
Pourtant, tout était là pour ravir l'ami de Clément Grenier et d'Alexandre Lacazette avec qui il avait remporté l'Euro des moins de dix-neuf ans il y a trois ans de cela.
Mais lorsqu'on joue un match capital pour aller jouer la Ligue des Champions, il n'y a plus d'ami qui tienne. Si l'attaquant français de la Real Sociedad a fait de grosses et chaleureuses accolades à ses anciens camarades de sélection, c'était sûrement pour mieux leur planter un couteau dans le dos. Car c'est de lui, peu après que le quart d'heure de jeu fut atteint, que le match se décanta. Bien lancé dans le dos des défenseurs lyonnais, Carlos Vela préparait parfaitement son centre, levait la tête pour voir si les renforts se ramenaient, vit une petite tête blonde se jeter à l'assaut du second poteau. Ni une ni deux, le Mexicain balançait le ballon que Griezmann s'empressait d'envoyer dans la cage d'Anthony Lopes d'un somptueux ciseau qui fit s'éteindre le public rhodanien. Ironie du sort que Lyon se fasse clouer par Antoine Griezmann, lui qui s'était souvenu "j'étais de Mâcon alors l'Olympique Lyonnais, c'était mon équipe. On allait au Stade de Gerland avec mon père et je rêvais en secret de porter ce maillot". Et il n'en avait pas été si loin pourtant mais à seize ans, alors qu'il figurait chez les équipes de jeunes de l'OL, il dut prendre ses valises et mettre les voies car on le pensait trop faible physiquement pour pouvoir s'imposer un jour chez les professionnels.

Pourquoi Lyon a-t-il échoué techniquement ?
Il serait facile de jeter la pierre sur ce technicien, si l'on peut dire, qui un jour eut la bonne idée de mettre dehors le gamin qui crucifierait les Gones quelques années plus tard. Oui, on pourrait mais ce serait tellement injuste car il ne peut expliquer à lui tout seul le fiasco qui prit pour décor le Stade de Gerland.
Rémi Garde, un peu abasourdi par la gifle qu'il venait de se prendre sur la figure, tentait quelques débuts d'explication. Il mettait tout d'abord en avant "le manque d'expérience de son groupe qui ne compte que trois ou quatre matches de Coupe d'Europe et une dizaine de rencontres en Championnat". Il parlait "d'un manque d'expérience qui avait crispé ses joueurs" alors qu'il "avait tenté de dédramatiser l'enjeu". Belle tentative du technicien lyonnais mais si l'on regarde les joueurs qui furent en face des Lyonnais pendant une heure et demie, on se rend rapidement compte que l'immaturité sur la scène européenne était partagée et largement. Pour preuve, seuls deux joueurs de la Real Sociedad avaient déjà joué un match de Coupe d'Europe (Ligue des Champions ou Ligue Europa).
On comprend que ce soit compliqué à concéder mais s'il était honnête, il dirait que ses hommes ont été complètement dépassés par les Espagnols car c'est bel et bien, et seulement, la différence de niveau technique qui eut raison des espoirs lyonnais. Une différence de niveau que l'on ne peut expliquer par un manque d'argent, le budget de l'Olympique Lyonnais étant plus de deux fois supérieur à celui du club basque. Bien que le niveau de tous les joueurs de la Real Sociedad ne soit pas le même, il semble que chacun ait acquis un minimum de technique, la base du football. Enfin, la base du football... En Espagne. Car cette opposition a mis en relief le mal récurrent du football hexagonal. À Lyon, si l'on y regarde de plus près, il apparaît que seuls Yoann Gourcuff et Clément Grenier semblent être véritablement des joueurs techniques et c'est ce qui fit la différence hier soir.
Quelles conséquences financières pour l'OL ?
Rémi Garde avançait "deux buts chanceux". Ce qui n'est pas faux d'ailleurs car la frappe de vingt-cinq mètres de Seferović qui se logeait dans la lucarne était inarrêtable mais l'action qui la précéda fut si belle qu'un peu de réussite à la conclusion était bien méritée. Ce n'est pas une classe qui séparait l'OL et la Real Sociedad, c'était une faille et même un fossé. Jamais on ne put croire que les Gones allaient revenir. On pourrait parler de la tête de Maxime Gonalons qui trouvait la barre transversale à la réception d'un corner de Grenier : "on n'a pas eu la chance de notre côté. On n'était pas très loin de marquer mais ça ne voulait pas entrer" regrettait Yacine Benzia, moins en vue qu'en championnat vendredi dernier. On aurait pu parler de l'occasion de Miguel Lopes mais là encore, la différence cuisante qui séparait les deux équipes était trop importante pour parler d'un manque de réussite.
On pensait, après avoir vu les deux premières journées de championnat qui s'étaient conclues par deux victoires probantes, que l'effectif actuel suffirait amplement bien que la double confrontation qui avait vu Lyon battre le Grasshopper Zurich aurait dû nous servir de sonnette d'alarme. Il est flagrant qu'Alexandre Lacazette n'est pas encore à l'aise en pointe dès que l'adversité devient plus forte, il est tout aussi flagrant que Yacine Benzia n'a pas le niveau européen, même en ce qui concerne la Ligue Europa vers laquelle se dirige l'Olympique Lyonnais. Comme il est tout aussi évident que le milieu de terrain n'apporte pas assez de poids dans les moments difficiles. Entre Steed Malbranque qui n'est que l'ombre de lui-même et Maxime Gonalons qui a besoin d'une heure pour se mettre dans le bon sens, on comprend que l'affaire soit compliquée. Et que dire de la charnière centrale qui vit Milan Bisevac devant trop souvent bifurquer dans le couloir droit tant Miguel Lopes ne s'occupait guère du repli défensif et Gueïda Fofana, dépassé par les attaquants basques qui passaient dans son dos comme on passe dans un gruyère. Et quand on demandait à Rémi Garde pourquoi Samuel Umtiti était resté sur le banc au bénéfice de Fofana, l'entraîneur lyonnais ne répondait pas.
Alors, c'est vrai, toute équipe qui se respecte souhaite jouer la Ligue des Champions. Avec deux buts encaissés à domicile pour aucun de marqué, l'affaire semble bien mal engagée. Seul un miracle pourrait sauver Jean-Michel Aulas d'une perte financière importante. Car si la Ligue des Champions est un symbole, c'est aussi une source de revenus certaine car jouer les phases de poule, c'est s'assurer un gain de vingt millions d'euros minimum. Trois chances sur cent, c'est peu mais ça se tente. Réponse mercredi prochain à Saint-Sébastien...