
Grande amatrice de Formule 1 que je suis, fidèle supportrice de Fernando Alonso, je le pensais compétiteur, sportif et athlète capable d'aller doubler Felipe Massa lui-même lors du Grand Prix d'Allemagne le week-end du 25 juillet. Sur le circuit d'Hockenheim, virage numéro 6, Fernando Alonso double un peu trop facilement Felipe Massa qui mène la course de main de maître depuis le départ.
Une consigne d'écurie controversée
Et pour cause : poussé par ses ingénieurs via la radio, Felipe Massa a dû ralentir et simuler un problème de boîte de vitesses pour laisser le double champion espagnol prendre la tête du GP et ne plus la lâcher jusqu'au drapeau à damiers. "Alonso est plus rapide que toi, confirme-moi que tu as bien compris ?" Le Brésilien, condamné à jouer le rôle de second pilote toute sa carrière (dans le passé Schumacher, puis Räikkönen étaient pilotes n°1), reste muet et s'exécute. Il regarde atterré le taureau des Asturies lui prendre, lui voler sa course.
Même jour, même heure, un an plus tôt, Massa recevait en pleine tête un ressort de suspension de la Brawn GP de Barrichello. Le coma, la vie et la mort, il aurait pu y laisser son œil. Cette victoire qui se profilait était un moyen de prendre sa revanche sur ce 25 juillet 2009 maudit. Il devait s'y attendre lorsque l'Espagnol balance à son écurie "it's ridiculous" (c'est ridicule) quand, plus rapide que Massa, il n'arrive tout de même pas à s'en défaire, tant Felipe résiste et défend sa place bec et ongles.
Ce n'est pas la première fois qu'il est mêlé à ce genre de problèmes. Sous les ordres de Flavio Briatore, Nelson Piquet Jr, alors chez Renault, s'est volontairement crashé dans un mur pour faire gagner une place à Alonso la saison dernière.
[voir : Quand la F1 déraille.]
Des règles bafouées par Ferrari
Les consignes de course sont interdites en Formule 1 depuis 2002. Lewis Hamilton, Jenson Button et bien d'autres l'ont appris à leurs dépens. Si cette phrase prononcée à la radio par Rob Smedley, ingénieur de course chez Ferrari, en direction de Felipe Massa, n'avait pas été prononcée, je reste persuadée que Felipe aurait soulevé son trophée.
Preuve en est : "O.K., mec, bonne chance. Continue comme ça, désolé", lui répond-on en guise de remerciement. Dépité, et on le comprend, il se laisse aller quelques tours. Voyant Vettel revenir à coups de meilleur tour en course, il se ressaisit et signe le doublé Ferrari.
Une victoire sans gloire pour Alonso
Célébrant sa victoire après la ligne d'arrivée, Alonso demande à sa radio ce qu'il est arrivé à Massa. "Je crois qu'il a manqué son changement de vitesse !" Cette hypothèse reste plausible, et encore... Massa avait déjà une cinquantaine de tours derrière lui : comment peut-il louper une vitesse alors que, comme par hasard, Alonso est à ses trousses mais n'arrive pas à le doubler ?
Plus qu'une histoire d'argent, de points ou de trophées, c'est une question d'honneur. Le Brésilien n'aurait jamais dû laisser passer son coéquipier, quitte à déroger aux ordres et aux règles. Si Alonso était un vrai champion, il donnerait sa coupe à celui qui le mérite. La victoire morale est décernée, pour ma part, à Massa.
Quelles sanctions pour Ferrari ?
Toute cette polémique a quelque peu occulté le sport : Vettel complète le podium devant Hamilton, Button et son équipier Webber. Alonso reste cinquième du championnat mais reprend 13 points à Hamilton (157 pts), 15 à Button (143 pts), 10 à Vettel (136 pts) et 17 à Webber (136 pts).
Christophe Malbranque, Jacques Laffite et Jean-Louis Moncet, commentateurs sur TF1, ont été aussi scandalisés par cet événement de course. "What a shame..." (quelle honte...), paroles prononcées par un ingénieur Red Bull. Interrogé par Denis Brogniart (TF1), Stefano Domenicali, directeur de l'écurie, a rejeté toute manipulation du résultat. "Une consigne ? Non. Les temps de Fernando étaient plus rapides", s'est défendu le dirigeant. Peu de crédibilité.
La Scuderia (pilotes, Massimo Rivola, le directeur sportif et Stefano Domenicali) a immédiatement été convoquée devant les commissaires sportifs de la FIA. 100 000 dollars d'amende et un passage devant le Conseil mondial de l'automobile (organe de la FIA) sont prévus.
Ce team, poids lourd de la F1 ces dernières décennies, m'a vraiment déçu. Alonso n'est pas le champion que je croyais. S'il remporte le titre, j'espère qu'il aura un goût amer pour lui ou qu'il aura la gentillesse de remercier son équipier. Enfin, tout mon respect à Massa qui méritait cette course. Se rabaisser à un tel point pour favoriser un autre pilote qui est censé être au même niveau que soi, chapeau. Nous savons désormais que Fernando est pilote n°1 chez Ferrari et qu'il pourra compter sur Massa pour empocher un éventuel titre de champion du monde.