Sepp Blatter et Michel Platini s'inquiètent et à juste raison. L'UEFA et la FIFA sont toutes deux basées en Suisse, un pays où les deux organismes du football n'auraient jamais imaginé être attaqués en justice. Mais c'était sans compter sur Christian Constantin. Le président du FC Sion a lancé une nouvelle forme de contestation des décisions prises par les deux organisations du monde footballistique : les tribunaux civils.

Une affaire qui commence en 2008
Tout commence à l'été 2008. Le FC Sion enregistre l'arrivée du gardien de la sélection égyptienne : Essam al-Hadary. Le seul bémol est que le portier n'avait pas demandé l'autorisation à son club depuis 1996 : Al-Ahly. L'équipe égyptienne saisit la FIFA, qui rend son verdict dans la foulée : le club suisse est interdit de transfert durant deux mercatos. Seulement voilà, le président Constantin n'est pas de cet avis et il parvient à repousser l'échéance jusqu'au marché des transferts de l'été. Par conséquent, les six recrues que le club a engagées durant le mercato estival ne sont pas qualifiées.
Cette décision est tombée après la double confrontation des Sédunois contre le Celtic Glasgow, comptant pour les barrages de qualification de la phase de poule de l'Europa League. Ces deux matches ont tourné à l'avantage des Valaisans (0-0 en Écosse et 3-1 en Suisse). Mais comme vous l'avez compris, le FC Sion a utilisé ces recrues lors des deux rencontres face aux Bhoys. C'est là que l'UEFA entre en jeu. Même si la décision de base concerne la FIFA, la C3 est une compétition supervisée par l'organisation de Platini.

Pourquoi le FC Sion a-t-il choisi les tribunaux civils ?
À la suite d'une plainte déposée par le Celtic, l'UEFA décide de sanctionner Sion en lui infligeant deux défaites par forfait pour avoir aligné des joueurs non qualifiés. Par conséquent, le club suisse est exclu de l'Europa League, et cela, Christian Constantin ne le supporte pas. C'est à partir de ce moment que les tribunaux suisses vont faire leur apparition. Normalement, si un club n'est pas d'accord avec les décisions prises par l'UEFA ou la FIFA, il saisit le Tribunal Arbitral du Sport (TAS). Mais le président préfère innover et demander aux tribunaux civils suisses de juger l'affaire. En effet, l'UEFA étant basée dans le canton de Vaud, elle se doit d'appliquer ses décisions. Le tribunal vaudois décide alors que le FC Sion a le droit de jouer la première journée de la compétition. Mais l'organisme dirigé par Platini ne permet pas au club sédunois d'affronter l'Atlético de Madrid.
Dès ce premier revers, CC lancera plaintes après plaintes, jouera sous protêt dans le championnat suisse, qui ne sait plus quoi faire avec cette affaire. Au début du mois de décembre, le club suisse était concerné par neuf procédures différentes ! L'une de ces procédures vise directement le football français.

Christian Constantin réclame 10 millions à la FFF
Le FC Sion juge que la Fédération Française de Football "a violé les engagements qui permettent aux joueurs de saisir les juridictions sportives ou les juridictions de droit commun". En effet, la FFF est membre de l'UEFA et en enregistrant l'inscription de Rennes en Europa League, les Valaisans considèrent la fédération comme "hors-la-loi".
Rennes était dans le groupe I de la C3 avec les Espagnols de l'Atlético Madrid, les Italiens de l'Udinese et, bien entendu, les Écossais du Celtic. Le club breton a été éliminé de la compétition tout comme le Celtic Glasgow, alors que l'équipe madrilène jouera les seizièmes de finale contre la Lazio de Rome et l'Udinese affrontera les Grecs du PAOK. Mais le club helvétique ne va pas en rester là et prévoit de demander la même somme d'argent aux fédérations écossaise, espagnole et italienne.

Quel risque pour le football suisse ?
Alors que l'on observait une véritable révolte de Christian Constantin, le TAS surprend tout le monde en annonçant que le FC Sion ne doit pas être réintégré en C3 et qu'il doit également verser une indemnité de 40 000 CHF de dépens à l'UEFA. Après cette décision, c'est au tour de la FIFA d'essayer de (re)prendre les choses en main. L'organisme du football mondial a posé un ultimatum à l'Association Suisse de Football (ASF) : si le FC Sion ne se voit pas sanctionné pour avoir utilisé ces recrues estivales, l'association sera suspendue. Ce qui signifie que l'équipe nationale ainsi que les clubs engagés dans des compétitions européennes se verraient interdire de fouler les pelouses du Vieux Continent.
Ce serait un véritable drame pour l'ASF, vu que le FC Bâle se trouve pour la deuxième fois de son histoire en huitièmes de finale de la Ligue des Champions (ayant éliminé Manchester United de la compétition !). Mais comme on pouvait s'y attendre, le président sédunois ne va sûrement pas en rester là, puisqu'il prévoit de saisir le tribunal fédéral suisse, soit la plus haute instance juridique du pays de Guillaume Tell.
Et si cela ne marche pas, il y a toujours une possibilité de déposer une plainte auprès de la Cour pénale internationale pour crime contre l'humanité...