La Fédération Française de Savate Boxe Française et Disciplines Associées (FFSBF&DA) traverse la crise la plus grave de son histoire. Entre un trésorier radié avec 25 000 euros d'amende, un déficit historique de 185 000 euros sur le bilan 2025, et une enquête de l'Inspection Générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche (IGESR) suspendue sans explication, les fondations de cette institution centenaire vacillent. Pendant ce temps, 264 clubs réclament une Assemblée Générale de révocation, fixée au 29 août 2026, qui pourrait sceller le destin de la discipline classée au patrimoine culturel immatériel.

48 337 licenciés, un déficit de 185 000 € : l’effondrement chiffré de la FF de Savate
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La FFSBF&DA comptait environ 55 000 licenciés il y a un an. Elle en revendique aujourd'hui 48 337. Une perte nette de 5 990 licences en une seule saison, soit près du double de la moyenne nationale des fédérations non olympiques. Ce n'est pas une simple fluctuation conjoncturelle. C'est un décrochage systémique qui traduit une défiance profonde des pratiquants et des clubs envers leur instance dirigeante.

Dans le même temps, le bilan 2025 affiche un déficit financier de 185 000 euros. Du jamais-vu pour une fédération qui, jusqu'à présent, parvenait à équilibrer ses comptes. Les deux phénomènes sont liés : moins de licenciés signifie moins de subventions publiques, moins de droits d'affiliation, et une capacité réduite à organiser les compétitions qui font vivre la discipline.
Une chute de 5 990 licences en un an : pourquoi la Savate perd deux fois plus vite que les autres fédérations
Le chiffre de 5 990 licences perdues n'est pas anodin. Selon la note documentaire rédigée par des lanceurs d'alerte internes, cette baisse représente « deux fois la moyenne nationale des fédérations non olympiques ». Autrement dit, la Savate ne subit pas seulement la tendance générale de désaffection pour les sports de combat. Elle paie un lourd tribut à sa crise de gouvernance.

Concrètement, pour les clubs, cette hémorragie se traduit par une baisse mécanique des subventions des collectivités territoriales, souvent calculées au prorata du nombre de licenciés. Certaines structures associatives, déjà fragiles, peinent à boucler leur budget. Des entraîneurs voient leurs heures de travail réduites. Des créneaux d'entraînement dans les gymnases municipaux sont remis en question par des mairies qui constatent la baisse d'effectifs.
La discipline, pourtant riche d'une histoire bicentenaire et reconnue à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel depuis 2015, perd son ancrage territorial. Ce désabonnement massif n'est pas le fruit du hasard : il est la conséquence directe d'une gestion contestée qui éloigne les pratiquants.
Opacité comptable et changement de commissaire aux comptes : enquête sur le trou de 185 000 €
Le premier déficit financier historique de la fédération, 185 000 euros sur le bilan 2025, soulève des questions d'autant plus vives que la note documentaire pointe une « opacification progressive » de la comptabilité fédérale. Les lanceurs d'alerte signalent également un changement de Commissaire Aux Comptes, décision rare qui intervient généralement dans un contexte de tensions ou de désaccords sur la présentation des comptes.

Le paradoxe est frappant. Alors que la fédération affiche un déficit inédit, elle porte un projet immobilier ambitieux baptisé « Maison de la Savate », présenté comme structurant pour l'avenir de la discipline. Comment concilier un trou dans les comptes et un investissement immobilier de cette envergure ? La question reste ouverte, faute de documents comptables publics détaillés.
Les clubs, eux, s'interrogent. Ils ont voté en Assemblée Générale un projet dont le périmètre financier a depuis « évolué de manière substantielle, sans validation formelle des instances compétentes », selon la note documentaire. Le déficit actuel pourrait n'être que la partie émergée d'une gestion financière dont les contours se dérobent.
La fuite des cadres : comment six membres du comité directeur et huit salariés ont claqué la porte
Les chiffres sont implacables : huit départs de cadres techniques nationaux (DTN) et de salariés en moins d'un an, six membres du Comité Directeur démissionnaires le 7 mars 2026. Une saignée qui prive la fédération de ses compétences les plus précieuses.
La section « Ressources Humaines » de la note documentaire décrit un climat interne délétère : des arrêts maladie significatifs, une désorganisation observable dans le fonctionnement quotidien, et une accumulation de départs sur un temps très court. Les démissions au sein du Comité Directeur et des commissions ne sont pas des départs ordinaires. Ce sont des actes politiques, des désaveux publics de la gouvernance en place.
Quand une fédération perd simultanément son trésorier, une partie de son bureau exécutif, ses cadres techniques et ses salariés, c'est sa capacité à fonctionner qui est en jeu. Les compétences s'en vont, emportant avec elles la mémoire institutionnelle, les réseaux, et le savoir-faire accumulé au fil des années.
Projet Maison de la Savate : l’opération immobilière à l’origine de la défiance
Si la crise actuelle a des causes multiples, toutes les enquêtes internes remontent à un point de départ commun : le projet « Maison de la Savate ». Présenté comme le futur écrin de la discipline, ce projet immobilier est devenu le symbole des dérives de gouvernance dénoncées par les lanceurs d'alerte.

