
Hier soir, les hommes de Didier Deschamps ont déroulé, et ce sur tous les points. D'abord dans le score. Un 6-0 n'arrive pas tous les week-ends, et encore moins quand on se souvient de ses derniers matches. Mais c'est un peu ça, l'équipe de France. Une équipe incapable d'inscrire un but contre l'Espagne, l'Uruguay, le Brésil, la Belgique et la Géorgie. Une équipe désastreuse pendant quarante-cinq minutes face à la Biélorussie, mais qui en marque quatre en l'espace de quarante minutes. Hier soir, les Bleus en ont mis six. La statistique est encore plus belle lorsqu'on se dit qu'en 94 minutes, les Français en ont inscrit dix. « On n'a pas réussi à marquer pendant plus de cinq matches donc c'est sûr que ça rassure de marquer six buts aujourd'hui. Offensivement, on avait besoin d'un déclic. On se disait qu'il avait pu avoir lieu lors de la seconde période du match de la Biélorussie mais ça méritait confirmation et cette confirmation, on l'a eue », se réjouissait le sélectionneur.

Benzema renoue avec le but
Le premier de cette accumulation de buts vint d'un centre de Ribéry, repris de la tête par Loïc Rémy pour tout le monde, sauf pour l'arbitre portugais qui voyait une main. Comme en Biélorussie, c'était le joueur du Bayern Munich qui prenait le cuir pour exécuter la sentence. Puis vint le tour de Giroud qui, reprenant un centre en retrait de Patrice Evra, grossissait le score par une feuille morte qui laissait le portier australien pantois : « Je suis un peu surpris par le centre de Patrice parce qu'il est plus en retrait que ce que j'attendais alors je tente la balle piquée. C'est bien si le but est beau mais le principal était de marquer. » L'attaquant d'Arsenal ne se contentait pas de ce bijou et se trouvait quelques minutes plus tard à la conclusion d'un mouvement collectif somptueux, qui voyait Ribéry débouler sur la gauche, trouver Samir Nasri dans l'intervalle qui adressait un centre parfait pour Giroud, qui s'empressait d'inscrire son premier doublé sous la tunique bleue. 3-0, c'était déjà pas mal, ou du moins assez pour prévenir d'un éventuel retour des Océaniens, mais ce n'était pas du goût de Cabaye, qui signait son retour chez les Bleus par un tir à vingt mètres qui filait au ras du poteau. Mais hier, rassasier un joueur français n'était pas une tâche aisée. La banque était braquée et, vu la conjoncture, tout le monde cherchait à prendre un petit quelque chose. Pour Debuchy, inarrêtable sur son flanc droit depuis le début de la rencontre, il s'agissait d'un but à la suite d'une demi-volée que même un mur du talent d'Hugo Lloris n'aurait pas été capable de stopper : « C'est ce que j'aime faire. J'aime avoir de la liberté sur mon côté, pouvoir monter pour créer le surnombre et accessoirement pouvoir marquer sur un centre au second poteau », souriait le joueur de Newcastle. Le dernier de cette démonstration vint forcément de Ribéry, décidément en forme depuis son titre de meilleur joueur européen de la saison, qui adressait un centre au premier poteau pour Benzema, qui avait pris la place de Giroud à la pause, et qui mettait un terme à plus de 1200 minutes de disette en équipe de France : « Je savais que ça n'allait pas durer dix ans mais bon, je me disais quand même que le plus tôt serait le mieux. C'est venu aujourd'hui, c'est bien. »

Ribéry, le vrai leader des Bleus
Le score, c'est une chose, mais la manière en est souvent une autre. Hier soir, on a eu le droit aux deux car il y avait, dans le jeu proposé par la bande à Ribéry, tout ce qu'on lui reproche depuis bien longtemps. On voyait enfin un jeu fait de vitesse, grâce à la complicité évidente qui existe entre Franck Ribéry et Samir Nasri. Mais aussi du mouvement dans le jeu sans ballon, des latéraux qui montent et qui n'hésitent pas à apporter en phase offensive. Dans ce secteur d'ailleurs, Mathieu Debuchy semble avoir pris une longueur d'avance sur Bacary Sagna et Christophe Jallet. Sur la gauche, Evra semble également apporter plus de danger que Clichy. Le milieu de terrain fut performant à la récupération, mais aussi à la relance où Yohan Cabaye fut précieux. Autant dire que Didier Deschamps devra prendre de lourdes décisions, car Blaise Matuidi, entré en fin de partie, fut tout aussi éclatant à la récupération et il n'est pas aisé de faire un choix entre Pogba, Matuidi et Cabaye, car seulement deux d'entre eux pourront entrer dans le 4-2-3-1 qui semble aller le mieux à cette équipe de France. Devant aussi, il y aura des choix à faire. Nasri, très bon hier, et Valbuena se disputeront la place derrière l'attaquant de pointe : « C'est vrai qu'il y a plusieurs alternatives. Mais je préfère avoir plusieurs possibilités. Ça, ce sont des problèmes de riches », avouait l'ancien entraîneur de l'OM.
Cette équipe de France a besoin d'un leader et plus ça va, plus Franck Ribéry semble prêt à prendre ce rôle sous sa responsabilité. Il y a quelques mois, le Bavarois cherchait à faire tout tout seul, pensant qu'il était le seul capable de faire la différence. Aujourd'hui, il ne fait plus le dribble de trop, préférant faire jouer. Ribéry n'est pas qu'un leader technique, il doit être bien plus que ça. Il doit être le cœur de l'équipe de France, le joueur capable d'insuffler un mouvement positif, ce qu'il a fait hier avec le succès que l'on connaît : « Je sais que je dois m'imposer. Je dois faire plus, prendre plus de responsabilités. Aujourd'hui, je suis prêt à le faire. Il n'y a que l'équipe qui compte. On doit jouer en pensant à l'équipe et moi le premier », estimait celui que l'on verrait bien soulever un Ballon d'Or en janvier prochain. On aura besoin de lui en novembre quand les siens auront deux matches pour prendre la route du Brésil. L'Ukraine s'étant imposée contre la Pologne et la Suède ayant battu l'Autriche, les Bleus n'ont que d'infimes chances d'être têtes de série, mais bon, en 2009, ils y étaient parvenus...