
Jonathan Edwards a découvert l'athlétisme dès son plus jeune âge, initié par son père, pasteur et athlète. Chrétien convaincu, il refusa jusqu'en 1993 de sauter le dimanche, jour du Seigneur ! Ce qui l'empêcha de participer aux championnats du monde de 1991. Mais grâce à un prêtre qui lui accorda l'exemption nécessaire, il comprit que c'était « son devoir ». « Si Dieu m'a donné un don pareil, c'est pour pouvoir l'exprimer. »
Au début de l'année 1995, Jonathan Edwards, alors âgé de 29 ans, donne un nouvel élan à sa carrière. Diplômé de biologie et supporter invétéré de l'équipe de football de Newcastle, il ne fait pas encore de l'athlétisme sa priorité absolue. Mais sa rencontre avec l'entraîneur Denis Nobles lors d'un stage en Floride le persuade de se consacrer avec davantage d'ardeur au triple saut ! Ne possédant pas une puissance exceptionnelle, Jonathan comprend vite que la clé réside dans la conservation de sa vitesse durant les trois sauts.

Le record du monde historique à Göteborg
C'est à Göteborg en 1995 que le Goëland éclate littéralement en retombant au-delà de la barre mythique des 18 mètres !
En arrivant en Suède, Jonathan Edwards se pose en favori, tant sa progression des mois précédents est impressionnante. Il est certes détenteur du record du monde avec 17,98 m établis à Salamanque, mais garde un goût amer des 18,43 m qu'il s'était vu refuser à Villeneuve-d'Ascq (un dimanche !) pour cause de vent trop favorable.
17,98 m, deux petits centimètres de moins que cette fameuse barre des 18 mètres... De quoi nourrir l'ambition du Goëland !

Jonathan Edwards s'envole sur la piste suédoise et semble à peine l'effleurer à chacun de ses sauts. D'une pureté technique exemplaire ! Ça y est... 18,16 m... record du monde ! Et ce n'est pas terminé... Moins de 20 minutes plus tard, il récidive avec une marque à 18,29 m ! Le public n'en croyait pas ses yeux : 2 records du monde en autant de sauts ! Jonathan décrira plus tard : « Je volais, j'étais comme sur un nuage » en remerciant Dieu. Avec son superbe deuxième saut, il a relégué le Bermudéen Brian Wellman à 67 cm : le plus grand écart jamais enregistré lors d'une finale d'une compétition internationale. Sans nul doute, Jonathan Edwards a marqué l'histoire de l'athlétisme.
Le parcours difficile vers le titre olympique
Alors qu'on le donnait favori pour les Jeux Olympiques d'Atlanta, Jonathan eut beaucoup de mal à se remettre de son exploit suédois et de la notoriété qui l'accompagnait. Kenny Harrison priva le Britannique du titre olympique en réalisant le concours de sa vie ! Ce qui ne contraria pas outre mesure Jonathan, qui estimait avoir donné le meilleur de lui-même.
Les quatre années qui suivirent seront alternées de hauts et de bas pour le Goëland : blessures, périodes de doute, changement d'entraîneur. « Je n'arrive plus à reproduire ce double mouvement de bras qui m'avait tant aidé à Göteborg », expliqua-t-il. « Et ces dernières années, j'ai connu de grandes déceptions. » Champion d'Europe en 1998, il ne se classa que troisième aux Mondiaux de 1999.

La consécration olympique à Sydney
Après la déception d'Atlanta, Jonathan Edwards comptait bien prendre sa revanche aux Jeux Olympiques ! C'est chez son ami, le triple sauteur israélien Nachum Rogel, qu'il décida de s'entraîner pendant quinze jours. Mais pour ne rien faciliter, il apprend à quelques jours de Sydney le décès de sa belle-mère, atteinte d'un cancer en phase terminale, ce qui l'avait perturbé plus d'une fois durant la saison. Afin de tenter le dernier grand défi de sa carrière, il décide, en accord avec sa femme, de ne pas rentrer en Angleterre. Jonathan avait vraiment sa chance : à première vue, personne n'était susceptible de lui arracher la victoire puisque la discipline n'avait pas vraiment excellé cette année-là.
Ce qui n'empêcha pas Jonathan d'être tendu, même après son saut victorieux à 17,71 m. « Je savais que ce bond pourrait me valoir la victoire, mais il fallait rester prudent », explique-t-il ensuite. « Ce fut un concours très dur. Autant à Göteborg, en 1995, il m'avait semblé aisé de battre le record du monde, autant ce fut difficile ici. Je ne pense pas que j'aie bien sauté ! »

L'émotion de la médaille d'or
« Avant la compétition, j'étais très nerveux, je ne me sentais pas bien. J'ai prié comme un malade. Je savais que c'était ma dernière chance de devenir champion olympique et que j'avais les moyens de gagner. Je voulais désespérément gagner. »
Quand il dut monter sur le podium, il avança lentement et cérémonieusement, comme pour profiter au maximum de l'instant. Il serrait sa médaille dans ses mains. Il avait réussi ! Mais pouvait-il vraiment douter ?
L'adieu aux Mondiaux de Paris 2003
Le 25 août restera sans doute une de ces dates où l'athlétisme perd un grand champion. Jonathan sortit par la petite porte du Stade de France, en décidant d'abandonner après un deuxième saut inachevé. Mais cela ne l'empêcha pas de passer plusieurs heures à répondre aux interviews ! « Je ne sais vraiment pas ce que j'ai ressenti dans la jambe, mais ce n'était pas la cheville qui m'avait perturbé auparavant. Après le second saut, je me suis demandé si cela valait le coup de faire un effort pour obtenir les trois sauts supplémentaires », explique l'athlète. « Après Göteborg en 1995, j'avais dit que je serais heureux même si je ne réussissais plus rien en athlétisme, je n'ai donc aucun regret. »

Un bilan exceptionnel et des projets d'avenir
« C'était ma dernière compétition et l'ovation reçue à ma sortie du stade restera dans mon cœur à jamais. Je ne suis pas triste, juste un peu ému. J'ai le sentiment d'arrêter au bon moment. »
« Je me revois bondir à 15,01 mètres dans un petit collège anglais. J'avais 18 ans », se souvient-il. « Jamais je n'aurais cru que je ferais une carrière comme la mienne. L'athlétisme m'a tout apporté : le confort matériel, la notoriété, les voyages. Je vais maintenant m'investir dans l'athlétisme pour apporter à ce sport ce qu'il m'a donné, tout en laissant d'autres opportunités se présenter. J'espère non seulement laisser des traces par mes résultats, mais aussi par mes qualités humaines. »

L'héritage du Goëland
Mais retiendra-t-on ces deux modestes sauts de 14,06 et 16,31 mètres, indignes du Goëland ? Non, ce qu'on retiendra, c'est ce grand Monsieur au visage de gamin et à la houpette, ce champion humble, fair-play et au cœur d'or, versant des larmes émouvantes en disant : « Mais je ne suis pas triste du tout ! »
Nous, même si l'on est heureux d'avoir suivi ses exploits pendant tant d'années, on ne peut qu'être tristes de savoir qu'on ne reverra plus ses envols effleurant la piste. Après tout ce qu'il nous a apporté, on ne peut dire qu'une chose : « Merci Jonathan, merci... »
À bientôt !