
Sur le coup, personne, à part les intéressés, n'a trop su ce qui venait de se passer. On ne pouvait penser que le démarreur de l'armada britannique ait pu manquer son départ, qu'il n'ait pas réussi à emmener son énorme braquet. Cette hypothèse n'avait aucune chance d'être la bonne, c'était impossible. Ce jeune, Philip Hindes, les Anglais le cherchaient depuis longtemps, car ce qu'il faut savoir, c'est que l'équipe de Grande-Bretagne a eu besoin de quatre ans, les quatre années entre Pékin et Londres, pour trouver celui qui serait capable de compléter le duo Kenny-Hoy. Cela ne fait que quelques mois que Philip Hindes fait partie de l'équipe britannique.
Ils auraient dû être disqualifiés
Il était donc impossible que ce soit lui qui puisse faire vaciller toute la mécanique des champions olympiques en titre qui devait, qui était dans l'obligation de gagner chez elle, dans le royaume d'Élisabeth. On se concentrait alors sur le problème technique, le problème mécanique et on en serait resté là ; on finissait deuxième derrière des adversaires trop forts, des Britanniques ayant écrasé tout le tournoi, des qualifications à la finale. Seulement, le lendemain, Philip Hindes, d'une naïveté due peut-être à son jeune âge, fit une confession des plus dangereuses. Sans le cacher, il admettait que lui et ses compères Jason Kenny et Chris Hoy n'ont pas dominé toute la journée. Si Philip Hindes se laisse tomber, c'est parce qu'il prend un mauvais départ et d'un seul coup, ce qui semblait impossible le devient.
Le pire, c'est que cet acte ne répond pas à un réflexe qui aurait pu attirer ou entraîner de l'indulgence. Cela aurait été possible que, se voyant parti de la pire des manières et n'ayant pas envie de décevoir tous les espoirs d'une nation dont tous les regards, même ceux du prince héritier du trône, se tournaient vers eux, il se laisse tomber pour feindre un quelconque souci d'ordre technique. Mais le fait que cet acte soit délibéré, comme l'avoua Hindes — « on s'était dit que si on manquait le départ, il faudrait tomber pour recommencer » —, montre qu'avec un tel départ, ils n'étaient pas qualifiés pour la suite. Au lendemain de l'exclusion de joueuses de badminton pour avoir fait exprès de perdre leur dernier match pour affronter des adversaires plus abordables, l'affaire montre qu'avec une organisation olympique britannique, c'est deux poids, deux mesures. Et dire que ce sont les mêmes qui ont inventé le terme « fair play ». Faites ce que je dis mais pas ce que je fais...