
En battant la Croatie (69-64), les Bleus se sont qualifiés pour les quarts de finale, égalant leur performance d'il y a huit ans (il y a quatre ans, la France avait été éliminée par la Turquie en huitième de finale). Une place dans le top 8 mondial, dont l'équipe de France fait partie depuis les Jeux Olympiques de Londres, qui confirme le titre de Champion d'Europe conquis l'année dernière, même s'il s'agissait d'un minimum selon Vincent Collet : "cette qualification pour les quarts de finale était l'objectif minimum au début de la compétition. C'est déjà pas mal mais on doit être capable de faire plus, d'aller plus loin". Mais quand on sait que le colosse qui se dressera sur son chemin est l'Espagne (vainqueur facile du Sénégal hier soir), on se dit que l'affaire sera des plus compliquée et qu'il faudra en donner beaucoup pour éliminer le pays organisateur, qui ne pense qu'à battre les États-Unis en finale dimanche prochain.

Les jeunes ont pris le relai
Dans tous les cas, il faudra faire un match tout autre que celui d'hier, qui a vu un premier quart-temps médiocre, l'un des pires de l'ère Vincent Collet. Pendant celui-ci, les Bleus ne marquèrent que sept points (7-15 avec un pauvre 2/12 aux tirs après huit minutes), empilant les briques, les tirs forcés et un jeu sans mouvement. Heureusement que les Croates, et surtout Bogdanovic (27 points sur le match), n'en profitaient pas pour prendre le large. Même s'ils retrouvaient un pourcentage moins catastrophique — bien que toujours mauvais (32% à la mi-temps) — c'est surtout par leur défense que les Bleus revinrent dans le cœur du deuxième quart-temps, à tel point que la France passait devant juste avant la pause (23-22). "Cette mi-temps a été mauvaise mais dans des temps aussi faibles, il faut être capable de sauver les meubles, de bien défendre" réagissait Thomas Heurtel.
L'illustration parfaite en est Boris Diaw. Un peu en bisbille avec son shoot depuis le début de la Coupe du Monde, comme ce fut le cas face à la Serbie, il a largement compensé par sa défense stricte et ses contres rageurs qui ont désespéré les derniers quatrièmes de l'Euro. Mais l'intérieur, champion NBA en juin dernier avec les Spurs de San Antonio, n'était pas le seul cadre à galérer. Il était accompagné par Nicolas Batum, très peu à son aise derrière l'arc et voulant trop en faire alors que les siens étaient menés. À sa décharge, il faut tout de même préciser que ses interceptions et ses dunks en contre-attaque ont contribué à l'avance qu'a prise la France dans le troisième quart-temps.
Cependant, ceux qui ont sonné la révolte furent les jeunes pousses de cette équipe de France. Ils ne sont pas encore très connus du grand public, mais sont promis à un avenir brillant. Le premier d'entre eux fut Evan Fournier (13 points). Le jeune joueur, qui évoluera l'année prochaine avec le Magic d'Orlando après deux saisons passées à Denver, a décidé de prendre le jeu à son compte à partir de la seconde moitié du deuxième quart-temps. Il a multiplié les pénétrations, profité des écrans posés par Flo Pietrus et, quand le chemin ne s'ouvrait pas, il shootait. Il fut aussi décisif que face à l'Iran, quand les Bleus se trouvaient en fâcheuse posture après un début de match pour le moins imparfait.
Puis ce fut à Jeoffrey Lauvergne et à Thomas Heurtel (10 points, dont des lancers francs décisifs dans la dernière minute) de porter leur équipe pour revenir au score dans un premier temps, puis pour prendre peu à peu le large pour finalement prendre seize longueurs d'avance à une minute du terme du troisième quart-temps. "C'est bien que les jeunes puissent prendre le relais quand certains cadres ne sont pas dans le coup. Ils apportent tous quelque chose quand ils entrent. C'est encourageant de se dire que l'on peut s'en sortir sans Tony Parker mais surtout qu'une jeune génération talentueuse se profile" soulignait Vincent Collet.

France-Espagne : le duel des quarts de finale
On s'est mis alors à penser que les dix dernières minutes ressembleraient à une simple gestion, sans plus d'intensité que ça, tant les Croates paraissaient incrédules face à ce troisième quart-temps manqué. Nos prévisions aux allures d'espérances prirent rapidement une douche froide. Forcément, c'est plus sympa de gagner quand on se fait un minimum de peur ! On en rigolerait presque si on n'avait pas été si terrifié que ce match passe tout à coup du côté croate sans pouvoir expliquer le pourquoi du comment. Bien sûr, Bogdanovic s'est réveillé et Ante Tomic est devenu redoutable dans la raquette, profitant de sa taille plutôt imposante pour dominer sous le cercle. Mais les principaux responsables de ces frissons sont avant tout les Français. Ils ont donné l'impression de perdre les pédales, de faire n'importe quoi en pensant que le matelas était assez épais pour gagner.
Alors, on a tout vu et, quand on dit tout, c'est vraiment tout. C'est-à-dire des briques pas possibles, des précipitations alors qu'il fallait calmer le jeu et réguler le rythme. Mais aussi des pertes de balles insupportables, dont une incroyable de Thomas Heurtel qui permettait aux Croates de revenir à une seule possession d'écart.
Un relâchement dû à la jeunesse de ce groupe ? Ça joue forcément un peu. "On ne peut pas mettre tout sur le dos des jeunes. Ils n'ont pas l'expérience de ce genre de matches mais le fait est que l'on a toujours beaucoup de mal à jouer un match sur le même rythme, en gardant la même intensité. On fait un bon troisième quart-temps. On se croit à l'abri. On commence à voir une désimplication des gars qui ne donnent pas les mêmes efforts surtout en défense" précisait Collet.
Des cadres de l'équipe comme Mickaël Gélabale allaient à la défense des jeunes : "c'est normal quand on est jeune de s'enflammer un peu dans les temps forts et de gérer beaucoup moins bien les temps faibles. Cela demande de l'expérience. C'est à nous de faire en sorte de recadrer quand ça ne va pas. Ce dernier quart-temps m'a beaucoup énervé parce qu'on a le match en main et on fait n'importe quoi. Pourtant, on sent que cette équipe a un gros potentiel pour faire quelque chose de bien dans ce mondial". C'est sûr qu'il faudra en donner beaucoup plus pour battre l'Espagne à domicile, qui semble à son meilleur niveau. En phases de poules, les Bleus avaient fait illusion pendant près d'un quart-temps (19-19 au bout de neuf minutes) avant de sombrer. Espérons simplement que le scénario ne se répète pas...