C'est autour de ce dossier que les premières suspicions de conflits d'intérêts ont émergé. C'est aussi sur ce terrain que la défiance entre la base et la direction s'est cristallisée, chacun campant sur des positions irréconciliables.
Un périmètre financier qui dérive sans validation des instances
La note documentaire est catégorique : « Les objectifs, le périmètre et les implications financières ont évolué de manière substantielle, sans validation formelle des instances compétentes. » Autrement dit, le projet voté en Assemblée Générale n'est plus celui qui est en cours de réalisation.
Ce glissement progressif est le premier signal d'alarme d'une gouvernance qui s'affranchit du contrôle collégial. Les instances censées valider les grandes orientations — Comité Directeur, Assemblée Générale — se retrouvent contournées ou mises devant le fait accompli.
Le problème n'est pas tant le projet immobilier en lui-même que la méthode employée pour le mener. Quand un projet structurant dérive sans que les instances délibératives soient consultées, c'est le principe même de la démocratie sportive qui est bafoué. Les clubs, qui financent la fédération via leurs cotisations, perdent tout droit de regard sur l'utilisation de leurs fonds.
Conflits d’intérêts autour du siège : des proches du président en première ligne
La note documentaire évoque une « suspicion de conflits d'intérêt caractérisés » autour du projet immobilier. Sans accuser formellement de malversation — les sources ne fournissent pas de preuve de détournement de fonds direct —, elle détaille les liens entre les parties prenantes du projet et la gouvernance actuelle.
Des proches du président se retrouvent en première ligne dans les opérations immobilières. Des décisions stratégiques sont prises sans appel d'offres transparent. Le flou juridique entoure la structuration du projet.
Face à ces accusations, la gouvernance a apporté des réponses, reprises dans la section dédiée de la note documentaire. Mais ces justifications n'ont pas convaincu les opposants. Les faits documentés — changements de périmètre, absence de validation collégiale, liens personnels entre décideurs et prestataires — continuent de peser lourd dans la balance.
Dérive autoritaire : le trésorier radié, l’opposition verrouillée, la démocratie bafouée
Du projet immobilier, la crise a glissé vers les méthodes employées pour le défendre et faire taire les critiques. Kevin Albertus, le trésorier radié, parle d'une « dérive autocratique et oligarchique ». La note documentaire décrit un verrouillage systématique de tous les contre-pouvoirs.

