
Après cela, il a levé les bras vers le ciel, le poing serré, un geste qui symbolisait plus le soulagement que la joie. « C'est vrai que tout le monde me disait que je n'avais pas grand-chose à gagner sur cette course, le Géant, mais au contraire beaucoup à perdre. Je dois bien avouer qu'ils n'avaient pas tort parce que le Géant est sans doute la discipline que je maîtrise le plus, où mes résultats sont les plus réguliers. Tout le monde s'attend à ce que je gagne, alors ils ne sont pas surpris quand ça arrive. Ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que chaque course est différente et qu'il peut se passer plein de choses. Pour moi, chaque victoire est une grande satisfaction et il n'y a aucune lassitude là-dedans », expliquait le premier triple champion du monde américain de l'histoire du ski alpin.
De l'aveu même de l'Américain : « Je suis dans la forme de ma vie. Je ne me suis jamais aussi bien senti sur des skis et les résultats suivent, donc tout va bien pour moi ». On le savait depuis le début de la saison et surtout depuis le Géant de Sölden, quand il s'était imposé tranquillement en reléguant le deuxième, Moelgg, à plus de deux secondes et demi. Il est le meilleur et de loin. Hier, il lui a suffi d'une manche, la première, pour s'adjuger sa troisième médaille d'or aux championnats du monde de Schladming. Une première manche tellement maîtrisée que personne ne remettait en cause sa suprématie. Avec 1''30 d'avance sur le deuxième, le Norvégien Svindal, et 1''31 sur son principal adversaire, l'Autrichien Marcel Hirscher, l'Américain de vingt-huit ans avait déjà rendu le verdict. Il lui suffisait alors de contrôler lors de la seconde manche, où il ne prit que le sixième temps à 0''50 de Marcel Hirscher, ce qui lui permettait tout de même de remporter ce Géant avec 0''81 d'avance sur l'Autrichien.
Pinturault espérait mieux
Mais comment expliquer une telle domination ? En ce qui concerne Aksel Lund Svindal, il ne faut pas aller chercher très loin : « Ted, et c'est sans doute inscrit en lui, fait tout pour être le plus rapide, pour gagner le plus de vitesse possible. S'il faut attaquer les portes, il y va ; s'il faut faire de belles courbes, il va le faire. Ses courses sont fluides. Il juge le moindre petit détail qui semble insignifiant pour le commun des mortels, mais qui lui fait gagner quelques kilomètres par heure qui se transforment en dixièmes de seconde ».
Cela semble si évident quand on le voit sur les pistes. On dirait qu'il a seulement été béni par les dieux, mais c'est évidemment bien plus que cela : « Il faut beaucoup de travail pour arriver à ce niveau de performance. On croit qu'il suffit de glisser, mais c'est bien plus compliqué. La science des courbes, gérer au mieux les trajectoires, on ne peut l'acquérir qu'en bossant très dur ». Son obsession est d'aller le plus vite possible et il peut aller très loin pour y parvenir : « Il parle beaucoup avec les mécanos. Il sait clairement quel genre de ski il veut avoir aux pieds. Il sait leur expliquer avec les bons mots. Il veut ne faire qu'un avec son matériel. Quand il faut changer de skis, il a besoin de très peu de temps pour s'adapter », ajoutait son entraîneur Sacha Rearick.
Alexis Pinturault est aussi un grand travailleur, mais n'a pas encore la même réussite que son adversaire américain. Après sa cinquième place obtenue hier, il était frustré : « Je suis venu sur ces championnats du monde pour devenir champion du monde ou au moins faire des podiums. Je savais que j'en étais capable, mais je n'y suis pas arrivé. Je fais deux sixièmes places et une fois cinquième donc ce n'est pas catastrophique, mais je vous mentirais si je vous disais que je n'étais pas déçu. Le problème, c'est que je veux trop me précipiter en première manche et j'arrive trop loin ».
Cependant, Cyprien Richard ne s'inquiète pas : « Il faudrait être aveugle pour ne pas voir le talent d'Alexis. Pour l'instant, il n'est pas sur la boîte, mais on en attend trop de lui alors qu'il est très jeune. Avec un peu plus de maturité, vous vous rendrez compte de ce qu'il est capable de faire ». Surtout qu'il reste encore un slalom, dimanche, où il a gagné une manche de Coupe du Monde cette saison. Et quand on voit sa première place lors de la manche de slalom du super-combiné, on se dit qu'il y a encore des choses à espérer...