Il aura fallu moins de deux ans pour boucler la boucle. Arrivé à Marseille à l'été 2024 comme la pièce maîtresse du nouveau milieu de terrain voulu par Roberto De Zerbi, Pierre-Emile Højbjerg est aujourd'hui la variable d'ajustement numéro un d'un club contraint de vendre pour respirer. Newcastle pousse, la Juventus guette, et l'OM, résigné, regarde son cadre s'éloigner. Bienvenue dans l'économie réelle du football français.

L'aimant Premier League : pourquoi Højbjerg reste une valeur sûre outre-Manche
Avant de parler de Marseille, parlons de Londres et de Southampton. Parce que c'est là que se joue une partie de l'explication. Højbjerg, c'est 134 matchs de Premier League avec Southampton entre 2016 et 2020, puis 184 rencontres sous le maillot de Tottenham, pour 10 buts et 16 passes décisives. Quatre saisons pleines dans le club londonien, avec des entraîneurs comme José Mourinho et Antonio Conte. Un CV que les clubs anglais connaissent par cœur.
C'est précisément ce parcours qui explique l'intérêt de Newcastle. Selon la presse anglaise, les Magpies ciblent le Danois pour renforcer un entrejeu qui pourrait perdre Bruno Guimaraes et Sandro Tonali. Le profil correspond à un besoin précis : un milieu capable de structurer le jeu, de récupérer des ballons et de tenir la distance dans un championnat où l'intensité ne faiblit jamais. Højbjerg coche toutes les cases, et son expérience de 36 matchs de Coupe d'Europe ne gâche rien.
Le paradoxe, c'est que ce même joueur, taulier éprouvé de la meilleure ligue du monde, n'a pas réussi à s'imposer comme le patron attendu à Marseille. Et c'est là que le bât blesse.
Le paradoxe marseillais : du sauveur au sacrifié en dix-huit mois
Reprenons la chronologie. À l'été 2024, l'OM officialise l'arrivée de Højbjerg sous forme de prêt avec option d'achat obligatoire, pour un montant avoisinant les 15 millions d'euros. Le profil a été validé personnellement par Roberto De Zerbi, qui l'avait observé de près en Premier League du temps où il entraînait Brighton. Le coach italien veut reconstruire son entrejeu selon ses principes, et le Danois, formé au Bayern Munich, passé par Southampton et Tottenham, incarne la garantie technique et l'expérience recherchées.

Sur le papier, c'est un coup parfait. Sur le terrain, la mayonnaise ne prend pas comme espéré. Les performances du Danois sont jugées en dents de scie, parfois solides mais rarement impériales. Le joueur de 30 ans évolue dans un secteur où l'alchimie peine à se créer : Angel Gomes et Geoffrey Kondogbia connaissent des absences ou des baisses de régime, les jeunes manquent de constance. Résultat : le milieu marseillais, censé être la colonne vertébrale du projet, donne l'image d'un chantier permanent.
La question qui divise désormais dans les coulisses de la Commanderie est simple : faut-il conserver un cadre de 30 ans dont le rendement déçoit, ou anticiper un départ pour mieux reconstruire ? L'OM, lui, a déjà fait son calcul.
L'OM face à l'urgence : la stratégie du dégraissage
Le contexte économique est sans appel. L'Olympique de Marseille est contraint d'alléger sa masse salariale et de dégager des liquidités. Le club envisage le départ de plusieurs cadres pour renflouer ses caisses, et Højbjerg figure en tête de liste. Un scénario que l'on connaît bien dans le football français : vendre ses meilleurs actifs pour équilibrer les comptes, quitte à fragiliser l'équipe sur le plan sportif.
Cette logique n'est pas propre à l'OM, comme le montre l'analyse du mercato lensois : le départ de Mamadou Sangaré pour 40 millions révèle la nouvelle stratégie financière des clubs français, obligés de transformer leurs talents en liquidités pour survivre. Le football hexagonal est devenu un vivier pour les ligues plus riches, et la Premier League en est la principale bénéficiaire. Avec près d'un milliard déjà dépensé cet été, le championnat anglais écrase tout sur son passage, et les clubs français n'ont d'autre choix que de s'adapter.
Dans ce contexte, la vente de Højbjerg prend tout son sens. Le joueur a été acheté autour de 15 millions d'euros. Une offre avoisinant les 20 millions se présenterait, l'OM ferait une plus-value confortable en à peine deux saisons. C'est le modèle économique du club : acheter, faire jouer, revendre avec une marge. Le problème, c'est que ce modèle a un coût sportif.
L'alternative italienne : la Juventus en embuscade
Newcastle n'est pas seul sur le coup. La Juventus multiplie les signaux d'intérêt et pousse pour un transfert dès le mercato d'hiver. Selon Goal.com, l'OM serait résigné à laisser partir son milieu si une offre de 20 millions d'euros se présente. D'autres clubs de Serie A suivraient également le dossier de près.
Cette concurrence entre Premier League et Serie A est une aubaine pour Marseille. Elle permet de faire monter les enchères et de négocier en position de force relative. Mais elle expose aussi la réalité : l'OM n'est plus qu'un tremplin, une salle d'attente pour des joueurs qui rêvent de revenir vers des championnats plus lucratifs. Et Højbjerg, qui a connu le confort de la Premier League pendant huit ans, ne fait pas exception.
Le Danois le plus français : un départ qui laissera des traces
Il y a pourtant une dimension humaine dans ce dossier que les chiffres ne capturent pas. Højbjerg, c'est le Danois le plus français de la planète. Né d'une mère française et d'un père danois, il passait ses étés chez ses grands-parents en Bourgogne. Il parle parfaitement la langue, au point que son intégration à Marseille avait été présentée comme une formalité. « Je suis fier d'avoir ces deux cultures », confiait-il à L'Équipe avant la Coupe du monde 2022.
Il est aussi très proche d'Hugo Lloris, avec qui il a partagé le vestiaire de Tottenham de 2020 à 2023. Un lien qui aurait pu l'ancrer durablement dans le football français. Mais les affinités culturelles ne pèsent pas lourd face aux impératifs budgétaires.
Le club travaille d'ailleurs déjà sur la succession. Selon les informations de L'Équipe, la cellule de recrutement marseillaise cherche un milieu capable de compenser un éventuel départ, avec l'idée de ne pas fragiliser un entrejeu déjà sous tension. Le nom de Matteo Guendouzi, en difficulté à la Lazio Rome, circule parmi les pistes étudiées. Un retour de l'ancien Marseillais aurait une saveur particulière, mais il ne réglerait pas le problème de fond.
Car au-delà du cas Højbjerg, c'est bien la question de la soutenabilité du modèle marseillais qui se pose. Vendre un cadre pour équilibrer les comptes, c'est accepter de repartir chaque saison avec un effectif en reconstruction. C'est le choix de la survie financière sur la performance sportive. L'OM a déjà connu ce cycle : il achète cher, vend sous pression, et tourne en rond. Le départ de Højbjerg, s'il se confirme, ne fera que prolonger cette mécanique.
Le dilemme est cruel : garder un joueur dont les performances déçoivent mais qui apporte une vraie structure, ou le vendre pour renflouer les caisses et risquer de fragiliser encore un peu plus l'équipe. Marseille a visiblement fait son choix. Reste à savoir si ce choix, imposé par la réalité économique, ne sera pas payé au prix fort sur le terrain.