Ce n'est plus seulement un conflit sur un projet immobilier. C'est une remise en cause des fondements démocratiques de la fédération. Les organes de contrôle sont neutralisés, les opposants sanctionnés, les procédures détournées.
Kevin Albertus exclu avec 25 000 € d’amende : le récit d’une expulsion éclair
La chronologie est édifiante. Kevin Albertus, trésorier élu, est démis de ses fonctions juste avant le dépôt de la première demande d'Assemblée Générale de révocation. Puis il est convoqué devant une commission disciplinaire qu'il qualifie de « partiale dès sa constitution ». La sanction tombe : radiation de la fédération et amende de 25 000 euros.
Le site officiel de la FFSBF&DA confirme la radiation et l'amende, notifiées le 12 juin 2026. Mais les motifs officiels de cette sanction disciplinaire restent flous.
Pour Albertus, le lien de cause à effet est évident : il a porté la contestation interne, il a demandé des comptes sur la gestion financière, il a soutenu la demande d'AG de révocation. La radiation est une punition politique déguisée en procédure disciplinaire. Le message envoyé aux autres élus est clair : contester la gouvernance vous coûtera cher.
Verrouillage des instances : comment le comité directeur a recomposé la majorité pour écarter la secrétaire générale
La note documentaire révèle une manœuvre particulièrement éclairante : une « recomposition délibérée de la majorité du CD entre deux votes pour destituer la secrétaire générale ». En d'autres termes, entre deux scrutins, la majorité a été réarrangée pour garantir le résultat souhaité.
Ce n'est pas un cas isolé. La note décrit des « instances de contrôle internes verrouillées par des proches de la gouvernance actuelle ». Le Comité d'Éthique et de Déontologie, les commissions disciplinaires, les organes de surveillance sont progressivement peuplés de personnes acquises à la direction en place.
Le résultat est un système où le pouvoir n'a plus de comptes à rendre. Les instances censées le contrôler sont devenues des chambres d'enregistrement. Les opposants n'ont aucun recours interne. La seule issue est la saisine des autorités externes — ministère, CNOSF —, qui, comme on le verra, n'ont guère répondu présentes.
Pressions et moyens fédéraux détournés : les méthodes de la présidence contre ses opposants
La section « Utilisation des moyens fédéraux et contrôle de l'opposition » de la note documentaire est accablante. Elle décrit une « mobilisation des ressources fédérales » pour contrer les opposants, une « mise en cause directe d'élus et de bénévoles », et un « contrôle actif de l'opposition et pressions institutionnelles ».
Les moyens de la fédération — site internet, communication officielle, fichiers des licenciés — sont utilisés pour discréditer les contestataires. Des élus sont mis en cause personnellement dans des communiqués. Des bénévoles reçoivent des courriers intimidants.
Le Conciliateur du CNOSF a d'ailleurs validé la décision d'invalider la liste d'opposition menée par Jean-Claude FÉLICIE DELLAN pour les élections de 2024, comme le rappelle le communiqué officiel de la fédération. Une décision qui, pour les opposants, illustre la mainmise de la gouvernance sur l'ensemble du processus électoral.
264 clubs contre un comité directeur : le combat pour l’Assemblée Générale de révocation
Face au verrouillage des contre-pouvoirs internes, la seule arme statutaire restante est l'Assemblée Générale de révocation. Les clubs ont utilisé cette procédure, prévue par les statuts fédéraux. Mais ils se sont heurtés à un mur.

