Le 24 mai 2026 restera gravé dans les annales du sport automobile. Felix Rosenqvist a remporté la 110e édition des 500 miles d'Indianapolis avec une marge de 0,0233 seconde face à David Malukas — le plus petit écart jamais enregistré en 110 éditions. Un dépassement par l'extérieur dans les cinquante derniers pieds, une photo-finish qui a fait vibrer les 400 000 spectateurs du Brickyard, et des larmes de joie et de désespoir mêlées. Voici le récit complet de cette course entrée dans la légende.

L'arrivée la plus serrée pulvérise le record de 1992
Tout s'est joué dans la ligne droite principale du dernier tour. Après un restart spectaculaire consécutif à l'accident de Mick Schumacher, Scott McLaughlin menait encore à trois tours du but. Marcus Armstrong, coéquipier de Rosenqvist chez Meyer Shank Racing, a brièvement pris la tête avant que Malukas ne le dépasse. Rosenqvist, troisième à l'entame du dernier virage, a alors lancé sa remontée.

Dans la ligne droite d'un kilomètre, le Suédois a calé sa monoplace dans l'aspiration de Malukas. À 370 km/h, il a plongé par l'extérieur, risquant le contact avec le mur à chaque millimètre. Les deux voitures sont arrivées roues dans roues sur la ligne. Le chronomètre a d'abord affiché Malukas vainqueur, mais les images de la photo-finish ont tranché : le museau de la voiture numéro 60, celle de Rosenqvist, a devancé celui de la Penske numéro 2 de 0,0233 seconde.
Le précédent record datait de 1992, quand Al Unser Jr. avait battu Scott Goodyear par 0,043 seconde. Cette marge a été divisée par deux. Pour donner une idée de la précision, à 370 km/h, 0,0233 seconde représente environ 2,40 mètres. Mais sur une voiture de 5 mètres de long, le nez de la monoplace dépasse de moins de la moitié de la longueur du museau.

Le classement final du top 10
| Position | Pilote | Équipe | Écart |
|---|---|---|---|
| 1 | Felix Rosenqvist | Meyer Shank Racing | 3h05'09''6471 |
| 2 | David Malukas | Team Penske | +0,0233 s |
| 3 | Scott McLaughlin | Team Penske | +0,4205 s |
| 4 | Pato O'Ward | Arrow McLaren | +0,8910 s |
| 5 | Marcus Armstrong | Meyer Shank Racing | +1,2050 s |
| 6 | Colton Herta | Andretti Global | +1,5400 s |
| 7 | Alexander Rossi | Arrow McLaren | +1,8200 s |
| 8 | Scott Dixon | Chip Ganassi Racing | +1,9700 s |
| 9 | Romain Grosjean | Juncos Hollinger | +2,0730 s |
| 10 | Kyle Kirkwood | Andretti Global | +2,2100 s |
Le Français Romain Grosjean a réalisé une course solide pour finir neuvième, à 2,0730 secondes du vainqueur. Une performance honorable mais loin de la gloire.

70 changements de leader : le record absolu de rebondissements
L'Indy 500 2026 n'a pas seulement offert l'arrivée la plus serrée. Elle a aussi battu le record du nombre de changements de leader : 70. Pour comparaison, une édition normale en compte entre 15 et 30. Ce chiffre vertigineux s'explique par une météo capricieuse, des accidents à répétition et des stratégies de ravitaillement complètement chamboulées.
La pluie a fait son apparition à mi-course, provoquant un drapeau rouge de 12 minutes. Pendant cette interruption, les directeurs d'équipe ont ressorti leurs calculettes. Certains ont choisi de ravitailler, d'autres non. Le résultat : un peloton resserré comme jamais, avec des voitures aux stratégies radicalement différentes. À la reprise, c'était la loterie. Chaque tour voyait trois ou quatre pilotes différents en tête.

