
Tous les samedis, c'était le même rituel. Chacun se levait avec l'entière satisfaction de ne pas se lever pour rien faire, mais de se lever pour aller danser. La danse, voilà notre point commun. Le Hip-Hop, voilà notre spécialisation. L'amour de cette danse, voilà notre force. Nous sommes un groupe de jeunes ados avancés, composé de sept filles et de sept garçons. Nous ne sommes pas du même niveau, mais ensemble nous formons un groupe homogène.
Avant cette aventure, nous ne connaissions pas la compétition. Nous dansions pour le plaisir d'être regardés à la fin de l'année et, au pire, appréciés. Mais cette année, notre quotidien fut chamboulé pour le plus grand des plaisirs...
Notre professeur de danse, professionnel, nous a inscrits au concours de danse départemental. Il s'agit d'un concours où tous les styles de danse sont normalement représentés. Je dis bien « normalement », parce que les traditions et les codes ont fait que ce concours semblait être réservé à la danse classique et à la danse contemporaine... Mais cela, c'était avant nous. Avant les PIRATES !
Un jury qui note notre travail, notre précision, nos costumes, notre originalité et le rapport du titre avec notre représentation. Ce n'est pas une compétition mais un concours : il fallait obtenir une note minimale de 11 sur 20 pour passer en régional.
Des préjugés sur le Hip-Hop brisés par les Pirates
Et bien oui ! Nous faisons du Hip-Hop, pas moins contemporain. Comment ça, le Hip-Hop ne rime-t-il pas seulement avec rap ? Comment cela, des danseurs de Hip-Hop peuvent aussi être gracieux ? Dans quel monde sommes-nous ? Dans le monde de la danse, mesdames et messieurs. Le Hip-Hop est une danse comme une autre. Et bien que la danse classique ou la danse contemporaine sonne mieux, bien que cela fasse plus joli, plus soft... Lorsque l'on est danseur ou du moins que l'on aime la danse, il n'y a pas de différence. Même fougue, même envie et même passion. La danse.
Et alors, n'y a-t-il pas assez de discrimination dans cette vie ? Pour qu'en plus vous ayez des préjugés sur le Hip-Hop !
Nous voilà donc qualifiés pour les rencontres chorégraphiques régionales, où il fallait cette fois-ci obtenir une note de 14 sur 20 pour être qualifiés. Je me souviens encore des paroles si modestes de mon professeur : « Vous y allez pour vous amuser, pour leur montrer ce que nous faisons, mais n'espérez en aucun cas être qualifiés, parce que le Hip-Hop n'a jamais passé le stade des régionales... » Il avait raison, mieux vaut partir la tête légère. Mais ce n'était pas simplement des paroles pour que nous gardions la tête sur les épaules, c'était des paroles réalistes...
Et puis on a dansé. La salle a applaudi, des gens criaient... Non, je n'étais pas en train de rêver.

Des Pirates médaillés au Championnat de France
Qualifiés pour le Championnat de danse de France ! Oui, les Pirates ont osé, vraiment osé. À toutes les critiques des autres danseurs qui n'aimaient pas vraiment notre danse — parce qu'il ne faut pas vraiment le savoir, mais le monde de la danse est très critique et très dur, rien ne passe inaperçu — et bien à tous ces gens, nous avons répondu par la danse.
Nous n'y croyions pas vraiment, c'est vrai. Mais imaginez des danseurs faisant la vague pour représenter la mer, une pyramide de freeze pour représenter le bateau pirate, les garçons pour attaquer et les filles pour ne pas se laisser faire. Imaginez des courses, des bagarres où rien n'est laissé au hasard. Imaginez des portés dignes des meilleurs rocks acrobatiques. Et alors, peut-être vous comprendrez pourquoi les Pirates ont été qualifiés au Championnat de France qui s'est déroulé le 1er juillet à Montluçon.
Et sur quinze groupes de danse classique principalement, les Pirates ont fini troisièmes, médaillés de bronze. Belle récompense pour nous, mais surtout pour notre professeur à qui nous devons tout.
Ce jour-là, nous étions sans doute sous une belle étoile puisque, dans la salle de spectacle, il y avait du beau monde et qu'ils nous ont invités à quelques festivals dans le nord de la France...
Une aventure qui se termine ? C'était les Pirates. Mais comme notre dicton le dit : « On remet ça, mais en pire... » Piouc piouc piouc PIRATES !
Il y a une chose qu'il faut retenir, c'est qu'au-delà des obstacles, au-delà des codes et des préjugés, il faut toujours croire en ses rêves. Toujours.
Je danse donc je vis.