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La méthode Halilhodzic

De la Yougoslavie au PSG, découvrez le parcours exceptionnel de Vahid Halilhodzic : joueur star, résistant pendant la guerre, et entraîneur qui transforme chaque club en machine à gagner.

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Samedi dernier, le PSG de Vahid Halilhodzic a vaincu les Marseillais au stade Vélodrome. Actuel deuxième du championnat, le club de la capitale met son entraîneur sous les feux des projecteurs. Mais cette réussite n'est pas la première, loin de là…

Parcours de joueur : les débuts d'une légende

Pour ceux qui l'ignorent, Vahid Halilhodzic fut un très grand joueur, un attaquant qui enfilait les buts. Après des études sérieuses (il aurait pu être ingénieur), Vahid se fait remarquer par hasard, en jouant dans l'équipe de son frère aîné. Fin, racé et surtout efficace, le jeune Vahid fait vite le bonheur du Velez Mostar, son club formateur. Il devient, et c'est peu de le dire, une véritable star en Bosnie, où son sens du jeu est très apprécié. Il élève son club de Mostar au rang européen.

Bizarrement, en sélection, Vahid ne joue qu'un rôle de figurant. La raison est simple : Vahid ne joue pas dans un club de Belgrade, la capitale. Et les inimitiés entre les différents clubs l'empêchent d'exploser avec sa sélection. À 29 ans, plusieurs fois champion et meilleur buteur, Vahid décide de s'expatrier. Il pense aller à Leeds, ou en Allemagne. Le Bosnien va finalement signer, in extremis, au FC Nantes. Ses débuts sont difficiles, il met un an à s'adapter au championnat de France.

Mais ensuite, le buteur Vahid va faire parler la poudre. Il permet aux Canaris de réaliser de très bonnes saisons, et Vahid est plusieurs fois meilleur buteur du championnat de France. En fin de carrière, il décide de quitter le cocon du FC Nantes pour rejoindre le Paris SG. Il y réalise six mois convaincants, toujours utile grâce à son sens du but et son expérience. Mais en milieu de saison, Vahid résilie son contrat afin de retourner au pays rejoindre son père malade. Ce départ du PSG signe la fin de la carrière de joueur de Vahid Halilhodzic.

Guerre de Yougoslavie : une épreuve marquante

Une fois les crampons raccrochés, Vahid décide de couper avec le football qui lui a tant apporté. Il achète un bar et un magasin, dans sa ville de Mostar. Tout se passe bien pour Vahid, il vit paisiblement avec son épouse et ses deux jeunes enfants. Puis, au début des années 90, surgit la terrible guerre qui va diviser la Yougoslavie. Face à l'invasion serbe, Vahid ne va pas rester indifférent. Homme de caractère, Vahid va organiser la résistance. Il aide à l'approvisionnement du village et risque plusieurs fois sa vie pour venir en aide à d'autres. Les bombes pleuvent sans cesse, la haine entre Serbes et Bosniaques ne cesse de croître. De par son rayonnement et ses relations, Vahid Halilhodzic joue un rôle majeur dans la résistance, qui permet à de nombreuses personnes, Serbes ou Bosniaques, de survivre.

Notre homme est alors un ennemi aux yeux des militaires serbes. Se passe alors un événement dont Vahid n'est pas près de se remettre. La femme et les deux enfants Halilhodzic, réfugiés à Paris, signalent à Vahid qu'un club français de deuxième division, Beauvais, veut enrôler Vahid pour entraîner l'équipe première. Grand artisan de la résistance, Vahid ne pense alors plus au football, et surtout, il ne veut pas quitter ses amis qui luttent contre l'invasion serbe. Heureusement, l'épouse de Vahid va le convaincre de quitter ce pays alors à feu et à sang. Le mercredi, Vahid prend discrètement l'avion pour la France. Le lendemain, une dizaine de soldats se rendent dans la maison de Vahid. Ils le recherchent. Ils veulent sa peau. Sa maison est brûlée, et les soldats, s'ils avaient trouvé Vahid, l'auraient liquidé sans ménagement.

