
Était-ce parce qu'il s'était rendu compte que Yeuheni Tsurkin avait signé le même chrono que lui ? Il doit y avoir un peu de ça : « J'ai pas l'habitude d'exploser de joie ni de colère, quoi qu'il arrive, mais c'est vrai que ça m'a un peu titillé de voir que le Biélorusse était aussi à 23"00. Surtout qu'il était huitième temps des demi-finales. Ce n'est pas celui que j'attendais le plus, mais c'est le jeu d'une course aussi folle que peut être le 50 m », reconnaissait le double champion d'Europe.
Si ce partage semblait embêter le principal intéressé, son entraîneur paraissait bien plus satisfait : « C'était sa première course en individuelle et ce n'était pas son objectif principal de la semaine, donc une médaille d'or, même partagée, est une très belle victoire ». Romain Barnier en profitait pour parler de son poulain qu'il coache maintenant depuis trois ans et de sa première sélection en équipe de France : « C'est quelqu'un d'exceptionnel. Il est curieux de tout, mais il faut savoir l'intéresser et tout faire pour qu'il ne se lasse pas. Je sais qu'il ne nagera jamais pour nager. Il a besoin d'objectifs, de se dépasser tout le temps pour avoir la motivation d'aller s'entraîner ».
C'est sans doute pour cette raison que Manaudou touche à toutes les nages. Lui qui suivait son grand frère Nicolas et sa grande sœur Laure pratiquait déjà le papillon à quatre ans. Comme il le dit si bien, c'est une course qui le fait marrer. Le crawl, il la considère comme la nage reine, comme une nage naturelle. Il fait du dos pour les sensations de glisse qu'elle apporte. Il ne manque plus que la brasse, mais il ne fait nul doute qu'il irait vite, car chez Florent Manaudou, la vitesse coule dans ses veines.
En course pour la razzia aux médailles
Quelques temps après, le sociétaire du club des nageurs de Marseille avait perdu toute trace d'amertume : « Je me dis que c'est une deuxième médaille d'or en deux jours. C'est pas mal du tout. Pour moi, le 50 m papillon, comme il s'agit d'une distance qui n'est pas encore olympique, est une course d'échauffement qui me permet d'entrer dans une compétition sans pression avec simplement l'idée de me jauger et de connaître un peu mieux ma forme du moment ».
Ce qu'il ne dit pas, c'est que c'est Frédéric Bousquet qui l'a initié au 50 m papillon et que son idée était de passer en dessous des 23 secondes, histoire de se rapprocher, voire de battre, le temps de 22"93 réalisé l'an dernier à Barcelone par son ex-beau-frère en demi-finales des Mondiaux. Bousquet ne tarissait pas d'éloges sur la vedette du jour : « Il fait un très bon temps. Je suis étonné par la course du Biélorusse, mais Florent ne doit pas être déçu de cela. Il sera rapidement seul sur la première marche du podium. Ce n'est pas sa course de prédilection. Techniquement, il n'était pas à son meilleur niveau. C'est dire que le potentiel est énorme. C'est un diamant brut et il est très jeune ».
La course qui nous a été offerte hier après-midi était du pur Manaudou dans le texte. Un sublime souvenir de Londres, et le sacre olympique en 50 m nage libre, ressurgissait d'un seul coup. Il était le plus rapide à sortir des plots. Sa coulée lui permettait de garder la tête aux vingt-cinq mètres mais, planqué tout en haut du bassin, Tsurkin allait toucher dans le même centième que le Français, qui expliquait : « Je fais un bon départ. Ma coulée est pas mal, même si j'aurais pu sortir avec un peu plus d'avance. Tout se passe bien jusqu'au quarante-cinq mètres et c'est à partir de là que je me loupe. Un 50 m, c'est tellement rapide. On voit pas grand chose. On arrive à peine à voir les nageurs à côté. Je pense toucher devant parce que je ne vois pas où sont les autres. Peut-être que si Tsurkin avait été dans une ligne d'eau à côté de moi, j'aurais touché en tête, mais ce n'est pas sûr ».
Quoi qu'il en soit, le médaillé olympique, mondial et maintenant européen, s'est lancé parfaitement dans cette semaine qui le verra aligné sur 50 m et 100 m nage libre, mais aussi en relais 4x100 m 4 nages et 4x100 m mixte, avec la ferme intention d'en ramener quelque chose : « De toute façon, quand je m'aligne sur une course, c'est pour gagner quelque chose. Je sais que je ne peux pas tout gagner, mais je pense objectivement pouvoir faire cinq médailles en espérant avoir de l'or ». Ce serait bien pour lui, mais aussi pour le tableau des médailles...