
L'entrée du Ghana dans cette coupe du monde a lieu un dimanche après-midi. Encore dans l'euphorie du mondial qui vient de s'ouvrir depuis deux jours, j'assiste à un match peu emballant où le penalty du rennais Gyan, bien connu en France depuis le mondial 2006, donne la victoire à son équipe. Mouais, moyenne cette équipe. S'ils arrivent à passer, on leur dira au revoir en huitièmes...
S'ensuit un match peu convaincant face à l'Australie où un penalty de l'inévitable Gyan permet aux Ghanéens d'arracher le nul dans une rencontre soporifique. Ils auraient pu essayer de l'emporter puisqu'ils se retrouvaient en supériorité numérique. Cette équipe est-elle ennuyeuse ? Au vu de ce match, oui. Mais après tout, personne n'est parfait, surtout pour nous, misérables footeux français, n'est-ce pas ?
Pour finir, le match contre l'Allemagne : l'idée de voir une grosse cylindrée supplémentaire sortir dès la phase de poules m'amuse (afin d'atténuer le ridicule causé par l'équipe de France ? Non, ne rêvons pas !). Je me prends donc à supporter le Ghana. Défaite 1-0 sur un exploit individuel d'Özil. Il y avait peu de différences entre les deux équipes, et puis finalement, ils ne jouent pas si mal que ça ces Black Stars. Ils auraient même pu marquer en début de match et ont assez bien contenu les fougueux assauts germaniques. En huitièmes, je les supporterai.

Huitièmes de finale : le coup de foudre
Le Ghana se retrouve face aux États-Unis. Le match paraît assez ouvert face à des combatifs américains qui ne s'avouent jamais vaincus (demandez à Lance Armstrong !). La déception due à l'élimination de l'Algérie et de la Slovénie, qui m'avaient fait bonne impression, "à cause" des Américains, ne fait qu'appuyer mon soutien aux Ghanéens.
La magnifique ouverture du score de Boateng me fait éclater de joie : le Ghana domine les débats... Avant de lâcher prise peu à peu au cours du match. Spécialistes des retournements de situation, les Américains ne se font pas prier pour égaliser logiquement par Donovan. On aura droit à ces bonnes vieilles prolongations. Celles-ci redonnent des jambes aux Black Stars qui retrouvent leur jeu : passes courtes et rapides, débordements permis par la vitesse de ces joueurs. Dominateurs, les Ghanéens marquent le but libérateur dès la 93ème minute par Gyan (encore !). Il résiste à la charge de son coéquipier en club Bocanegra et s'en va, d'une frappe limpide, offrir la victoire à tout un peuple. Quel suspense ce match, vous m'avez fait peur, mais je vous aime quand même !

Quarts de finale : une tragédie
De la domination uruguayenne du premier quart d'heure, en passant par le sursaut ghanéen une bonne partie du match, de la sublime frappe de Muntari juste avant la pause à l'égalisation de Forlan, de la prolongation dominée de la tête et des épaules par les coéquipiers de Mensah, jusqu'au penalty de Gyan qui termine sur la transversale de Muslera, nous n'avons rien oublié de ce match. Surtout pas la main de Suárez qui stoppe le ballon, provoquant le penalty, alors que la tête de Jonathan avait presque franchi la ligne...
N'ayez crainte, cher Gyan, nous ne vous en voulons pas le moins du monde. Quelle pression pesait sur vos épaules à ces ultimes secondes du temps additionnel ! Quelle concentration pour ensuite transformer quelques minutes plus tard votre tir au but : je vous admire plus que je ne vous hais. Malheureusement, il faudra attendre encore quatre ans au moins avant de voir une équipe africaine franchir enfin ce cap maudit des quarts de finale...
Alors oui, on objectera toujours qu'à la place de Luis Suárez on aurait fait pareil, que ce sacrifice pour l'équipe est admirable, etc. Mais cher Monsieur Suárez, malgré votre âge qui dépasse le mien de 3 ans, je vous demande de quel droit vous avez brisé le rêve de millions de "Ghanéens" comme moi. En effet, au-delà du Ghana et même de l'Afrique, ce sont en fin de compte des citoyens du monde entier qui se sont identifiés à cette équipe et ont vibré avec elle.
Aujourd'hui, un bel épisode est clos, mais au regard de la jeunesse de l'effectif des Black Stars, à n'en pas douter, on retrouvera les Gyan, Boateng, Ayew, Mensah, Inkoom, Muntari et autres Annan en 2014 au Brésil et au sommet du foot africain lors des deux prochaines éditions de la CAN. Messieurs, chapeau bas. À l'heure du foot business et des caprices de pseudo-stars, votre courage et votre générosité dans l'effort font plaisir à voir. L'Afrique peut être fière de vous !