
On essayait de garder le moral. Avec les copines, on discutait, on riait même malgré l'angoisse qui nous serrait le ventre. La prof est passée à côté de nous et elle nous a sorti un : « Vous avez l'air en forme pour l'endurance ! » ponctué par des gémissements et des soupirs dont ce n'était que le début.
Le départ vers le stade
Nous nous sommes dirigés vers le stade comme vers le peloton d'exécution. Tam, tam, taratatam... On s'est étirés « pour pas avoir de courbatures », comme elle dit la prof. Moi, je sais que ce sont les étirements qui me donnent des courbatures...
Ensuite, on s'est tous mis au départ. On s'est souhaité bonne chance, bon courage, et puis PSIIIIIIIT !!! C'est parti. On court. On a 5 minutes devant nous. C'est pas si terrible après tout, on est pas si mal. Avec une fille, on a bien rigolé, on a imité quelqu'un qui était essoufflé, qui souffre, juste pour rire, sans savoir que 5 minutes plus tard, on allait être dans cet état. On a ri. On a tellement ri qu'à la moitié du 1er tour, on était déjà épuisées. Mais on a continué à courir, tant bien que mal.
Les souffrances de la course d'endurance
Premier tour : « 1 minute 25, bougez-vous un peu ! ». On a poussé nos jambes déjà douloureuses. 2ème tour : « 3 minutes 02 ». Ouais, d'après les quelques calculs que mon cerveau embrumé me permettait de faire, il restait 2 minutes. En traînant un peu (ce qui ne serait pas très dur), on n'aurait plus qu'un tour à faire. Je courais en me cramponnant à cet espoir. La moitié du tour, les trois quarts du tour, j'y suis presque. Je suis presque soulagée, malgré mes jambes lourdes, lourdes, lourdes... Je peux à peine les lever, elles pèsent une tonne.
Je finis le tour, enfin : « 4 minutes 30 ! » Oh non !!! On en a encore pour 30 secondes ! Bon, d'accord, je continue. Je regardais ma montre. 25 secondes, 20 secondes, j'ai mal. 15 secondes, les derniers mètres sont les plus durs. 10 secondes, 10 secondes de la fin, 10 secondes du bonheur... 5 secondes, allez, 1 pas, 2 pas, 3 pas, PSIIIIT !!! Le ciel redevient bleu, les oiseaux brillent, le soleil chante... non c'est pas ça... m'en fous... Je suis au milieu du stade, je reviens en marchant, ou plutôt en me traînant vers LE muret où tout le monde est assis.
Le soulagement et la prise de pouls
Je pose mes fesses. Un véritable soulagement, le bonheur. J'étends les deux trucs qui me servent de jambes. Je suis bien. « Prenez votre pouls ! » Tout ce que vous voulez. Je pourrais chanter tout un opéra si vous me laissez rester assise. « Top ! » 1, 2, j'ai du mal à suivre mon pouls, il va trop vite. 10, 11, allez, on continue. 22, 23, ça pulse. 32, 33, « Stop ! » « Si vous avez entre 30 et 35, c'est bien, vous êtes en forme. » En forme ! Doux euphémisme pour une bande de chaudières sur pattes.
J'ai pris le temps de regarder mes amis dans la douleur. Rouges, essoufflés, explosés. C'est déjà ça, je ne suis pas la seule. Et puis après, on a dit le nombre de tours qu'on avait faits : « moi 3 », « moi 3,5 », « moi 4 »... On s'en fout, on veut dormir.
Maintenant, on prend le pouls au repos. « Top ! » Je le sens plus, il est trop faible. 1, 2, je sais pas, ça doit faire 4... « Stop ! » Je vois pas, j'en sens 15 mais les autres en ont 26, je comprends pas, je m'en fous, lâchez-moi, je veux dormir.
L'épreuve finale de 3 minutes
« Bon, c'est reparti ! » qu'elle nous annonce la prof avec un grand sourire de sadique. Encore ? Je ne suis plus là, le stade devient flou. Encore ? Je ne peux pas.
PSIIIT !!! On se lance. Mes jambes m'infligent une torture indescriptible. Et cette fois-ci, c'est comme la dernière fois mais en pire. Je sens un point de côté. Comme si j'en avais besoin en plus du reste ! Je fais 3 tours et demie, comme avant. Je regarde les autres. On souffle tous comme des phoques, à part les quelques habitués. On souffre ensemble, c'est comme si on était unis tout d'un coup... On a au moins la douleur en commun.
Le coup de sifflet sonne comme une douce musique à mes oreilles. Je n'ai pas la force de me rendre jusqu'au muret. Je m'arrête, je souffle. Un pas, un autre. J'arrive et je m'assois. Je ne suis plus là, foutez-moi la paix. Je veux rêver de mon lit, à ce moment-là je veux même l'épouser. On souffle toujours, la prof exulte. Elle doit être un peu psychopathe celle-là.
Elle fait un grand sourire : « Cette fois, c'est 3 minutes ! » Quoi ? « Il faut vous préparer, bientôt vous ferez 20 minutes. » 20 minutes. Je n'ose même pas y penser. Tout le monde se prépare à carburer pendant les 3 minutes. Moi aussi. Comme une conne, je me lance à toute vitesse. De toute façon, je ne sens plus mes jambes. Je cours, c'est tout. Mais comme une conne, je vois aussi que mes jambes sont de retour et qu'elles me font assez mal pour compenser.
Je me traîne comme une loque, je lance mes jambes. 1, 2, allez on y va. Ça fait mal, ça arrache, ça torture. Je suffoque, la bouche grande ouverte. Je vais choper une crève. Tant pis. Tant mieux. Comme ça, adieu le sport. « Allez, il reste 20 secondes », je fais un dernier effort, je ne respire plus maintenant. PSIIIT ! « C'est fini pour aujourd'hui. » Elle a presque l'air déçue.
Conclusion : le calvaire continue
Je comprends pourquoi mes jambes n'ont pas de bouche : on deviendrait sourd à les entendre crier. Tout est beau. Je ne pense qu'à mon lit. Je me fous de la prof qui rigole en nous regardant nous tordre de douleur, je me fous du principal-adjoint qui nous dit « je parie que vous sortez d'EPS ! ». Il est c... lui ! Ça se voit pas à notre tronche ? Et puis la prof de latin qui dit qu'elle aime l'endurance, elle est maso. Je m'en fous.
Je sais juste que j'ai mal aux jambes et que ça va durer pendant 5 jours. C'est fini. Jusqu'à la semaine prochaine...
Je sais que vous allez trouver que j'en fais beaucoup pour pas grand-chose, mais je vous assure que j'ai souffert cette fois-ci, mais moins les suivantes. Plutôt que de vous révolter contre les faibles comme moi, parlez-moi de l'aspect littéraire du texte et dites-moi si vous avez apprécié ! Merci d'avoir lu et à bientôt !