
Peut-être Rai et Lucas Moura s'étaient-ils déjà croisés dans une rue ou un boulevard de São Paulo, mais ce dont on est sûr, c'est qu'ils étaient bel et bien réunis dans une librairie du centre de la ville brésilienne. Personne ne nous fera croire qu'il s'agissait d'un pur hasard, que Rai achetait le dernier bouquin de Guillaume Musso et qu'il a entraperçu Lucas Moura avec le déjà extrêmement célèbre "Tout seul" de Raymond Domenech. Non, la seule explication logique est que le champion du monde 1994 devait faire une séance d'autographes pour la sortie de son livre, où il raconte comment il a vécu le premier succès de sa carrière : sa victoire en finale de la Coupe Intercontinentale contre le FC Barcelone avec le São Paulo FC grâce à un doublé de ce même Rai.
Alors qu'il était de passage dans sa ville de cœur, comment ne pas arranger une petite rencontre avec le nouveau petit prince de São Paulo qui venait, à l'époque, de qualifier son club pour la finale de la Copa Sudamericana ? Ils se sont parlé, ont échangé sur leur ressenti du sport. À les voir, on aurait dit un père et son fils plus qu'un grand frère avec le petit. Quand Rai remportait la Coupe Intercontinentale en 1992, le petit Lucas Moura n'avait alors que quelques mois, mais il garde tout de même des souvenirs de son idole : "J'étais un peu jeune quand il a gagné avec la Seleção la Coupe du Monde en 1994, mais j'ai suivi la fin de sa carrière. Mes premiers souvenirs de football sont avec Rai portant la tunique du Paris Saint-Germain".

Des parcours et une technique similaires
C'est vrai que les deux compères ont un petit quelque chose en commun. D'abord, physiquement, la ressemblance est frappante. On retrouve le même regard vif et plein d'esprit, le même sourire rieur mais toujours empreint de timidité. Ensuite, c'est avec le ballon au pied. Et qui de mieux que Rai pour en parler ? "Il est très rapide. Quand il joue sur le côté, il peut déborder tout le monde. De plus, il est doué d'une technique hors du commun. Ça le rend très important dans une équipe. Il peut faire la différence n'importe quand. Je ne dirais pas qu'il me ressemble, mais certains observateurs me disent que nous sommes le même type de joueur."
Leur histoire est également similaire. La même enfance dans un milieu modeste, mais élevé par une famille extrêmement présente et aimante. La mère de Moura viendra avec lui à Paris : "Je suis jeune et célibataire. Si j'étais en couple, on aurait habité ensemble. Et je ne connais pas du tout Paris, donc je ne me voyais pas tout seul au milieu d'une si grande ville, donc ma famille viendra avec moi."
Ensuite, pour tous deux, une carrière débutant de la même façon. "J'arrive à Botafogo lorsque je devais avoir à peine quinze ans. On m'avait déjà sollicité et de grands clubs comme les Corinthians avaient déjà appelé mes parents. Ils auraient été d'accord car pour eux, le foot pouvait m'aider à sortir de la pauvreté. Seulement, je me sentais encore jeune, je n'avais que onze ans et je préférais plutôt jouer dans la rue avec les copains. Mais le vrai début de ma carrière, c'est lorsque je suis arrivé à São Paulo en 1985", déclarait Rai avant que Lucas Moura n'explique : "Moi, c'est un peu différent. J'ai passé toute mon enfance à jouer au ballon avec les copains." Mais le gamin se révèle un peu plus précoce : "J'ai un peu joué avec les Corinthians quand j'étais petit, mais ce n'était pas sérieux. Comme Rai, c'est à São Paulo que j'ai commencé à me sentir comme un vrai joueur de football. Je signe mon contrat en 2005 et je n'ai que treize ans."
Ensuite, les deux histoires comportent une étape prépondérante : le passage du côté de São Paulo. "J'ai passé de très bonnes années à São Paulo. J'y ai gagné deux Copa Libertadores et la Coupe Intercontinentale. Je suis devenu un homme ici et je n'aurais pas eu la même carrière, et ça j'en suis sûr", confiait Rai. Le discours était assez semblable chez Moura : "J'ai longtemps joué avec l'équipe des jeunes de São Paulo car j'étais vraiment trop jeune. Au Brésil, on ne peut pas signer de contrat professionnel avant d'avoir dix-huit ans. Quand tu as quinze ans et que tu sais que tu aurais le niveau d'évoluer avec les grands, c'est un peu frustrant de jouer avec les jeunes de ton âge. Mais il n'y avait aucune rancœur et je savais que je devais travailler dur pour qu'à 18 ans, je puisse jouer avec les pros."