Les accidents n'ont pas arrangé les choses. Dès le 18e tour, Ryan Hunter-Reay et Katherine Legge sont partis en toupie. Plus tard, Ed Carpenter, Will Power et Josef Newgarden ont été impliqués dans des accrochages. Le plus spectaculaire reste celui de Caio Collet à huit tours de la fin, qui a provoqué un dernier drapeau jaune et préparé le sprint final à un tour.
Le sprint final à un tour : une tradition infernale
L'Indy 500 utilise une règle particulière : quand un drapeau jaune survient dans les derniers tours, la course repart pour un sprint d'un tour (parfois deux) sous régime de « green-white-checkered ». Ce système, conçu pour éviter les fins de course sous voiture de sécurité, transforme chaque édition en roulette russe.
Cette année, le restart est intervenu alors qu'il ne restait que deux tours complets. Armstrong menait, suivi de Malukas et Rosenqvist. Le premier virage a vu Armstrong résister, mais Malukas a passé la surmultipliée dans la ligne droite arrière. Rosenqvist, lui, a attendu le dernier moment. Son dépassement d'Armstrong dans le troisième virage a été chirurgical : il a pris l'intérieur, a laissé sa voiture glisser légèrement vers l'extérieur pour conserver de la vitesse, et s'est retrouvé dans la roue de Malukas à l'entame du dernier tour.

Le champion en titre, Pato O'Ward, termine quatrième. Marcus Armstrong complète le top 5.
Felix Rosenqvist : le parcours d'un miraculé
Felix Rosenqvist n'a pas eu un chemin linéaire vers le sommet. Né le 7 novembre 1991, il a écumé les championnats de formules de promotion en Europe. Champion de Formule 3 européenne en 2015, double vainqueur du Grand Prix de Macao (2014, 2015), il a ensuite tenté sa chance en DTM et en Formule E avant de traverser l'Atlantique.
Ses débuts en IndyCar en 2019 avec Chip Ganassi Racing lui ont valu le titre de Rookie of the Year. Mais sa première victoire n'est venue qu'en 2020, à Road America. Depuis, il a changé d'écurie à plusieurs reprises, rejoignant Meyer Shank Racing en 2024. Cette équipe, moins huppée que Penske ou Ganassi, lui a offert la voiture numéro 60 propulsée par un moteur Honda.

Avant cette course, Rosenqvist n'avait qu'une seule victoire en 119 départs en IndyCar. Les bookmakers le donnaient à 25 contre 1. Pourtant, il avait déjà montré des éclairs de génie sur l'ovale d'Indianapolis : en 2023, il avait réalisé le troisième tour de qualification le plus rapide de l'histoire, à 376,5 km/h de moyenne. Seuls Arie Luyendyk (381,3 km/h en 1996) et Scott Dixon (376,6 km/h en 2022) avaient fait mieux.
La famille comme moteur
La dimension personnelle de cette victoire ajoute une couche d'émotion. Rosenqvist et sa femme ont accueilli leur premier enfant quelques semaines avant la course. « On a plaisanté au début, 'Peut-être que tu gagneras l'Indy 500 et on aura un bébé.' C'est juste irréel », a-t-il confié après la course. Le petit garçon, prénommé Leo, était dans les bras de sa mère dans le paddock quand son père a franchi la ligne.
Cette histoire rappelle celle d'autres pilotes devenus pères juste avant de gagner. Mais le parallèle le plus frappant reste avec Kenny Bräck, le premier Suédois vainqueur de l'Indy 500 en 1999. Bräck, qui avait survécu à un accident terrifiant à Texas Motor Speedway en 2003, était présent dans le stand Meyer Shank Racing pour féliciter son compatriote.
David Malukas : la désillusion pour la deuxième année consécutive
De l'autre côté du paddock, David Malukas, 24 ans, s'effondrait. Pour la deuxième année consécutive, il termine deuxième. « Je ne sais pas ce que je pourrais donner de plus », a-t-il lâché, les larmes aux yeux. Le jeune Américain d'origine lituanienne avait mené la course pendant les derniers tours, maîtrisant parfaitement ses relais. Il a fallu attendre les images de la photo-finish pour comprendre qu'il avait perdu.

