
La Fédération Française de Savate Boxe Française et Disciplines Associées (FFSBF&DA) traverse une crise de gouvernance. Une décision disciplinaire du 8 juin 2026 a radié son ancien trésorier et lui a infligé 25 000 euros d’amende, tandis qu’une Assemblée Générale de révocation est fixée au 29 août 2026. Cet article s’appuie sur des procès-verbaux, des courriels, cette décision disciplinaire et deux argumentaires opposés concernant la révocation. La note citée présente notamment la position de Kévin Albertus, ancien trésorier et partie au conflit. Une demande de réaction a été adressée à la Fédération le 21 juin 2026 au moyen de son formulaire officiel ; aucune réponse n’avait été reçue avant publication.
Licences et déficit 2025 : deux séries de chiffres au cœur de la crise
Pour l’exercice clos le 31 décembre 2025, la note et les pièces transmises font état d’un déficit de 185 000 euros. Les comptes certifiés et une série historique complète n’ont pas été obtenus, ce qui ne permet pas de qualifier ce déficit d’« historique ». Les chiffres de licences proviennent, eux, de documents établis à des dates différentes.

Des chiffres de licences datés, sans causalité établie
La note du 27 mai 2026 donne 48 337 licenciés et une baisse de 4 358 licences au 31 décembre 2025, qu’elle présente comme « deux fois la moyenne nationale des fédérations non olympiques ». Elle chiffre la baisse à 5 990 licences à la date de sa rédaction. Un courriel du 1er juillet 2026, postérieur à la première publication, avance pour sa part 50 580 licenciés et une perte d’environ 5 500 licences. Ces données datées ne sont pas présentées comme une série homogène.

La discipline, pourtant riche d’une histoire bicentenaire, figure à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel.
Comptabilité et commissaire aux comptes : un désaccord sur l’accès aux informations
La note documentaire qualifie d’« opacification progressive » les difficultés d’accès du trésorier aux informations comptables qu’elle décrit et conteste le non-renouvellement du commissaire aux comptes. Ces éléments établissent l’existence d’un désaccord, mais ne démontrent ni une irrégularité comptable ni une dissimulation.

Le paradoxe est frappant. Alors que la note fait état d’un déficit de 185 000 euros pour 2025, la fédération porte un projet immobilier ambitieux baptisé « Maison de la Savate », présenté comme structurant pour l’avenir de la discipline. Comment concilier ce déficit et un investissement immobilier de cette envergure ? La question reste ouverte, faute de documents comptables publics détaillés.
Les clubs, eux, s’interrogent. Le procès-verbal établit la présentation du projet et reproduit une résolution 7 intitulée « Approbation du projet “Maison de la Savate” : Achat d’un local et du financement en fond propre ». Le résultat affiché est de 47,61 % pour, 45,99 % contre et 6,4 % d’abstention. La note interprète ce vote comme limité à l’achat du local et à son financement, puis affirme que le périmètre financier a « évolué de manière substantielle, sans validation formelle des instances compétentes ». L’argumentaire opposé présente au contraire la Maison de la Savate comme un investissement immobilier et la création d’une marque destinée à produire des recettes.
Huit départs parmi les cadres techniques et salariés, six démissions au Comité Directeur
Selon la note, huit départs au total ont touché la direction technique nationale et l’équipe salariée en moins d’un an, dont quatre cadres techniques sur neuf. Séparément, six membres du Comité Directeur ont démissionné le 7 mars 2026.

La section « Ressources Humaines » de la note décrit des arrêts maladie, une désorganisation du fonctionnement quotidien et une accumulation de départs sur un temps court. Elle présente les démissions au sein du Comité Directeur et des commissions comme des désaveux de la gouvernance en place.
Projet Maison de la Savate : l’opération immobilière au cœur de la défiance
Si la crise actuelle a des causes multiples, la note situe l’un de ses principaux points de départ dans le projet « Maison de la Savate ». Présenté comme le futur écrin de la discipline, ce projet immobilier est devenu le symbole des dérives de gouvernance qu’elle dénonce. C’est autour de ce dossier qu’elle fait émerger les premières suspicions de conflits d’intérêts. C’est aussi sur ce terrain que la défiance entre une partie des clubs et la direction s’est cristallisée, chacun campant sur des positions irréconciliables.
Un périmètre financier contesté