Une carrière d'entraîneur exceptionnelle

L'appel du président de Beauvais lui a donc sauvé la vie. Dans l'Oise, Vahid fait du bon travail ; son équipe réalise de bonnes prestations. Mais, à cause d'un manque d'ambition de la direction du club, Vahid démissionne. Survient alors une longue période de chômage, des moments que Vahid va mal vivre. Mais il ne va pourtant pas rester inactif. Il fait le tour des meilleurs clubs européens, cartable à la main. Il apprend beaucoup aux côtés des meilleurs techniciens.

Après une longue période d'inactivité, le Bosnien va être sollicité par un club marocain, le Raja Casablanca. Et Vahid va, une fois de plus, faire des miracles. Le Raja Casablanca devient champion d'Afrique, une performance énorme.

Mais le plus grand « miracle » de Vahid va se dérouler à Lille. Le LOSC, alors miné par des problèmes internes, végète. Pire, il régresse. Le club est alors 17e de deuxième division. Le président lillois de l'époque, Bernard Lecomte, pense à cet homme droit, rigoureux et intègre pour redresser le club. Et le résultat est impressionnant. Rapidement, Vahid fait du LOSC une machine à gagner. Le LOSC domine outrageusement la deuxième division et termine leader incontesté de D2. Une fois en D1, le LOSC va surprendre. Avec une équipe de sans-grade, Vahid termine troisième du championnat et qualifie le club pour la Ligue des champions. Vahid arrive à tirer la quintessence de ses joueurs. Mieux, il les transforme. Avant habitué à la CFA, Pascal Cygan devient l'un des meilleurs défenseurs du championnat. Il joue maintenant à Arsenal. De même pour des joueurs comme Bruno Cheyrou, Fernando D'Amico ou Gregory Wimbée. Lille, qui jouait en D2 l'année d'avant, affronte sans complexe Manchester United, La Corogne, Olympiakos, Parme, le Borussia Dortmund…

La seconde saison de Vahid en D1 confirme les bonnes impressions laissées. Le LOSC finit à une honorable cinquième place. Mais, par manque d'ambition (encore) des dirigeants lillois, Vahid quitte le club (qui, au passage, ne s'en remet toujours pas et qui est en train de retomber dans l'anonymat, la faute à des dirigeants arrogants et incompétents).

Quelques mois après, Vahid Halilhodzic rejoint les Bretons du Stade rennais, très mal en point, et surtout en mal de points puisque le club est dernier. Dans un contexte difficile, Vahid parvient tant bien que mal à sortir le club de la zone rouge. Bien qu'un peu critiqué, les chiffres parlent pour l'entraîneur bosnien.

La méthode Vahid au PSG

À l'intersaison, Vahid Halilhodzic accepte d'entraîner le Paris Saint Germain. Après une période de rodage, Vahid fait du PSG une machine à gagner, un peu à la manière du LOSC des années Vahid. Malgré les critiques qui s'abattent sur le jeu de l'équipe parisienne, le PSG grimpe au classement de mois en mois. Grâce à la méthode Vahid. Rigueur, intransigeance, professionnalisme, mais aussi et surtout beaucoup de travail. Ce n'est pas pour autant que Vahid est un bourreau, comme le dépeignent les Guignols de l'Info. Derrière cet homme aux traits durs se cache un perfectionniste qui n'aspire qu'à réaliser son travail du mieux possible.

Star jeune, expatrié chahuté à ses débuts au FC Nantes, grand résistant lors de la guerre de l'ex-Yougoslavie, homme fragile lors de sa période de chômage, entraîneur qui se fait connaître à force de travail. C'est ça Vahid. C'est tout cela réuni qui fait le caractère d'un homme qui a connu beaucoup de choses, le meilleur comme le pire. Plus qu'un formidable meneur d'hommes, Vahid Halilhodzic est tout simplement un homme extraordinaire.

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Esperanza Chao @esperanza
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