

Le désastre du Tour de France 2013 est oublié
L'année dernière, on le voyait traîner littéralement sa peine sur les routes du Tour de France. Il était incapable de répondre aux attaques de Christopher Froome, il ne pouvait pas suivre Quintana et même la roue de Roman Kreuziger, son coéquipier chez Saxo-Tinkoff, se dérobait. Les pourcentages, qui autrefois le faisaient voler, étaient devenus ses ennemis. La montagne lui était moins chaleureuse. Un coup de déprime ? Tout le contraire pour dire vrai. On parlera volontiers de déclic : "Je ne prenais pas autant de plaisir qu'avant la suspension. J'avais l'impression qu'on me regardait autrement, qu'il y avait cette suspicion qui pesait sur mes épaules. Le Tour de France de l'an passé m'a énormément servi. J'étais vraiment en recherche de motivation et le Tour me l'a donnée. C'est dans des moments comme celui-là qu'on se rappelle que le Tour de France est la plus belle des courses".
On a tendance à dire que Tirreno-Adriatico est une course de préparation pour la première grande classique de la saison, Milan-San-Remo, qui se déroulera samedi prochain. C'était d'ailleurs vrai jusqu'à il y a trois ans. Les puncheurs restent présents avec Peter Sagan et Philippe Gilbert entre autres, les sprinteurs également avec Mark Cavendish ou encore André Greipel. Mais cette réputation est clairement en train d'être bouleversée. Aujourd'hui, on y trouve de tout : du plat, de la moyenne montagne, de la haute montagne et un contre-la-montre. On entend même parler, dans quelques conversations, de "petit Giro". Tirreno-Adriatico est une source d'enseignements. En 2011, Cadel Evans remportait le classement général pour s'imposer quelques mois plus tard sur les routes du Tour de France. L'année dernière, c'est Vincenzo Nibali qui s'imposait pour aller écraser la concurrence sur le Giro.

Vainqueur des deux étapes de montagne
Le point d'orgue du Tirreno-Adriatico était le week-end qui profilait deux étapes de montagne qui allaient permettre de décanter le classement général. Deux étapes qu'Alberto Contador remporta haut la main. Samedi, ce fut sur les rampes du Selvarotondo, dans une étape qui amenait à Cittareale. Il y devançait Quintana, Kreuziger et Porte. Mais aussi Bradley Wiggins (vainqueur du Tour en 2012) et Cadel Evans (vainqueur de la Grande Boucle en 2011). Dimanche, dans une étape de haute montagne, il se décida à porter un costume laissé vacant par Marco Pantani. Ce costume est porté par les coureurs solitaires qui n'attendent pas que le nombre de kilomètres restants puisse être compté sur les doigts de la main. Alberto avait prévenu son équipe lors du briefing : "Je vais partir tôt. C'est l'étape reine et on va me voir". C'est alors qu'il partit au Passo Lanciano à plus de trente kilomètres de l'arrivée. Personne ne le reverra. Au final, en haut du Muro de Guardiagrele, Kreuziger laissera plus d'une minute trente, presque deux minutes en ce qui concerne Quintana. Pour les deux anciens vainqueurs du Tour de France en 2011 et 2012, on comptera plus d'un quart d'heure.
En un seul week-end, l'Espagnol gagnait le double de victoires de la saison passée. Ce n'était peut-être que Tirreno-Adriatico. Peut-être que ça ne veut pas dire qu'en juillet il sera sur le devant de la scène. Mais tout de même, il y avait bien plus que deux victoires. Il y eut la manière, le panache. Le même panache dont il avait usé pour mettre Lance Armstrong aux oubliettes en 2009. Son comportement sur le vélo n'est plus tout à fait le même.
Seul l'avenir pourra nous dire si Alberto Contador est capable de tenir la dragée haute à Christopher Froome dans les Alpes ou dans les Pyrénées. La confiance est revenue en même temps que les jambes. C'est bon signe, mais aucune conclusion ne pourra être envisagée avant de voir une confrontation entre le Britannique et l'Espagnol. D'ailleurs, ça tombe bien : il paraît que les deux se retrouveront sur le Tour de Catalogne à la fin du mois. Une bonne occasion de se jauger...