On se souviendra de son premier match avec São Paulo où il s'était heurté par trois fois à la barre transversale ; c'était en 2010. "C'était le début d'une très belle histoire d'amour avec São Paulo et les supporters. Je ne peux pas faire deux pas dans la rue sans que l'on m'accoste, mais il faut assumer. Quand j'ai commencé ce sport, je savais que je pourrais être confronté à ça donc j'assume", précisait Lucas Moura. Au final, en trois ans, il aura marqué 23 buts avec São Paulo.

Les conseils de Rai pour réussir au PSG
Ensuite, au moment de quitter leur pays pour rejoindre le Vieux Continent, les deux Brésiliens opteront pour la même équipe. Les deux ont rejoint les rangs du Paris Saint-Germain un peu dans les mêmes conditions, d'ailleurs, pour perpétuer la ressemblance. "Comme Lucas Moura, j'avais signé pour Paris, mais ils m'avaient permis de finir ma saison au Brésil où j'avais remporté la Coupe Intercontinentale", annonçait Rai. Quand on lui parle de la raison qui l'a mené à Paris, il répond : "Quand j'ai su que Paris était intéressé, j'étais fier et je n'ai pas hésité une seconde. J'ai dit à mon agent que je ne voulais même pas qu'il me parle d'autres propositions. J'avais l'occasion d'aller dans une ville comme Paris et ça ne se refuse pas."
Pour Lucas Moura, l'histoire est encore à écrire et comment ne pas écouter et prendre exemple sur l'expérience de l'aîné ? Lucas Moura ne cache pas son appréhension de découvrir un nouveau continent et une nouvelle culture footballistique. Pour répondre à ses craintes, Rai n'hésite pas à lui rappeler son vécu : "La première année a été très compliquée. J'étais venu à Paris notamment parce que je pouvais m'appuyer sur mes compatriotes Ricardo et Valdo, mais je voulais faire le coéquipier parfait, donc je donnais tout ce que je pouvais à Valdo et j'ai raté la saison." Au point qu'on parlera d'un éventuel départ que ni Paris ni Rai ne voulaient, et ils ont bien eu raison. Rai continua : "Après, c'était mieux. Le public m'aimait de plus en plus et le Parc des Princes était devenu ma deuxième maison. Je jouais bien, l'équipe entière également. Les supporters étaient heureux."
C'est le moins que l'on puisse dire en ce qui concerne celui qui fut désigné joueur du Paris Saint-Germain du siècle. Mais Rai tient tout de même à rassurer son successeur : "Paris, c'est le meilleur endroit pour jouer au foot. Il y a un public fabuleux qui aime le foot. Il a la chance, comme moi, d'avoir des Brésiliens dans l'effectif tels que Thiago Silva, Nene, Alex et Maxwell qui l'aideront à s'intégrer. Si je devais lui donner quelques conseils, ce serait de ne pas vouloir en faire trop. Arriver en janvier, ce n'est pas facile car un effectif est déjà en place, mais cela peut l'aider également. Carlo Ancelotti sait que ce n'est pas facile d'arriver du Brésil. Je pense qu'il ne va pas compter sur lui à 100 % avant la saison prochaine, donc il jouera de temps en temps et aura le temps de s'acclimater à un nouveau jeu. Le Championnat de France n'est peut-être pas le meilleur d'Europe, mais il est très dur physiquement."
Rai lui a également parlé de la vie parisienne : "Paris est la plus belle ville du monde. Mais elle est remplie de pièges et Ronaldinho y est tombé en plein dedans. À São Paulo, il n'y a pas cet esprit de ville la nuit. À Paris, il va découvrir les boîtes. Il ne doit pas oublier ses priorités mais je sais que c'est une personne très intelligente et réfléchie. Il saura faire la part des choses." L'histoire de Lucas Moura avec le PSG est encore une page blanche. Au lendemain de Noël, il rejoindra ses nouveaux coéquipiers à Doha, en stage de préparation. Une reprise du foot et une prise de connaissance avec une nouvelle équipe. Est-ce que Paris tient le nouveau Rai ? On le saura sûrement. On le dira peut-être meilleur que lui, mais être au niveau du meilleur joueur parisien du siècle, ce serait déjà pas mal, non ?