La note documentaire est catégorique : « Les objectifs, le périmètre et les implications financières ont évolué de manière substantielle, sans validation formelle des instances compétentes. » Selon elle, le projet mis en œuvre ne correspond plus au périmètre qu’elle attribue au vote de l’Assemblée Générale. L’argumentaire opposé présente au contraire le local et la marque comme deux investissements destinés à consolider les ressources de la fédération.
La note présente ce glissement comme le premier signal d’alarme d’une gouvernance qui s’affranchirait du contrôle collégial. Elle affirme que les instances chargées de valider les grandes orientations — Comité Directeur, Assemblée Générale — ont été contournées ou mises devant le fait accompli.
Le désaccord porte moins sur le projet immobilier en lui-même que sur la méthode employée pour le mener. La note affirme que les instances délibératives n’ont pas été consultées sur son évolution. L’argumentaire opposé soutient au contraire que les décisions ont été votées en Comité Directeur.
Soupçon de conflit d’intérêts autour d’un prestataire

La note documentaire évoque une « suspicion de conflits d’intérêt caractérisés » autour du projet immobilier et l’attribue au recours envisagé à la société FBI. Elle renvoie au lien familial mentionné dans le courriel interne, à la situation juridique de l’entreprise et aux conditions financières de la prestation, détaillés ci-dessous.
Un courriel interne établit qu’une prestation de 42 000 euros HT par an pendant trois ans était envisagée avec la société FBI. Son gérant y est présenté comme l’oncle du vice-président et comme « sortant de sa retraite ». La société avait décidé sa dissolution volontaire le 18 avril 2025 et se trouvait en liquidation amiable, situation connue de plusieurs dirigeants. Dans l’échange, le président soutenait qu’elle pouvait poursuivre son activité jusqu’en avril 2028 ; l’auteur du courriel le contestait. La note présente cette séquence comme un soupçon de conflit d’intérêts.
Dans un courriel, l’ancien trésorier affirme que du matériel provenant de partenaires et équipementiers aurait été envoyé au Pakistan avant la résiliation ultérieure de leurs contrats. Le président, dans un courrier aux clubs du 20 janvier 2026, confirme et justifie l’envoi de « modèles » en affirmant que « l’envoi de modèles à un fabricant dans le cadre d’une production sur mesure est une pratique courante et légale dans l’industrie textile sportive ». Les opposants y voient une utilisation contestable des biens des partenaires.
Face à ces accusations, la gouvernance a apporté des réponses, reprises dans la section dédiée de la note documentaire. Mais ces justifications n’ont pas convaincu les opposants. Les pièces documentent les changements apportés au projet, les désaccords sur leur validation et les liens personnels évoqués autour du prestataire.
Gouvernance contestée : trésorier radié et recomposition du comité directeur
Du projet immobilier, la crise a glissé vers les méthodes de gouvernance. Kévin Albertus, le trésorier radié, parle d’une « dérive autocratique et oligarchique ». La note documentaire décrit un « verrouillage » des contre-pouvoirs, leur « neutralisation » et une « recomposition délibérée » du Comité Directeur. Ces qualifications expriment la position d’une partie au conflit.
Radiation de Kévin Albertus et amende de 25 000 €
La décision disciplinaire du 8 juin 2026 prononce, à compter du 12 juin, la radiation de Kévin Albertus et une amende de 25 000 euros. La commission fédérale retient cinq catégories de griefs : comportement agressif et intimidant envers la présidente de la FISav ; campagne de dénigrement public et atteintes à l’image de la Fédération ; promotion d’une structure concurrente, la Professional Savate Fédération ; comportement irrespectueux envers un licencié ; enfin, obstruction, ingérences et manquements durables au devoir de loyauté.

