
L'action en question s'est déroulée alors que le temps additionnel de la première mi-temps touchait à sa fin. Pour l'instant, aucune des deux équipes n'était parvenue à faire la différence. C'est à ce moment-là que Steven Gerrard a mal contrôlé une passe pourtant anodine de Mamadou Sakho. Il a ensuite glissé, laissant un boulevard à Demba Ba, déjà buteur héroïque en quarts de finale retour de la Ligue des Champions contre le Paris Saint Germain. Une erreur qui en rappelait d'autres, la plus récente étant cette passe en retrait manquée par l'international anglais qui avait permis à Didier Drogba de marquer et de s'envoler vers le titre de champion d'Angleterre. À l'époque, les supporters de Liverpool avaient plutôt apprécié la boulette, puisque la victoire de Chelsea avait permis de faire battre Manchester United, l'ennemi légendaire des Reds, dans la course au titre.
Cette fois, le public aimera sûrement moins, car cela pourrait coûter le titre de Champion d'Angleterre à Liverpool, un trophée que le club de la ville des Beatles attend depuis 1990. Mais cette erreur ne vient pas de n'importe quel joueur, et jamais le public ne pourra en vouloir à l'enfant de Liverpool, à celui qui a mené son club à un niveau aussi élevé. Ils ont même essayé de lui montrer en se mettant à chanter juste dans la foulée de l'ouverture du score de Demba Ba. L'intéressé, lui, ne se pardonnera jamais si cette maladresse devait l'empêcher de devenir champion d'Angleterre pour la première fois de sa carrière.
Mais si Liverpool a dû s'incliner dans son antre d'Anfield, ce n'est pas seulement la faute de Steven Gerrard, tant la prestation des hommes de Brendan Rodgers fut vide. Vide de jeu, vide d'envie. À ce petit jeu-là, on finit souvent vide de points. Si Steven Gerrard a été à des années-lumière de ses standards habituels, il n'a pas été le seul dans cette situation et de loin. On pourrait citer Luis Suarez, qui a disputé le pire match de sa saison le même jour où il a reçu le titre honorifique de meilleur joueur de Premier League de la saison 2013/2014. À cette liste, on pourrait ajouter volontiers Coutinho ou Sterling. Même l'entrée en jeu de Sturridge n'a rien changé à la panne d'inspiration offensive des Reds. Ils se sont heurtés à chaque fois à une défense londonienne solide, concentrée et dynamique, dont le fer de lance fut Azpilicueta.

La stratégie gagnante de José Mourinho
Ce matin, Chelsea est deuxième de la Premier League à deux petits points seulement de Liverpool. Si Chelsea devait rester à cette place au bout de l'exercice, il pourrait s'en vouloir terriblement de s'être incliné à domicile contre Sunderland il y a deux semaines. Il reste que la semaine vécue par les Blues est l'une des meilleures de la saison. Une saison qui aura vu Chelsea faire match nul sur les terres de l'Atlético Madrid, leader de la Liga et bien parti pour le rester, et qui aura vu Chelsea s'imposer à Liverpool pour se remettre en bonne position pour gagner le Championnat.
Chelsea réussit très bien contre les très grosses équipes. On avait pu s'en apercevoir en Ligue des Champions, mais c'est également le cas en ce qui concerne le Championnat. José Mourinho a gagné ses deux doubles confrontations contre Liverpool et Manchester City, et malgré cela, il ne tient pas le Championnat. Contre ces équipes, Chelsea a toujours évolué de la même manière, ou on devrait plutôt dire que c'est José Mourinho qui a évolué de cette manière. On parle ici de son style très défensif lorsqu'il s'agit d'affronter les gros d'Europe. Le but n'est pas de développer du jeu, mais de gagner, car comme le dit si bien le technicien portugais : "Le but du football est quand même de gagner. On évalue un entraîneur à son palmarès car cela reste dans le marbre, ce qui n'est pas le cas du jeu".
Brendan Rodgers, adjoint de Mourinho sur le banc de Chelsea entre 2004 et 2007, ne pourra pas dire qu'il ne s'y attendait pas, mais il a regretté la manière avec laquelle Chelsea avait gagné le match : "Quand il (Mourinho) perd contre des équipes qui ont joué très défensif, il se plaint que ce n'est pas du foot et qu'il faut être deux pour faire un match de football, mais il le fait bien. Je considère le foot comme un jeu et dans un jeu, on joue. Ce n'est pas la philosophie de tout le monde et je le regrette. Plus pour le public que pour moi d'ailleurs".
Si cette défaite fait le bonheur de Chelsea, le plus grand bénéficiaire de la chute de Liverpool pourrait bien être Manchester City. Malgré sa défaite contre Liverpool à la fin du mois de mars et son piteux match nul obtenu à Sunderland, Manchester City, qui se situe à trois points des Reds, tient son destin parce que les joueurs de Manuel Pellegrini auront un match en retard à disputer dans dix jours et que la différence de buts est à l'avantage des Citizens.
Hier, les joueurs de Manchester City ont suivi le Liverpool-Chelsea sur un petit poste de télévision : "On a regardé la fin du match sur une petite télévision dans le couloir. Personne n'a sauté de joie sur le but de Willian dans le temps additionnel mais c'était forcément bien pour nous, surtout avant de jouer notre match", déclarait Vincent Kompany, vite rejoint par un des buteurs de l'après-midi pour Manchester City : "La saison est loin d'être terminée. Le classement est très serré. Il nous reste trois matches et il faudra gagner les trois pour devenir champions". Malgré la retenue, c'était bien un sourire qui se profilait sur le visage de Yaya Touré...