Les joueurs du PSG et d'Istanbul Basaksehir, portant des t-shirts "No to Racism", posent un genou à terre avant le coup d'envoi d'un match de Ligue des champions.
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Le genou à terre n'a jamais été un rituel du football français

Aucun protocole de génuflexion n'est documenté en Ligue 1, et la Ligue des champions n'a connu le geste que de façon ponctuelle. Le genou à terre est un rituel anglais, limité depuis 2022 à quelques dates ; en France, les refus ont porté sur le maillot arc-en-ciel, retiré en mars 2026.

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Aucun protocole de génuflexion avant les rencontres de Ligue 1 n'est documenté, et la Ligue des champions n'a connu le geste que de façon événementielle. Les refus spectaculaires qui ont défrayé la chronique viennent d'Angleterre, où la Premier League a instauré la génuflexion en 2020 avant de la raréfier, puis de la voir contestée par une poignée de joueurs. En France, le signe que des joueurs ont refusé de porter n'est pas un genou au sol : c'est un maillot aux couleurs de l'arc-en-ciel. Ce refus-là a fini par l'emporter.

Les joueurs du PSG et d'Istanbul Basaksehir, portant des t-shirts "No to Racism", posent un genou à terre avant le coup d'envoi d'un match de Ligue des champions.
Les joueurs du PSG et d'Istanbul Basaksehir, portant des t-shirts "No to Racism", posent un genou à terre avant le coup d'envoi d'un match de Ligue des champions. - (source)

Un geste américain, devenu anglais

Tout part du 1er septembre 2016, quand Colin Kaepernick et son coéquipier Eric Reid s'agenouillent pendant l'hymne américain pour dénoncer les inégalités raciales et les violences policières. Reid justifie ce choix : une posture "comme un drapeau en berne pour marquer une tragédie". Le geste traverse l'Atlantique après la mort de George Floyd, en 2020, et devient un rituel collectif dans le football anglais : de nombreux clubs le pratiquent avant le coup d'envoi pendant la saison 2020-2021.

Le geste est aussitôt sifflé par une partie des tribunes, et la classe politique britannique s'en mêle. En juin 2020, le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab y voit "un symbole de soumission et de subordination" plutôt que "de libération et d'émancipation", et avoue ne pas savoir d'où vient le geste : il évoque Game of Thrones. À l'Euro 2021, l'Angleterre s'agenouille avant chaque match et se fait huer ; Boris Johnson et Priti Patel refusent de condamner les sifflets ; un député conservateur annonce qu'il ne regardera plus les matchs. Les joueurs, eux, tiennent bon jusqu'au bout de la compétition.

Quatre joueurs de football, dont trois en maillot rouge et blanc d'Arsenal, posent un genou à terre sur la pelouse avant un match, avec un public flou en arrière-plan.
Quatre joueurs de football, dont trois en maillot rouge et blanc d'Arsenal, posent un genou à terre sur la pelouse avant un match, avec un public flou en arrière-plan. - (source)

Côté français, l'épisode le plus célèbre est aussi le plus isolé. Le 9 décembre 2020, avant la reprise du match PSG-Basaksehir, les joueurs des deux équipes et les nouveaux arbitres posent un genou au sol, la plupart le poing levé, l'écran du Parc des Princes affichant "No to racism/Respect". La rencontre avait été interrompue après un quart d'heure, l'entraîneur adjoint d'Istanbul Basaksehir Pierre Achille Webo s'étant emporté après avoir été désigné comme "un noir" par un arbitre assistant. L'UEFA avait reporté les 76 minutes restantes et remplacé les quatre arbitres. Un geste de crise, pas de calendrier.

Chez les Bleus, l'histoire s'arrête à une annonce. Hugo Lloris annonce que l'équipe posera un genou avant France-Allemagne, à l'Euro 2021 ; plusieurs responsables de droite et d'extrême droite s'insurgent, un hashtag de boycott circule. Finalement, les Français renoncent, sans explication publique. Le seul lien récent entre génuflexion et Ligue des champions tient à une phrase : Marc Guéhi, avant un match de C1 avec son club, a expliqué que le geste avait "perdu de son sens".

Août 2022 : les capitaines raréfient eux-mêmes le geste

Le premier coup porté au rituel anglais ne vient pas de ses adversaires. À l'été 2022, les capitaines des vingt clubs de Premier League annoncent qu'ils ne poseront plus le genou automatiquement. La Ligue relaie : les joueurs ont choisi "des moments précis de la saison" pour "amplifier le message que le racisme n'a pas sa place dans le football ou la société". Sept dates sont retenues pour 2022-2023 : premières et dernières journées, Boxing Day, deux journées de la campagne No Room For Racism en octobre et mars, finales de League Cup et de FA Cup à Wembley. Les capitaines assument : "Nous avons décidé de sélectionner des moments significatifs [...] afin de souligner notre unité contre toutes les formes de racisme.".

