
Il aime ce maillot, le dit haut et fort, et il aurait par-dessus tout adoré honorer cette tunique en remportant le plus d'étapes possibles pour cette édition du Centenaire, histoire également de chercher un second maillot vert après celui glané en 2011. Il trottait même dans un petit coin reculé de sa tête, déjà bien remplie, l'idée de remporter la première étape arrivant à Bastia pour s'emparer du même coup d'un maillot jaune qu'il n'a jamais eu la chance de porter sur la Grande Boucle.
Des débuts difficiles pour Cavendish
Un espoir qui partit plus vite que prévu en fumée dans un final nerveux qui, additionné au doute sur l'endroit exact où l'arrivée serait déclarée après que le bus de la formation Orica-GreenEdge se soit coincé sous l'arche symbolisant la ligne finale, occasionna forcément une chute parmi les rangs les plus hauts du peloton, dont faisait partie Mark Cavendish. C'est alors Marcel Kittel, passé entre les gouttes, qui en avait profité pour obtenir ce que le sprinteur britannique rêvait d'obtenir.
Le triptyque corse commençant très mal pour l'ancien pistard, champion du Monde de l'américaine aux côtés de Bradley Wiggins en 2008, il ne pouvait mieux se terminer. En effet, même bien entouré de sa garde rapprochée, il ne pouvait rester aux avant-postes dans la raidard situé à dix kilomètres de l'arrivée de la deuxième étape jugée à Ajaccio. Le lendemain, il subissait la même mésaventure et c'est Simon Gerrans qui gagnait à Calvi.
La longue attente d'un deuxième succès
Jusque-là, il ne s'était pas inquiété car il n'avait encore pas eu l'opportunité de disputer un sprint massif. Sa victoire, la quarante-deuxième dans un Grand Tour et la vingt-quatrième dans le Tour de France, avait eu le mérite de le rassurer un petit peu. Il devait alors penser qu'il s'agissait de la première d'une liste qui s'apprêtait à se rallonger dans les jours suivants, et il faut bien avouer que l'on pensait la même chose.
Mais depuis cette victoire obtenue dans les rues de Marseille, huit jours ont passé et force est de constater que le compteur personnel du sprinteur anglais reste bloqué à une seule victoire. Il n'a pas toujours été fautif. On pouvait même lui donner volontiers des circonstances atténuantes sur les étapes arrivant à Montpellier et à Albi. Sur l'étape arrivant dans l'Hérault, il avait encore dû essuyer une chute à moins de trente kilomètres du terme. Une chute qui avait puisé dans ses réserves, qui avait demandé un travail acharné de son équipe pour le ramener dans le peloton dans un premier temps, et dans les premières places de ce dernier dans un second temps. Une déconvenue qui avait déréglé le train d'Omega Pharma Quick-Step et dont André Greipel, vainqueur de l'étape, fut le principal bénéficiaire. Le lendemain, il était victime de l'offensive des Cannondale dans un col de deuxième catégorie dont il ne pouvait suivre le rythme soutenu dans des pourcentages trop importants pour lui.

Marcel Kittel, le nouveau roi du sprint ?
Mark Cavendish l'a reconnu volontiers sur Twitter le soir même : « Marcel Kittel est un des meilleurs sprinteurs du monde et sera sans aucun doute le meilleur dans pas si longtemps ».
Le leader de la jeune équipe Argos-Shimano est un excellent coureur, excellent grâce à sa puissance mais aussi grâce à sa tête. « C'est un coureur très bon dans tous les sens du terme. Physiquement, il est très imposant et sait conduire un sprint malgré son âge. C'est un véritable plaisir d'être un coéquipier de Marcel parce qu'on sait que tout dépend de nous. Si on arrive à faire notre travail, il va savoir conclure parce qu'il est le meilleur une fois lancé », souriait son poisson-pilote John Degenkolb.
Il ajoutait : « Mais chez lui, il n'y a pas que les cuisses, il y a la tête. Il a une science très précise de la course. C'est pour cette raison qu'il ne tombe que très rarement. Il sait où se placer, se protéger tout seul. Il fait croire qu'il aime les courses qui se déroulent comme il le prévoit mais il n'est jamais aussi bon que lorsqu'il doit évoluer sa stratégie en fonction des évènements ». Ce dernier parlait de l'amour caché de Marcel Kittel pour les imprévus ; ce devait sûrement être en référence à l'étape qui venait de se dérouler.
Christian Guiberteau, l'un des directeurs sportifs de l'équipe hollandaise, tentait de l'expliquer : « On commence à connaître ce type d'étape. Il fallait laisser des échappées partir assez vite et prendre rapidement un écart important puis il suffisait de gérer tout en faisant attention à être bien placé pour parer à toutes éventualités, comme une chute ou un vent défavorable pour nous mais favorable à des coups de bordures. On avait montré aux gars la vidéo présentant les cinq derniers kilomètres mais surtout le dernier avec les deux virages dangereux. Mais rien ne s'est passé comme on l'avait préparé ».
« Il y a eu cette chute à deux kilomètres de l'arrivée qui condamne André Greipel mais qui, surtout, a désorganisé notre train. On a dû faire un gros boulot pour revenir à hauteur du train d'Omega Pharma Quick-Step. Et il a fallu faire avec l'état de santé de Tom Veelers qui nous assurait ce matin qu'il allait bien mais qui s'est vu un peu trop beau. On a dû le mettre plus tôt dans le train mais il s'est déporté trop tôt, John Degenkolb a pris le relais trop tôt donc par conséquent, Roy Curvers n'a pas pu emmener Marcel Kittel jusqu'au bout donc il a dû improviser mais il en a l'habitude ».
« On le voit d'ailleurs sur la vidéo, dès que Roy se relève, il se place directement dans la roue de Mark Cavendish et il utilise sa vitesse pour gommer toutes les imperfections de notre préparation du sprint. Quand on est directeur sportif, on est énervé de voir des évènements que l'on n'attendait pas mais au moins, ça montre les vrais qualités des coureurs et Marcel a prouvé qu'il pouvait se débrouiller tout seul et gagner comme un grand sprinteur qui réfléchit en même temps qu'il appuie sur les pédales. Il a tout pour devenir le très grand sprinteur qui prendra la succession de l'hégémonie de Cavendish ».
Alors un Kaiser après le King ?