres, sait peser ses mots. Champion du monde 2026, vainqueur de la Liga 2020-2021, il parle depuis une position de force.
Paddy Noarbe, la femme qui normalise l’affection masculine
Patricia « Paddy » Noarbe, la femme de Llorente, renchérit sur son propre compte. Elle écrit : « Normalicemos las parejas sin correa. Amar a alguien no debería limitar tu libertad, sino darte aún más seguridad para disfrutar. Normalicemos besar, abrazar, decir 'te amo', 'te quiero' muchísimo a tu gente. » Enceinte de leur premier enfant, elle incarne une stabilité familiale qui rend le débat encore plus absurde. Llorente l’avait demandée en mariage au Wanda Metropolitano en juillet 2021, un geste romantique filmé et partagé. Difficile d’accuser un homme marié et père en devenir de cacher quoi que ce soit.
« Pleurer, embrasser, hurler » : le football, refuge émotionnel des hommes
L’histoire de Llorente et Torres ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une évolution plus large du rapport à l’émotion dans le football masculin. Un article de 20 Minutes posait déjà la question en mai 2025 : « Pleurer, hurler, s’embrasser : le football est-il un refuge émotionnel pour les hommes ? » Le constat est sans appel : le stade devient l’un des seuls espaces où un homme peut pleurer, embrasser un autre homme, sans que sa virilité soit remise en question.
Les larmes interdites : le témoignage d’Evra et le poids des années
Patrice Evra, ancien latéral de Manchester United, avait brisé un tabou en 2023 en dénonçant la culture de « masculinité toxique » dans le football. Dans The Guardian, il confiait : « Pleurer dans le football n’est même pas autorisé. Si j’avais parlé quand j’étais joueur, je ne pense pas qu’on m’aurait traité avec le même respect. » Survivant d’abus sexuels, Evra pointait du doigt un système où la vulnérabilité est perçue comme une faiblesse.
La « bromance » Haaland-Bellingham : un nouveau modèle de masculinité
En contraste, les jeunes générations semblent avoir intégré un autre rapport à l’affection. Erling Haaland et Jude Bellingham, stars du Borussia Dortmund devenues amies inséparables, s’embrassent en interview, se draguent avec des répliques ringardes lors d’une vidéo de la Saint-Valentin 2022 devenue virale (plus d’un million de likes cumulés). La DH Les Sports+ les qualifie de « nouveau modèle de masculinité ». Une chroniqueuse de 98.5 FM au Canada analyse : « C’est très intéressant ce contraste entre les espèces d’image de macho traditionnel et ces jeunes joueurs-là qui arrivent avec un autre modèle de masculinité complètement différente. »
Derrière le baiser, le silence : l’homophobie toujours présente dans le foot
Pourtant, il serait naïf de croire que le problème est réglé. L’article de POLITIS daté du 16 juillet 2026 rappelle une réalité brutale : avec 1 248 joueurs, la Coupe du monde 2026 est la plus grande de l’histoire, mais aucun n’est ouvertement gay. Seuls cinq footballeurs professionnels en activité dans le monde ont fait leur coming out. Aucun n’évolue dans les cinq grands championnats européens. Cinq sur 128 694 footballeurs professionnels recensés par la FIFA.
Les chiffres qui font mal : zéro joueur gay en activité dans le foot pro
TÊTU retrace 36 ans d’histoire de la visibilité gay dans le foot masculin. Depuis Justin Fashanu en 1990, les coming out se comptent sur les doigts d’une main. Josh Cavallo (Adélaïde United, 2021) et Jakub Jankto (2023) ont eu des parcours difficiles, marqués par un soutien médiatique mais aussi par des craquages personnels. En mars 2026, la LFP française a renoncé à faire figurer les couleurs arc-en-ciel sur les maillots lors de la journée de lutte contre l’homophobie, un recul symbolique lourd de sens.
« Match des fiertés » : la FIFA se désolidarise, Foot Ensemble persiste
L’initiative du « match des fiertés » entre l’Égypte et l’Iran à Seattle pendant la Coupe du monde 2026 illustre les contradictions. La FIFA s’en est désolidarisée, laissant les deux fédérations organiser seules l’événement. Yoann Lemaire, président de Foot Ensemble, commente dans Ouest-France : « La culture foot est homophobe. » Jeff Puech, cofondateur de la Fondation pour le sport inclusif, a arrêté après sept ans et 200 interventions dans les clubs pros. Dans Le Monde, il constate « une vraie régression, un discours décomplexé se généralise ». Un intervenant anonyme rapporte avoir entendu dans plusieurs clubs : « Je ne parle pas aux pédés. »
La casquette « Make Spain Great Again » : Ferran Torres, de l’affection à la politique
L’histoire se complique quand on découvre que Ferran Torres n’est pas seulement le héros du baiser. Le 20 juillet 2026, lors des célébrations du titre à Madrid, il arbore une casquette « Make Spain Great Again », directement inspirée du « Make America Great Again » de Donald Trump. Le slogan avait déjà été utilisé par Santiago Abascal, leader du parti d’extrême droite Vox, en 2018.