Le site officiel de la FFSBF&DA confirme la radiation et l’amende. Les cinq catégories résument les griefs retenus par la commission fédérale ; elles ne constituent pas des faits judiciairement établis. La décision prévoit un délai d’appel de sept jours à compter de sa réception et précise que cet appel n’est pas suspensif.
Albertus conteste l’impartialité de la commission et de l’instructeur, la régularité de la procédure ainsi que son accès aux pièces. Il présente la sanction comme politique, liée à ses demandes d’informations financières et à son soutien à l’Assemblée Générale de révocation. La commission rejette ces contestations et affirme avoir statué sur des comportements disciplinaires.
Comité directeur : une recomposition dénoncée par la note
La note documentaire dénonce une « recomposition délibérée de la majorité du CD entre deux votes pour destituer la secrétaire générale ». Les pièces qu’elle décrit situent une première motion à l’automne 2025 et une seconde en mars 2026, après des nominations ayant modifié les équilibres du Comité Directeur.
Ce n’est pas un cas isolé selon la note, qui décrit des « instances de contrôle internes verrouillées par des proches de la gouvernance actuelle » et interprète plusieurs nominations comme un verrouillage. L’argumentaire opposé affirme au contraire qu’il n’y a pas eu de dysfonctionnement démocratique et que les décisions ont été votées au Comité Directeur.
Les désaccords ont alors été portés devant le ministère, le CNOSF et les juridictions.
Moyens fédéraux et contrôle de l’opposition : les accusations de la note
La section « Utilisation des moyens fédéraux et contrôle de l’opposition » de la note accuse la direction d’avoir mobilisé les ressources fédérales contre les opposants, mis en cause des élus et des bénévoles et exercé des pressions institutionnelles.
Selon la note, le site internet, la communication officielle et les fichiers de licenciés auraient été mobilisés contre les contestataires. Elle cite des communiqués mettant personnellement en cause des élus et des courriers adressés à des bénévoles.
264 clubs contre un comité directeur : le combat pour l’Assemblée Générale de révocation
Les clubs ont utilisé la procédure d’Assemblée Générale de révocation prévue par les statuts fédéraux. Deux demandes successives ont été déposées à l’automne 2025. Leur traitement a donné lieu à des contestations sur les signatures, le quorum et les règles applicables. Une première conciliation du CNOSF a porté sur la révision des statuts ; une seconde procédure a concerné la demande suivante avant l’accord ayant conduit à fixer l’assemblée du 29 août 2026.
Deux demandes contestées et une destitution du trésorier
La note documentaire qualifie de « blocage » le traitement de deux demandes d’AG de révocation portées par 241 puis 264 clubs. Pour la seconde, elle indique que 183 signatures sur 264 ont été invalidées et conteste les exigences formelles invoquées pour ces invalidations. Le dossier disponible ne permet pas de vérifier les motifs appliqués à chaque signature ni de trancher leur validité.