Le raisonnement est explicite, et ce n'est pas un recul idéologique : à force d'être répété avant chaque match, le geste s'est banalisé. RMC Sport le résume ainsi : le petit rituel "semblait avoir perdu en puissance". Depuis, la Premier League a maintenu le principe sur un petit nombre de rendez-vous, dont les journées No Room For Racism d'octobre et d'avril.

"Il a perdu de son sens" : les refus de l'automne 2025

Pendant la campagne No Room For Racism d'octobre 2025, plusieurs joueurs sont restés debout quand les autres posaient un genou : Marc Guéhi, Issa Diop, Ainsley Maitland-Niles, Dominic Calvert-Lewin, Tyler Adams. Guéhi, encore lui, applaudit à la place du geste avant Manchester City-Aston Villa, après avoir déjà refusé avant un match de Ligue des champions contre l'AEK Athènes.

Les justifications varient, et les raisons de certains ne sont pas connues. Celle de Calvert-Lewin a été relayée par son entraîneur à Leeds, Daniel Farke : "Dom se dit, en gros : "Non, je ne m'agenouille pas. Je témoigne mon respect en restant debout". Avant d'ajouter : "Chaque individu est différent et exprime son soutien à cette campagne à sa manière."

Le précédent est connu. En 2021, Wilfried Zaha, premier joueur de Premier League à cesser le geste, déclarait : "Pour moi, mettre un genou à terre est humiliant. Mes parents m'ont appris, dès mon plus jeune âge, à être fier d'être noir, quelles que soient les circonstances. Je pense donc que nous devrions simplement rester debout, la tête haute.". À l'époque, Middlesbrough, Millwall, QPR, Brentford et Derby avaient aussi abandonné la génuflexion, certains choisissant de se tenir bras dessus, bras dessous à la place.

La même logique a prévalu chez les Anglaises après les insultes racistes contre Jess Carter, en juillet 2025 : l'équipe ne poserait plus le genou, le geste ne faisant plus "ce qu'on veut qu'il fasse", selon Georgia Stanway.

En Ligue 1, le signe contesté est l'arc-en-ciel

En France, la contestation a porté sur un autre symbole, et elle a duré plus longtemps. Depuis 2019, la LFP consacre une journée de championnat à la lutte contre l'homophobie, autour du 17 mai. D'abord des brassards arc-en-ciel pour les capitaines, puis des numéros aux couleurs de l'arc-en-ciel en 2021-2023, puis un simple badge arc-en-ciel sur la manche à partir de 2024. Chaque année ou presque, des joueurs ont refusé : Mostafa Mohamed en 2023, invoquant ses "croyances personnelles" avant d'être sanctionné financièrement par Nantes ; Mohamed Camara en 2024 ; puis, en mai 2025, Ahmed Hassan et Nemanja Matic, qui ont recouvert le message d'un adhésif (deux matchs fermes plus deux avec sursis, et une action de sensibilisation à suivre dans les six mois). Jonathan Gradit, lui, a écopé d'un match ferme pour une insulte homophobe envers Krépin Diatta le jour même.

La réponse institutionnelle a donc été disciplinaire. Elle n'a pas suffi : en mars 2026, la LFP a supprimé l'arc-en-ciel des maillots. Yoann Lemaire, ancien joueur ouvertement gay et fondateur de Foot Ensemble, partenaire de la Ligue, assume le paradoxe : l'arc-en-ciel, "je trouvais cela très utile, le sujet n'était plus caché", mais "on a été égoïste, à aucun moment on n'a pensé à demander l'avis du microcosme du football". Il parle d'un "pas de côté". Du côté des associations LGBT+, Bertrand Lambert (PanamPride FC) dénonce : "Une fois de plus, on nous demande de nous invisibiliser.".

Le pari des prénoms

Dernier dispositif en date : en avril 2026, lors de la 31e journée de Ligue 1 et de la 32e de Ligue 2, les joueurs ont porté le prénom d'une victime de racisme, d'homophobie, de sexisme ou d'antisémitisme. Trente-quatre prénoms ont été retenus avec Her Game Too, Foot Ensemble et la Licra. Chacun a choisi sans connaître l'histoire du prénom qu'il arborait.

Jérôme Belaygue, directeur communication et RSE de la LFP, refuse l'idée d'un recul : "On aura plus d'impact en mêlant les discriminations, il ne s'agit pas d'invisibiliser une discrimination plutôt qu'une autre, mais d'avoir un discours qui va être mieux reçu.". Abel Boyi (Tous Uniques, Tous Unis) insiste sur l'adhésion des joueurs, y compris leurs "blessures" : "Si on arrive à trouver ce carrefour où ils vont s'engager, on a gagné.".

La critique la plus solide vient de ceux qui soutiennent la cause. Lemaire la formule sans détour : certains joueurs "qui sont homophobes vont porter le maillot d'une victime d'homophobie", et l'apprendront après le match. Jeff Puech (Fondation pour le sport inclusif) pose le principe : "On ne peut pas imposer la lutte contre une discrimination à quelqu'un s'il ne la ressent pas, quelle qu'elle soit.".