Scott McLaughlin, troisième à 0,4205 seconde, résumait l'ambiance : « C'est la course la plus dingue à laquelle j'ai jamais participé. »
Malukas a reçu un soutien massif des fans. Les observateurs ont souligné son talent et sa régularité : deuxième en 2025, deuxième en 2026. À 24 ans, il a tout l'avenir devant lui. Mais perdre deux fois de suite, et surtout par une marge aussi infime, laisse des traces.
Son équipe, Team Penske — la plus titrée de l'histoire de l'Indy 500 avec 20 victoires — n'a pas caché sa frustration. Roger Penske a déclaré : « C'est dur à avaler. David a fait une course parfaite. Parfois, la chance décide. »
L'impact de l'Indy 500 sur la popularité de l'IndyCar
Cette arrivée au millième a été vue par des millions de personnes. Les extraits de la photo-finish ont tourné en boucle sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, le hashtag #Indy500 était en tendance mondiale moins d'une heure après la course. Les influenceurs américains, de la NBA à la NFL, ont relayé la vidéo. Même des médias généralistes comme CNN et Le Monde en ont parlé.
Pour l'IndyCar Series, ce moment tombe à pic. La discipline américaine cherche à gagner en visibilité face à la Formule 1, dont la popularité explose aux États-Unis depuis le succès de la série « Drive to Survive » sur Netflix. Une arrivée aussi serrée, avec un dénouement aussi spectaculaire, prouve que l'IndyCar peut offrir un spectacle que la F1 ne peut pas toujours égaler.
Les jeunes Français, en particulier, ont été nombreux à partager la vidéo. Ce public, habitué aux courses de F1 souvent dominées par un seul pilote, découvre une discipline où l'incertitude règne. Les 70 changements de leader de cette édition sont un argument imparable pour attirer de nouveaux fans.
L'Indy 500, plus grande course du monde ?
L'Indianapolis 500 fait partie du triple couronne du sport automobile avec le Grand Prix de Monaco et les 24 Heures du Mans. Mais contrairement à Monaco, où les dépassements sont rares, et aux 24 Heures, où la stratégie prime sur le sprint, l'Indy 500 combine vitesse pure, stratégie complexe et spectacle pur.
Cette édition 2026 renforce ce statut. Le record d'écart le plus serré, le record de changements de leader, les accidents spectaculaires, la pluie, le sprint final : tous les ingrédients étaient réunis pour une course inoubliable. Les puristes diront que l'Indy 500 n'a jamais été aussi imprévisible.
La tradition du lait, remise au vainqueur depuis 1936, a pris une saveur particulière cette année. Rosenqvist a bu sa bouteille de lait sous les acclamations des 400 000 spectateurs présents dans le « Brickyard ». Un moment simple mais chargé de symboles.
Les réactions des fans et des médias sociaux
Dans l'heure qui a suivi la course, les réseaux sociaux ont explosé. Le compte officiel de l'IndyCar a posté la photo-finish avec la légende : « 0,0233 seconde. C'est tout. » La publication a recueilli plus de 2 millions de likes en moins de 24 heures.
Les mèmes les plus créatifs comparaient l'écart à des situations absurdes : le temps qu'il faut pour cligner des yeux (0,1 seconde), pour qu'un colibri batte des ailes (0,02 seconde), ou pour qu'une Ferrari 812 Superfast passe de 0 à 100 km/h (2,9 secondes, soit 124 fois plus long). Un utilisateur a posté un GIF de Malukas avec la légende : « Moi quand mon réveil sonne et que je dois me lever. »
Les influenceurs du sport automobile, comme l'ancien pilote de F1 Jenson Button, ont salué la performance. « C'est le plus grand finish que j'aie jamais vu en monoplace », a tweeté le champion du monde 2009. D'autres, comme le youtubeur américain Cleetus McFarland, ont publié des vidéos de réaction en direct filmées dans les tribunes.
Conclusion
L'Indy 500 2026 restera comme l'une des plus grandes courses de l'histoire du sport automobile. Felix Rosenqvist, parti de la troisième position dans le dernier tour, a dépassé David Malukas dans les cinquante derniers mètres pour s'imposer par 0,0233 seconde — le plus petit écart jamais enregistré. Avec 70 changements de leader, un drapeau rouge pour pluie et un sprint final à un tour, cette édition a battu tous les records de suspense.
Pour Rosenqvist, c'est l'aboutissement d'une carrière discrète mais solide. Il devient le troisième Suédois à gagner l'Indy 500 après Kenny Bräck et Marcus Ericsson. Pour Malukas, c'est la deuxième désillusion consécutive. Pour l'IndyCar, c'est un argument de vente imparable. Et pour les fans, c'est la preuve que le sport automobile peut encore offrir des moments de pure magie.
La bouteille de lait a été bue, le drapeau à damier a été agité, et les 400 000 spectateurs du Brickyard sont repartis avec une histoire à raconter. Celle du jour où un Suédois de 34 ans, papa depuis quelques semaines, a écrit la plus belle page de l'histoire de l'Indy 500.