
Si on parcourait les rues de France et qu'on allait à la rencontre de sa population en lui demandant de citer une équipe française de basket, nombreux seraient ceux à répondre Limoges. Comme l'Olympique de Marseille, premier vainqueur de la Ligue des Champions en 1993, Limoges a marqué le basket hexagonal par sa victoire en Coupe d'Europe cette même année. Depuis ce glorieux succès, plus de vingt ans se sont écoulés. En deux décennies, le club a connu des hauts et des bas. Dans les moments fastes, on retient la formidable saison 1999-2000 durant laquelle les cerclistes remportent le Championnat, la Coupe de France et la Coupe Korać pour conclure ce triptyque historique.
Cependant, ces quatorze dernières années, Limoges a semblé pencher vers les pires moments. C'est d'abord financièrement que la chute du grand club commence. Relégué administrativement de Pro A en Nationale 1 (troisième échelon national), le CSP a ensuite peiné à remonter la pente. Si le club a cru tenir son retour dans l'élite, la joie fut de courte durée. Les Limougeauds ont même connu deux relégations en Deuxième Division. La saison passée encore, les Limousins évitaient de justesse la rétrogradation en terminant treizièmes de la saison régulière (alors que les quinzième et seizième places filaient vers la Pro B).
Alors, Limoges entrevoit-il enfin la lumière au bout du tunnel ? Il est sans doute un peu tôt pour l'affirmer, car seules neuf journées ont passé — soit un peu moins du tiers du championnat — et la Pro A est trop serrée pour désigner un prétendant durable au titre. Arrêtons donc les hypothèses : les faits suffisent. À Beaublanc, la semaine passée, Limoges s'était déjà fait remarquer en terrassant Nanterre (87-71) après avoir créé l'écart dans les ultimes minutes. Hier après-midi, exilé dans la Sarthe, le CSP a décidé de réitérer l'exploit. Le Mans a subi ce que le Champion de France avait déjà vécu en début de semaine.
Pendant deux quarts-temps et demi (près de vingt-sept minutes), le MSB a tenu bon grâce au talent de Kahudi et Batista. Le match était serré (46-45 pour les Manceaux à la 27e minute) et disputé. On se disait que la défense allait faire la différence.

Une semaine prodigieuse contre Nanterre et Le Mans
Seulement, Limoges a sorti sa botte secrète, celle-là même utilisée lundi contre le leader nanterrien. Pendant les trois dernières minutes de ce troisième quart-temps, le CSP s'est réveillé, enchaînant paniers et défenses de fer. À tel point que le score s'est envolé (58-46 à la 30e minute). Si Le Mans est revenu en début de quatrième quart-temps (56-61), le public sarthois a repris espoir pour le perdre quasi instantanément après une nouvelle série meurtrière. Les Limougeauds se sont constitué un matelas d'avance confortable (86-60) pour terminer la rencontre tranquillement, sans craindre un retour manceau.
La semaine réalisée par Limoges est tout bonnement prodigieuse. On pouvait penser que Nanterre avait la tête à l'Euroligue plutôt qu'au Championnat et que cette victoire serait donc relative. Cet argument ne tient plus face au succès acquis sur le parquet du Mans. La saison est loin d'être finie. Adrien Moerman, intérieur du CSP, est le premier à le rappeler : « Une saison est longue. Le champion d'automne est rarement celui qui gagne le championnat donc il faut relativiser. La semaine a été excellente mais nous ne sommes pas à l'abri. Il faut garder les idées claires et avant tout, ne pas oublier nos objectifs du début de saison. Notre but est toujours d'accrocher les play-offs. Quand il sera atteint, peut-être qu'on pourra viser un peu plus haut ».
Si la langue de bois est monnaie courante dans le sport, des éléments simples donnent confiance en ce CSP Limoges version 2013-2014. Ne disputant pas de compétition européenne, Limoges pourra se concentrer uniquement sur la Pro A, contrairement à Nanterre ou Strasbourg, engagés en Euroligue. C'est un avantage majeur, sachant que l'Euroligue use les organismes et demande une débauche d'énergie importante. « J'ai connu la victoire de 1993 avec Limoges contre Trévise. J'ai simplement envie d'amener mes joueurs vers une coupe européenne car ce sont les plus beaux matches. Cette année, c'est un avantage de ne pas y participer mais à choisir, je préfère être à la place de Nanterre qui joue des matches extraordinaires », confessait Jean-Marc Dupraz.
Ce dernier est d'ailleurs l'un des atouts du club. Cela ne signifie pas que l'ancien entraîneur, Greg Paniagotis Giannatis, faisait du mauvais travail, mais Dupraz semble être l'homme de la situation. Une thèse corroborée par Nobel Boungou-Colo : « Paniagotis était un très bon entraîneur mais il ne collait pas avec Limoges. Il avait du mal à communiquer avec nous mais ses conseils étaient toujours précieux. Jean-Marc, c'est différent. C'est une figure importante du club, un modèle pour nous qui voulons parvenir à ce qu'il avait fait en Coupe d'Europe. Il sait nous parler et dégager le meilleur de nous ».
Dupraz avait prévenu : il voulait des moyens pour construire une équipe compétitive. Il n'a donc conservé que trois joueurs de la saison dernière (Boungou-Colo, Gomis et Zerbo), a réclamé des hommes spécifiques, et ceux-ci font leurs preuves. Ils se sont fondus parfaitement dans le collectif. Ce n'est pas pour rien que Limoges possède la meilleure attaque du Championnat et la deuxième meilleure défense. Et ce collectif est porté par quelques joueurs exceptionnels. Hier, c'était le tour de J.R. Reynolds, auteur de trente points à 8/11 aux tirs dont 6/8 à trois points. Un autre jour, ce seront Moerman, Acker ou Edwards qui mèneront Limoges. En tout cas, une chose est certaine : Limoges a les armes pour garder intacte sa position de leader et rêver à un avenir glorieux.