Selon la note, le président a refusé la tenue des premières AG demandées sans soumettre la question au Comité Directeur. Elle présente aussi la destitution du trésorier, intervenue « à quelques jours du dépôt officiel de la première demande de révocation du comité directeur », comme une mesure de représailles. Une ordonnance du 3 avril 2026 a suspendu les délibérations du 25 octobre 2025 et ordonné sa réintégration. Un nouveau Comité Directeur convoqué pour le 2 mai a de nouveau voté sa révocation.
Conciliation du CNOSF et AG du 29 août 2026
C’est finalement le CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français) qui a débloqué la situation. Une conciliation a été signée le 15 avril 2026 entre la FFSBF&DA et l’association Toulouse Multi-Boxe, aboutissant à la tenue d’une AG de révocation le 29 août 2026.
Le communiqué officiel de la fédération déclare : « L’AG de révocation est un droit démocratique légitime. Nous ne le contestons pas. » Il expose ainsi la position publique de la Fédération sur l’assemblée désormais fixée.
Les opposants présentent cette assemblée comme l’aboutissement de leur mobilisation et comme une étape avant le vote. Le 29 août 2026, les clubs devront se prononcer sur le maintien ou la révocation du Comité Directeur. Le résultat est incertain.
Saisines des autorités publiques : un statut encore incertain
La FFSBF&DA est une fédération agréée ayant reçu délégation du ministre chargé des sports dans sa discipline et organise notamment les compétitions relevant de cette délégation.
Les documents évoquent des saisines du ministère et du CNOSF ainsi qu’une mission de l’Inspection Générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche. Leur statut exact n’est pas confirmé. Un premier courriel affirme que la mission aurait été suspendue et qu’aucune nouvelle n’en aurait été donnée ; un argumentaire opposé affirme au contraire qu’elle serait maintenue.
Des saisines mentionnées dans la note documentaire
La note recense notamment un courrier collectif adressé le 23 novembre 2025 par 11 présidents de ligue sur 15 au ministère des Sports et à la présidente du CNOSF. Elle indique qu’aucune réponse concrète n’avait été apportée à la date de sa rédaction, le 27 mai 2026.
Arbitres mobilisés, Mondial jeunes maintenu : les tensions sportives
Au-delà des chiffres et des procédures, la crise touche les bénévoles, les athlètes et les cadres techniques. Des arbitres nationaux se sont mobilisés contre les modalités de désignation des officiels. La décision initiale de ne pas participer au Mondial jeunes en Ouzbékistan a été contestée, puis inversée. Un courriel reproduit dans la note attribue par ailleurs au nouveau DTN une phrase que celle-ci qualifie de sexiste.
Mobilisation des arbitres et conflit sur les désignations
La note documentaire décrit une mobilisation du corps arbitral, une réunion le 20 avril et un conflit sur la compétence pour désigner les officiels. Elle rappelle que la Commission Nationale d’Arbitrage assurait cette ventilation depuis 2018, sur le fondement d’un rapport adopté en Comité Directeur puis entériné en Assemblée Générale. Le 20 avril 2026, le Bureau fédéral a autorisé le président et le vice-président chargé de l’arbitrage à désigner conjointement les officiels, avec la faculté de s’adjoindre une personne qualifiée, pour le Touquet et les compétitions nationales placées dans une situation similaire. Une autre résolution permettait le recours à des officiels internationaux pour des championnats de France. L’argumentaire opposé conteste la légitimité du mouvement et invoque des problèmes d’équité dans les désignations antérieures.
Selon la note, une première pétition a recueilli 84 signatures sur 115 officiels nationaux, soit 73 % du corps arbitral. Une deuxième pétition, datée du 10 avril 2026 et signée par 71 officiels, annonçait leur retrait du Championnat de France Assaut du Touquet des 25 et 26 avril.
La bataille du Championnat du Monde jeunes en Ouzbékistan : une décision unilatérale finalement revenue
La pétition Change.org contre la décision de la fédération a recueilli plus de 1 400 signatures. Elle dénonçait le refus initial de laisser les jeunes athlètes français participer au Championnat du Monde Jeunes 2025 en Ouzbékistan.
La pétition contestait l’absence de consultation des clubs, des entraîneurs et des ligues régionales, ainsi que l’évaluation des risques sécuritaires avancée pour justifier la décision initiale.
Selon Albertus, la pression des athlètes et des élus a conduit au revirement. Les jeunes ont finalement participé à leur championnat du monde.
Une phrase attribuée au DTN et qualifiée de sexiste par la note
Un courriel reproduit dans la note attribue à Albert Pernet la phrase : « Je ne comprends pas qu’en tant que femme tu aies laissé cette situation se produire. » La note qualifie cette phrase de sexiste. France-Jeunes n’a pas obtenu le courriel original permettant d’en vérifier indépendamment l’authenticité.
Dans l’argumentaire opposé à la révocation, le DTN est présenté comme estimant qu’un vote favorable pourrait accroître le risque de perte de l’agrément de la fédération. Pour les opposants, cette prise de position démontre la partialité de la direction technique.
29 août 2026 : une assemblée décisive pour la gouvernance
Le 29 août 2026, les clubs de la FFSBF&DA sont convoqués pour une Assemblée Générale de révocation. Ils devront se prononcer sur le maintien ou la révocation du Comité Directeur.
Deux argumentaires opposés avant le vote
Les documents versés au dossier présentent deux lectures opposées des conséquences du vote.
Pour les partisans de la révocation, le vote doit permettre un changement de gouvernance, restaurer la confiance et normaliser les procédures internes.
L’argumentaire opposé invoque l’obligation d’organiser de nouvelles élections sous 90 jours et des difficultés opérationnelles pendant la transition.
L’ancien trésorier résume sa position dans un courriel privé : « Nous basculons petit à petit sur un système autocratique et oligarchique. » Le 29 août 2026, les clubs trancheront entre ces lectures opposées.
Un patrimoine culturel immatériel au cœur des enjeux
La savate boxe française n’est pas un sport comme les autres. Elle figure à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel du ministère de la Culture. C’est la seule boxe « pied-poing » née en Europe, fruit d’une histoire bicentenaire qui mêle traditions populaires, escrime française et culture parisienne.
Ce patrimoine forme l’arrière-plan d’une crise de gouvernance qui dépasse un simple conflit entre dirigeants. Les documents datés font état d’une baisse des licences, sans établir qu’elle serait directement causée par cette crise.
Les clubs, les bénévoles, les athlètes et les arbitres font vivre la Savate au quotidien et transmettent ce patrimoine aux générations futures. Leur vote du 29 août déterminera la gouvernance appelée à poursuivre ce travail.
Conclusion
La balle est dans le camp de la base. Le 29 août 2026, les clubs devront décider s’ils font confiance au Comité Directeur actuel ou s’ils exigent son départ. Cette décision ne suffira pas à résoudre les désaccords de gouvernance, financiers et opérationnels documentés depuis 2025.
La boxe française mérite mieux que cette crise. Elle mérite une gouvernance transparente, des dirigeants responsables et un avenir à la hauteur de son histoire bicentenaire. Le 29 août 2026 constituera une étape importante pour la Fédération.