Le verdict est tombé. Manchester City a été reconnu coupable de 114 des 115 chefs d'accusation qui le visaient pour la période 2009-2018, selon The Athletic, puis une confirmation de la Premier League le 29 septembre. Reste à déterminer les conséquences sur le terrain et au palmarès.

Ce que la commission a établi
La commission indépendante nommée pour juger l'affaire a retenu une manipulation comptable d'ampleur. Le club a gonflé ses revenus et réduit ses coûts de plus de 900 millions de livres pour, selon l'expression employée par la Premier League sur premierleague.com, "to appear to comply with financial rules".
En clair, pour un oeil technique : des rentrées artificiellement augmentées d'un côté, des charges allégées de l'autre, afin de passer les contrôles financiers alors que la réalité économique ne le permettait pas. Ce n'est plus une suspicion ou un débat d'experts, c'est le coeur de la culpabilité reconnue.
Ce qui n'est pas encore décidé est tout aussi important. Comme l'indique la Premier League sur premierleague.com, "Now that the charges have been proved, the issue of sanction will be addressed separately in a further hearing with the independent Commission". Autrement dit, la sanction fera l'objet d'une audience séparée, non datée publiquement, devant la même commission indépendante.
Trois championnats et des coupes au centre du débat
Sur la période concernée, Manchester City a gagné trois championnats, une FA Cup et trois Coupes de la Ligue.
Ce sont ces trophées qui nourrissent aujourd'hui le débat sur un possible retrait. Faut-il rayer ces titres du palmarès, les réattribuer, ou les laisser en place malgré la fraude reconnue ? Le devenir de ces titres n'est pas tranché.
Derrière les stats, il y a les histoires humaines. Tony Pulis, l'entraîneur battu en finale de FA Cup 2011 avec Stoke, a réagi sur la BBC, dans des propos cités par franceinfo.fr : "Un retrait de points et une lourde amende me semblent beaucoup plus probables. Mais je me sens quand même trompé". Pour un ancien sportif, cette phrase résume le sentiment d'avoir disputé un match faussé, même quinze ans après, face à une équipe qui ne respectait pas les mêmes règles.
Les avis et les précédents plaident plutôt pour le maintien des trophées. Retirer un titre reste une mesure extrêmement rare dans le football anglais, bien plus complexe à appliquer qu'un retrait de points. Rien n'exclut un geste symbolique fort, mais aucune décision en ce sens n'a été prise.
Ce que la commission peut vraiment infliger
C'est là qu'il faut distinguer le règlement des scénarios qui circulent.
Le cadre officiel est large. La Premier League précise sur premierleague.com que la commission nommée sous la section W du règlement "has a broad discretion as to the sanctions it wishes to apply, the non-exhaustive list set out in rules includes fines, points deductions and other sporting sanctions". Amendes, retraits de points et autres sanctions sportives sont donc explicitement prévus, sans barème prédéfini.
À partir de là, l'éventail évoqué dans les médias comprend des pénalités financières, une interdiction de recruter, un retrait de points avec un risque de relégation dans une division inférieure, voire une exclusion du championnat.

Pour calibrer l'oeil, regardons les précédents récents. Everton a écopé d'un retrait de six points en appel pendant la saison 2023/24, puis de deux points pour des violations des règles de profitabilité et de durabilité, Nottingham Forest de quatre points la même saison. Mais le changement d'échelle est énorme : ici, on parle de 114 infractions reconnues sur neuf ans, pas d'un dépassement ponctuel.
C'est pourquoi les scénarios extrêmes font autant de bruit. Le Guardian estime pourtant qu'une relégation directe, ou de facto par une pénalité de points massive, semble peu probable. Le journal ajoute qu'"une nouvelle vague de poursuites est inévitable", signe que le feuilleton juridique ne s'arrêtera pas à l'audience sur la sanction.
Appel encadré et menace financière des rivaux
La suite de la procédure est déjà balisée, et elle ne ressemble pas aux affaires européennes habituelles.
Tout appel sera entendu par une nouvelle commission de trois personnes. Manchester City ne pourra pas porter l'affaire devant le Tribunal arbitral du sport en cas d'appel contre la décision de la commission. Le circuit reste donc interne au système anglais.
Le risque ne s'arrête pas au sportif. "Les clubs de Premier League ont déjà sollicité des conseils juridiques afin de déterminer s'ils pouvaient prétendre à une compensation financière suite aux infractions commises par City", écrit la BBC Sport. Des concurrents lésés sur la période 2009-2018, privés de titres, de places européennes ou de revenus liés au classement, pourraient réclamer des indemnisations. La facture potentielle dépasserait alors la simple amende sportive.
À surveiller : la date de l'audience séparée sur la sanction, le détail du raisonnement de la commission quand il sera publié, un éventuel appel devant la nouvelle commission de trois membres, et l'ouverture ou non de recours en compensation par les clubs rivaux.