Ce que le refus déplace

La comparaison des deux pays éclaire une même contrainte. Un signe obligatoire cesse vite d'être un message : c'est l'argument des capitaines anglais en 2022, et c'est le constat que font, en creux, les associations françaises qui ont vu l'arc-en-ciel se transformer en test de conformité. Sanctionner produit de la conformité, pas de l'adhésion. La LFP a infligé des matchs de suspension et perdu le signe visible ; elle a préféré changer d'outil plutôt que de défendre un symbole devenu champ de bataille.

Mais le remplacement a un coût, et il est double. Pour les personnes concernées, un dispositif individualisé et narratif rend le refus invisible : on peut désormais se conformer sans adhérer, ce qui affaiblit la lisibilité du geste, l'inverse exact de ce que produisait la génuflexion, où le joueur qui restait debout était immédiatement identifié. Pour les joueurs, l'affaire a aussi révélé une hiérarchie implicite des causes. Le Figaro rapporte des propos que Jonathan Clauss a tenus à L'Équipe en 2025 sur certains joueurs "qui ne veulent pas entendre parler d'homosexualité". Le quotidien ajoute que d'autres estimaient qu'il n'y avait pas autant d'engagement dans la lutte contre le racisme, opposant les deux combats ; Clauss, lui, appelait à s'impliquer sur tous les sujets : "Venez, on s'implique sur les sujets". C'est un témoignage, pas une mesure : il n'existe aucune statistique publique du refus, en Angleterre comme en France.

Les deux ligues ont répondu en sens inverse à la même question. L'Angleterre a gardé le geste en le raréfiant, la France a retiré le symbole au nom du dialogue ; les deux partent du même constat - un signe qu'on ne peut plus refuser ne dit plus grand-chose - et aboutissent à deux façons de rendre le message audible : par l'exception, ou par le récit intime.

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Questions fréquentes

Le genou à terre était-il un rituel avant les matchs de Ligue 1 ?

Non. Aucun protocole de génuflexion avant les rencontres de Ligue 1 n'est documenté. En Ligue des champions, le geste est resté événementiel, comme avant la reprise de PSG-Basaksehir le 9 décembre 2020.

Pourquoi certains joueurs de Premier League refusent-ils de poser un genou ?

Les justifications varient, les raisons de certains joueurs ne sont pas connues et il n'existe aucune statistique publique du refus. Marc Guéhi a estimé que le geste avait "perdu de son sens" ; Dominic Calvert-Lewin, selon son entraîneur Daniel Farke, dit témoigner son respect en restant debout ; en 2021, Wilfried Zaha jugeait le fait de poser un genou à terre "humiliant".

Pourquoi la Premier League a-t-elle limité le genou à terre à partir de 2022 ?

Les capitaines des vingt clubs ont décidé en août 2022 de ne plus le faire automatiquement. Ils ont retenu sept dates pour la saison 2022-2023 afin de "souligner notre unité contre toutes les formes de racisme". Le geste, répété avant chaque match, avait perdu en puissance.

Quel symbole les refus de joueurs ont-ils visé en Ligue 1 ?

Le maillot arc-en-ciel de la journée contre l'homophobie. Mostafa Mohamed a invoqué ses "croyances personnelles" en 2023 ; en 2025, Ahmed Hassan et Nemanja Matic ont recouvert le message d'un adhésif et ont été suspendus deux matchs fermes plus deux avec sursis. La LFP a retiré l'arc-en-ciel des maillots en mars 2026.

Qu'a mis en place la LFP après avoir retiré l'arc-en-ciel ?

Lors de la 31e journée de Ligue 1 et la 32e de Ligue 2, en avril 2026, les joueurs ont porté le prénom d'une victime de racisme, d'homophobie, de sexisme ou d'antisémitisme. Trente-quatre prénoms ont été sélectionnés avec Her Game Too, Foot Ensemble et la Licra ; chaque joueur choisissait sans connaître l'histoire du prénom. Selon Yoann Lemaire, des joueurs homophobes peuvent ainsi porter le prénom d'une victime d'homophobie sans le savoir.

Sources

  1. Une campagne contre le racisme sur tous les terrains ce week-end · 20minutes.fr
  2. Le Graët « froissé » par les avocats de Mbappé au sujet des droits d ... · 20minutes.fr
  3. Discriminations dans le football : le président du HAC annonce faire un choix fort, à contre-courant de la LFP · actu.fr
  4. [PDF] LE MYTHE DE LA FRANCE RACISTE · astrid-online.it
  5. Un genou à terre pour protester contre le racisme - Clermont Foot 63 · clermontfoot.com
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Rayan Corbot @court-side

Fan de basket et de foot depuis tout petit, j'ai grandi sur les terrains de Marseille. Aujourd'hui je coache des jeunes le week-end et je ne rate jamais un grand match. Pour moi, le sport, c'est avant tout des histoires humaines.

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