
Le public présent dans la salle de Granollers, ville où les Bleus joueront tous leurs matches du premier tour de ce Mondial, était majoritairement vêtu de bleu et de blanc. Peut-être que sans le soutien de ses supporters venus en masse, la France aurait chuté dès son premier match du tournoi face à des Tunisiens toujours en progrès. Une équipe de Tunisie que l'on a longtemps cru capable de mettre à mal le champion olympique de Londres en août dernier. Derrière son imposant et robuste capitaine Issam Tej, qui ne fut pas le dernier à mettre des coups pour contrecarrer les offensives tricolores, les hommes d'Alain Portes mirent une pression exceptionnelle. Jusqu'aux cinq dernières minutes de la seconde mi-temps, on crut que la Tunisie allait l'emporter grâce à une force aux tirs que l'on avait peu remarquée chez les Tunisiens lors des précédentes compétitions.
Dès les premières minutes du match, on put rapidement se rendre compte que cette confrontation face à la Tunisie n'aurait aucune allure de promenade de santé. Au lieu de cela, la France commençait son Mondial sur un os, dotée d'une rigueur défensive inculquée par Alain Portes depuis son arrivée du côté de Tunis. Pour preuve, il fallut attendre presque trois minutes pour voir le premier but inscrit par la Maison Bleue par l'intermédiaire de Xavier Barachet. Au contraire, c'est la défense des champions du monde en titre qui fut malmenée par les tirs lointains d'Alouini qui n'hésitait pas à donner l'avantage aux siens après cinq minutes sur le parquet.
Heureusement pour Claude Onesta, Alain Portes n'est toujours pas parvenu à faire progresser ses joueurs au niveau de la discipline et le premier à prendre une suspension de deux minutes fut Jallouz après six minutes. Une supériorité numérique dont la France profita pour rentrer réellement dans sa rencontre. À dix minutes de la mi-temps, grâce à Luc Abalo, élu meilleur joueur du match, la France prenait les devants en menant 8 à 5. Les doutes des premières secondes semblaient dissipés et on voyait alors les champions olympiques s'envoler vers une victoire facile. Seulement, au lieu que cet écart se creuse, ce sont les Tunisiens qui poussèrent pour revenir avant la pause. Emmenés par les quatre buts consécutifs inscrits par Sanai, les Tunisiens frôlaient l'exploit en rentrant aux vestiaires auréolés d'un but d'avance sur leur adversaire du soir (13-14).
Fin de match suspense pour la France
Faisant confiance à ses joueurs et ne voulant surtout pas rééditer ce qui s'était produit il y a un an en Serbie, Claude Onesta ne s'énerva pas à la mi-temps et préféra rassurer ses troupes comme l'expliquait Didier Dinart : "Dans les vestiaires, l'ambiance était un peu pesante. Sans le dire vraiment, on repensait au championnat d'Europe de l'année dernière et on avait peur de revivre la même chose car on aurait été mal dans la tête si nous avions perdu. Claude s'en est rendu compte et nous a dit qu'il fallait revenir aux fondamentaux et que ça allait forcément réussir". Est-ce que le sélectionneur le pensait vraiment ou n'était-ce que des mots d'usage pour encourager les siens ? Difficile à dire, mais cette tactique, peut-être payante à la fin du match, ne paraissait pas transcendante les minutes qui suivirent le retour aux vestiaires. D'une part, les Bleus ne parvenaient pas à prendre la mesure de leur adversaire tunisien, mais pire, c'est souvent ce dernier qui menait d'un but, et même de deux buts à sept minutes du terme de la partie.
Seulement, Alain Portes ne compte pas dans ses rangs un joueur de la trempe de Daniel Narcisse. Ménagé en première période, celui qui parut en dedans lors des deux matches de préparation sortit du chapeau de Claude Onesta pour faire trembler par trois fois les filets de Maggaiz. Les Bleus prirent alors la tête des opérations et parvenaient à larguer leurs poursuivants pour une victoire 30 à 27.
Une victoire à l'arrachée acquise dans les dernières minutes qui pourrait faire croire que la France n'est pas dans la forme de sa vie, mais il ne faut pas avoir la mémoire courte. La Tunisie progresse d'année en année. Déjà, il y a six ans, lors des Jeux Olympiques, les Bleus n'avaient acquis la victoire que dans le dernier quart d'heure de jeu et s'étaient assez tranquillement imposés 25-19. Cette année, ils ont tenu dix minutes supplémentaires donc dans un an, les hommes d'Alain Portes seront sûrement capables de tenir un match de soixante minutes. De plus, dans ce groupe, la Tunisie semble, avec l'Allemagne, être l'équipe la plus relevée.
Comme points positifs, on peut noter que Luc Abalo a enfin retrouvé son rôle de canonier à l'aile et enchaînait les torpilles à l'encontre du portier adverse. Autre satisfaction, le match très propre de Nikola Karabatic qui a réussi à marquer à cinq reprises. À l'inverse, Jérôme Fernandez parut longtemps en dedans. Un 5/5 au jet de sept mètres mais seulement 1/5 dans le jeu. Ce soir, les Tricolores affronteront le Monténégro. Un adversaire complètement à la portée des Experts, dont les choses sérieuses ne débuteront vraisemblablement que dans une semaine pour les huitièmes de finale.