La polémique politique qui éclipse le geste ?
La Maison Blanche commente sur X : « Tout le monde veut monter dans le train en marche. » Deux millions d’Espagnols se réunissent à la place Cibeles de Madrid. L'Équipe et Le Figaro relaient la polémique. Le député de gauche Alberto Ibáñez (Sumar) accuse Torres d’être un « fonds vautour » dans l’immobilier, accusation démentie par le joueur.
Quand l’affection et la politique s’emmêlent : le cas Llorente-Torres
Les deux joueurs avaient déjà critiqué publiquement Pedro Sánchez après les inondations dévastatrices d’octobre 2024 à Valence (237 morts). Llorente avait tweeté « España está despertando » et « La gestión de todo ha sido tan mala, que asusta y pasa a ser rara ». Ferran Torres avait écrit : « ¡Necesitamos un cambio en este país! (…) El Estado está fallido. El pueblo salva al pueblo. » Ces prises de position, rapportées par okdiario, montrent que l’affection masculine n’est pas un marqueur politique univoque. Llorente et Torres peuvent être progressistes sur la normalisation des gestes d’affection et conservateurs sur d’autres sujets. Le football reflète la société, pas une utopie.
La nouvelle génération change la donne – mais le vestiaire reste à convaincre
L’enquête Foot Ensemble 2024, commandée par la Fondaction du football, la LFP et les clubs de L1/L2, offre un éclairage nuancé. Menée auprès de 1 304 jeunes de 12 à 19 ans dans 51 centres de formation et pôles espoirs, elle montre une évolution positive mais fragile. Les résultats complets sont disponibles sur le site de Foot Ensemble.
Les chiffres de l’évolution : l’enquête Foot Ensemble en France
Si les jeunes générations se disent plus ouvertes à l’homosexualité, les comportements réels dans les vestiaires restent marqués par une culture viriliste. Les insultes homophobes persistent, même si elles sont moins tolérées qu’il y a dix ans. Le paradoxe est frappant : les mêmes jeunes qui partagent des vidéos de Bellingham et Haaland s’embrassant peuvent encore utiliser « pédé » comme insulte sur le terrain.
Bellingham, Haaland, Llorente : les ambassadeurs malgré eux
Ces stars, sans revendication politique explicite, modifient les normes par leur simple comportement. Leur amitié devient virale, et les jeunes fans reproduisent ces attitudes. Le foot comme accélérateur de changement culturel : ce qui était moqué il y a dix ans est aujourd’hui célébré. Les 18-25 ans, plus réceptifs, voient dans ces « bromances » un modèle de masculinité alternatif. Un article de So Foot résume bien l’ambiguïté : ces joueurs ne sont pas des icônes parfaites, mais leur simple existence publique d’hommes s’affectionnant sans peur fait avancer les mentalités.
Conclusion : le baiser de Llorente et Torres, symbole d’un football en mutation
L’image d’Ibiza restera comme un marqueur. Ce baiser, simple geste entre amis, a cristallisé les tensions et les espoirs d’un sport en pleine introspection. Marcos Llorente Etxebarri et Ferran Torres, malgré leurs contradictions politiques et personnelles, ont ouvert une brèche. Le football masculin n’est plus ce qu’il était : les joueurs pleurent, s’embrassent, s’aiment publiquement. Les stades deviennent des refuges émotionnels où la virilité toxique recule pas à pas.

Mais le silence des vestiaires sur l’homosexualité rappelle que le combat est loin d’être fini. Les cinq joueurs professionnels ouvertement gays dans le monde, l’absence totale de coming out dans les grands championnats, la régression constatée par Jeff Puech : tout indique que le chemin est long. La prochaine étape ? Qu’un joueur de Ligue 1, Premier League ou Liga fasse son coming out sans crainte. D’ici là, chaque geste d’affection entre coéquipiers compte. Chaque baiser, chaque étreinte, chaque « je t’aime » public est une petite victoire contre les clichés. Et comme le dit Llorente : il n’y a rien de plus masculin qu’un homme assez sûr de lui pour montrer son affection.