
Il est 15 heures, 14 heures heure anglaise, et le public londonien acclame les deux joueurs qui pénètrent sur le terrain pour disputer la finale du plus prestigieux tournoi du monde. D'un côté, Roger Federer, qui sort d'un match impérial face à l'Américain Andy Roddick. De l'autre, Mark Philippoussis, le géant australien que l'on croyait écarté à jamais des courts suite à une triple opération du genou, mais qui a refait surface, plein d'ambitions.
Premier set : un duel acharné au tie-break
Le match débute, et aucun des deux joueurs ne semble vouloir lâcher prise. Le Suisse nous offre une véritable démonstration de tennis pur, sans bavure, et remporte son jeu de service. Mais Philippoussis est lui aussi confiant quant à l'issue de cette finale, et plombe Federer de véritables coups de massue en guise de service. La rencontre est acharnée, et les adversaires remportent tous deux leurs engagements respectifs. Il ne fait aucun doute que ce premier set va se jouer au tie-break.
Roger Federer est friand de ces jeux décisifs : il en a remporté quatre sur quatre tout au long du tournoi. Mark Philippoussis affiche lui une moyenne de quatre sur cinq. Mais le scénario est le même que celui des douze jeux précédents : chaque joueur remporte son service. Soudain, grossière erreur de l'Australien, et Federer prend aussitôt l'avantage. Le public ne s'y trompe pas et encourage les deux joueurs : ce set est capital pour la suite de la rencontre, c'est lui qui va la conditionner. Le Suisse, impassible, saisit sa chance et prend l'ascendant pour gagner la première manche 7 jeux à 6.
Les statistiques de fin de set reflètent parfaitement le Federer impérial présent sur le central : une seule faute directe en treize jeux, et des pourcentages au service ahurissants.
Deuxième set : Philippoussis s'effondre
Le deuxième set est totalement différent. On voit un Mark Philippoussis métamorphosé... dans le sens négatif du terme. C'est une succession de fautes directes grossières et facilement évitables. Il concède deux breaks, et Roger Federer, sans pour autant hausser son niveau de jeu, remporte ce set 6-2. L'Australien ne parvient plus à réussir ses retours et ses passings qu'il réalisait face à Sébastien Grosjean ou encore Alexander Popp. Son pourcentage de premier service est tombé de 80 % à 50 %, alors que ce fut tout au long de la quinzaine son arme favorite. Le Suisse, quant à lui, reste, comme à l'accoutumée, impassible et calme.
Troisième set : un retour de Philippoussis
Mark Philippoussis se ressaisit et entame la troisième manche comme la première. Les échanges deviennent de véritables combats, et l'Australien semble déterminé. Il tente des coups audacieux, et ses efforts sont récompensés. On croit la rencontre rebondir lorsque Roger Federer offre une balle de break à Philippoussis. Mais il n'en est rien : le Suisse corrige rapidement cette faute grâce à deux premiers services bien appuyés. Tout comme lors du premier set, on se dirige vers le tie-break...

Le tableau d'affichage indique 5 jeux partout dans ce troisième set. Philippoussis se fait une grosse frayeur et offre une balle de break à Federer... une balle de match, serait-on tenté de dire. Mais le géant australien y croit encore, lui qui n'a disputé que deux finales de Grand Chelem, et veut rester plus longtemps sur le terrain. Il assène deux superbes services pour mener 6-5. Federer pousse Philippoussis dans le tie-break en remportant avec aisance son engagement.
Le sacre de Roger Federer à Wimbledon
Le tie-break est souvent avantageux pour les excellents serveurs, et on connaît la frappe de l'Australien, haut de 1,93 m. Mais Roger Federer sort également le grand jeu, a des éclairs de génie et enchaîne les passings courts croisés. Il va bientôt mener 5 à 1 dans ce jeu décisif. Son clan, constitué de son coach et de sa petite amie, est en ébullition, ce qui contraste avec la surprenante sérénité du Suisse. À 6-2, il s'offre cinq balles de match... Philippoussis sent qu'il est proche de quitter Wimbledon, mais ne perd pas pour autant ses deux services. C'est au tour de Federer de servir, et il lui reste trois balles de match. La tension est à son comble. On n'ose imaginer ce qui se passe dans la tête des deux acteurs de cette apothéose du tennis.
Le revers de Mark Philippoussis vient s'écraser dans le filet. Roger Federer s'écroule à genoux sur le gazon, la tête vers le ciel londonien. Il vient de remporter sa première victoire en Grand Chelem. Son clan exulte. Les deux adversaires se serrent la main, et on sent Philippoussis déçu. De son côté, Federer, sur sa chaise, verse quelques larmes, des larmes de joie. Il ne réalise probablement pas ce qu'il vient d'accomplir.
Très vite, le podium est mis en place et les trophées sont remis. Mark Philippoussis, qui avait dû rester quelques mois dans un fauteuil roulant il y a peu, reçoit une standing ovation de la part du public anglais. Ému, il le remercie, lui qui l'a soutenu durant tout le tournoi. Federer, lui, éclate de joie et tremble d'émotion. Quand on lui demande de s'adresser au public, il remercie toutes les personnes qui l'ont accompagné et suivi à Wimbledon. Soudain, il craque et pleure d'émotion. Son coach, sa petite amie et les quelques supporters suisses ne peuvent eux non plus se retenir, et l'émotion les emporte. Roger Federer peut désormais inscrire son nom au palmarès du plus grand tournoi de tennis du monde. Sans aucun doute, un grand champion est né...