
Pour connaître le frisson d'un quart de finale, fallait-il encore passer le cap des huitièmes de finale, et ce n'est en rien une tâche facile. Pendant près d'une heure, l'équipe de France fut totalement méconnaissable. Les spectateurs qui avaient encore les images de la victoire sublime contre la Suisse (5-2 le 20 juin dernier à Salvador de Bahia) bien ancrées dans leur esprit durent tomber de haut. Mais s'il y a une chose à savoir, c'est qu'un match à élimination directe n'a rien à voir avec un match de poule. Il y a cette tension largement perceptible : la moindre erreur, la moindre déconcentration peut être fatale et même synonyme de retour au bercail. Dès que la Marseillaise s'est fait entendre dans le stade Castelão de Brasília et que la caméra s'est tournée sur les joueurs français, on a pu percevoir que le moment était grave. Pour la plupart, il s'agissait du match le plus important de leur carrière. Si nous en avions confiance, il est certain qu'eux aussi. C'est sans doute ce qui peut expliquer la première mi-temps assez terne que nous proposèrent les Bleus. Les Nigérians nous donnèrent quelques frissons sur leurs innombrables corners et encore plus lorsque Emenike mettait le ballon dans le but de Lloris avant d'être très justement refusé pour une position de hors-jeu. La maîtrise n'était pas nigériane, mais elle n'était pas française non plus. Cependant, les joueurs de Didier Deschamps trouvèrent le moyen de se procurer quelques occasions, comme sur cette reprise plutôt acrobatique de Paul Pogba qui mettait Enyeama à contribution ou sur cette frappe de Mathieu Debuchy qui ne prenait pas le chemin des filets.

Griezmann comme détonateur
Le début de deuxième mi-temps fut encore pire. Pendant près de vingt minutes, on vit les Français reculer, laisser des espaces, perdre des ballons dans leur camp. Mais à chaque fois, Hugo Lloris ou ses défenseurs centraux étaient là pour sauver la demeure bleue. Blaise Matuidi aurait même pu être envoyé aux vestiaires pour une semelle sur la cheville de Onazi qui obligea ce dernier à sortir. Encore plus inquiétant, c'était cette incapacité à aller de l'avant, à combiner, à mettre du mouvement pour créer les espaces indispensables pour espérer marquer un but et se qualifier.
La tendance s'inversa vers la soixante-cinquième minute de jeu avec l'entrée en jeu d'Antoine Griezmann à la place d'Olivier Giroud. Karim Benzema retrouvait l'axe, permettant à l'attaquant de la Real Sociedad de faire enfin bouger ce couloir gauche. Tout à coup, le jeu français était métamorphosé. Giroud avait usé la défense du Nigeria. Griezmann serait celui qui ferait sauter le verrou. Il fut à l'origine de l'occasion qui voyait Benzema stoppé par Enyeama après un une-deux parfait joué avec Griezmann.
Enfin, les Bleus commençaient à avoir des coups de pied arrêtés, sans aucun doute le secteur dans lequel l'équipe de France est la plus dangereuse. Quand on a un joueur comme Mathieu Valbuena pour les frapper, on sait que ça peut faire mal. La première fois, son corner fut détourné par Enyeama puis stoppé sur sa ligne par Obi Mikel après un tir de Benzema. Dans la continuité, Yohan Cabaye trouvait la barre transversale du gardien lillois. Ce dernier se faisait remarquer une fois de plus sur une tête de Benzéma qui était cadrée. La pression se faisait de plus en plus présente sur le camp nigérian. La fatigue aidant, il allait forcément se passer quelque chose. Sur un nouveau corner de Valbuena, Enyeama manquait sa sortie et Pogba, plein de concentration et de détermination, plaçait une tête qui trompait tous les défenseurs nigérians. Enfin, au cœur du temps additionnel, Joseph Yobo marquera contre son camp, permettant aux Bleus de mener 2-0 et de devenir la première équipe de l'histoire à bénéficier de deux buts contre son camp dans une seule et même édition (le premier avait été inscrit par le gardien hondurien Valladares).
France-Allemagne : un quart de finale historique
En quarts de finale, l'Allemagne se dressera sur la route de l'équipe de France. Difficile d'évaluer un rapport de force tant les Allemands ont peiné à battre l'Algérie et tant la France semble imprévisible. Premier point positif pour Didier Deschamps : le fait que la Mannschaft ait eu à jouer les prolongations. Les Allemands auront donc une demi-heure de jeu de plus dans les jambes. Les Bleus savent que la peur n'aura pas sa place au Maracana vendredi. Contre l'une des meilleures équipes du monde, troisième des deux dernières Coupes du Monde, la France n'aura pas le droit d'attendre plus d'une heure pour se réveiller...