La bataille procédurale autour de cette demande illustre l'ampleur de la crise démocratique. Plus les clubs se mobilisaient, plus la direction resserrait l'étau.
Deux demandes bloquées, une destitution du trésorier : les obstacles à la démocratie interne
La note documentaire fait état d'un « blocage de deux demandes d'AG de révocation portées par 241 puis 264 clubs ». Le nombre de clubs demandeurs a augmenté entre la première et la deuxième demande. Signe que la contestation gagnait du terrain, que de plus en plus de structures locales rejoignaient le mouvement.
À chaque fois, la fédération a trouvé un moyen de bloquer la procédure. Et à chaque fois, elle a resserré l'étau sur les porteurs de la contestation. Le point culminant de cette escalade a été la destitution du trésorier, intervenue « à quelques jours du dépôt officiel de la première demande de révocation du comité directeur », selon la note.
Le paradoxe est saisissant : 264 clubs, représentant des milliers de licenciés, demandent une AG. Le comité directeur, minoritaire, refuse. La démocratie sportive est réduite à néant.
La médiation du CNOSF : pourquoi l’AG du 29 août 2026 est une petite victoire arrachée
C'est finalement le CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français) qui a débloqué la situation. Une conciliation a été signée le 15 avril 2026 entre la FFSBF&DA et l'association Toulouse Multi-Boxe, aboutissant à la tenue d'une AG de révocation le 29 août 2026.
Le communiqué officiel de la fédération déclare : « L'AG de révocation est un droit démocratique légitime. Nous ne le contestons pas. » Une déclaration qui contredit frontalement les mois de blocage qui ont précédé.
Pour les opposants, cette AG est une petite victoire arrachée de haute lutte. Mais elle n'est qu'une étape. Le 29 août 2026, les clubs devront se prononcer sur le maintien ou la révocation du comité directeur. Le résultat est incertain. Et même en cas de révocation, les dégâts causés par des mois de crise ne se répareront pas en un jour.
L’État aux abonnés absents : enquête suspendue, saisines ignorées
La FFSBF&DA est une fédération délégataire de service public. Elle perçoit des subventions publiques, gère un service public, et est placée sous la tutelle du ministère des Sports. En théorie, cette tutelle garantit un contrôle démocratique et financier.
En pratique, le constat est accablant. Malgré des alertes multiples et massives, l'État est resté silencieux. L'enquête administrative ouverte a été suspendue sans explication. Les saisines des présidents de ligue sont restées sans réponse.
IGESR : une enquête administrative ouverte, suspendue, et sans suite connue
Un mail privé de Kevin Albertus le confirme : « Une enquête de l'IGESR, qui a été suspendue et dont nous n'avons plus de nouvelles. » L'Inspection Générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche, organe de contrôle du ministère, avait donc ouvert une enquête sur la fédération.
Puis, mystérieusement, cette enquête a été suspendue. Sans explication officielle. Sans communication aux parties concernées. Les lanceurs d'alerte sont dans le flou le plus complet.
Cette suspension pose une question économique et politique : qui a ordonné l'arrêt de l'enquête ? Pourquoi ? L'argent public mobilisé pour cette inspection a-t-il été gaspillé ? Des agents publics ont été affectés à cette mission, puis retirés. Le contribuable a payé pour une enquête inaboutie.
11 présidents de ligue sur 15 alertent le ministère : six mois de silence radio
Le chiffre est sans appel : « 11 présidents de ligue sur 15 ayant saisi le ministère et le CNOSF pour signaler des dérives — aucune réponse concrète à ce jour », selon la note documentaire. Onze présidents sur quinze, c'est une majorité écrasante. Une alerte massive, disproportionnée, venue de l'ensemble du territoire.
Ces présidents ne sont pas des opposants politiques. Ce sont des élus de terrain, responsables de ligues régionales, qui constatent au quotidien les conséquences de la crise. Ils ont pris la plume pour alerter leur tutelle. Et ils n'ont reçu aucune réponse concrète.
Comment expliquer ce silence ? Deux hypothèses s'affrontent. La première est celle d'une capture du régulateur : des liens entre la direction de la fédération et les services du ministère auraient paralysé toute action. La seconde est celle de l'impuissance bureaucratique : face à une crise complexe, l'administration préfère l'inaction à une intervention risquée.
Service public délégataire : que risque la Fédération de Savate si l’État sort de sa réserve ?
Une fédération délégataire est un organisme privé chargé d'une mission de service public. Elle perçoit des subventions, organise les compétitions, délivre les titres, forme les cadres. En contrepartie, elle doit respecter des règles de gestion, de démocratie interne, et de transparence financière.
Si l'État sortait de sa réserve, les conséquences pour la FFSBF&DA pourraient être sévères. La première sanction possible est la mise sous tutelle administrative. Le ministère nommerait un administrateur provisoire pour gérer la fédération, dissoudrait le comité directeur, et organiserait de nouvelles élections.
La sanction ultime serait le retrait de la délégation de service public. La fédération perdrait alors son monopole sur l'organisation de la discipline. Une autre structure pourrait être agréée pour la remplacer.
Le trade-off est clair. Une intervention immédiate coûte de l'argent et du temps politique. Mais l'inaction coûte encore plus cher à terme : fuite des licenciés vers d'autres disciplines, perte de recettes pour les clubs, risque de déconfiture financière de la fédération, et, in fine, disparition d'un sport classé au patrimoine culturel immatériel.
Arbitres en grève, jeunes privés de Mondial : les premières victimes de la crise
Au-delà des chiffres et des procédures, la crise a des visages humains. Des arbitres nationaux font grève. Des jeunes champions sont privés de compétition internationale. Un nouveau DTN est mis en cause pour des accusations de sexisme.

Les premières victimes de cette crise ne sont pas les dirigeants. Ce sont les bénévoles, les athlètes, les cadres techniques qui paient le prix fort.
La grève des arbitres nationaux : un corps en souffrance face au « silence » de la présidence
La note documentaire consacre une section entière à la « Crise de l'arbitrage ». Les faits sont clairs : une mobilisation du corps arbitral, une réunion stérile le 20 avril, une « institutionnalisation du dessaisissement » des arbitres par la présidence.
Un élément privé confirme : « Un mouvement de 'grève' généralisé pour une majorité d'arbitres nationaux. » Les arbitres, piliers du fonctionnement des compétitions, refusent d'officier. Sans arbitres, pas de compétitions. Sans compétitions, pas de saison sportive.
Les arbitres dénoncent un manque de considération, des décisions unilatérales qui les dessaisissent de leurs prérogatives, et un silence assourdissant de la présidence face à leurs revendications. Leur mouvement est un signal d'alarme supplémentaire sur l'état de la gouvernance.
Privation du Championnat du Monde jeunes en Ouzbékistan : une décision unilatérale contestée
La pétition Change.org contre la décision de la fédération a recueilli plus de 1 400 signatures. Elle dénonce le refus de laisser les jeunes athlètes français participer au Championnat du Monde Jeunes 2025 en Ouzbékistan.
Les arguments des signataires sont solides. Aucune consultation des clubs, des entraîneurs ou des ligues régionales n'a eu lieu. La décision est unilatérale. Les risques sécuritaires invoqués ne sont pas étayés, d'autant que l'Ouzbékistan est validé par le Quai d'Orsay comme destination sûre. D'autres disciplines françaises y organisent des événements sans problème.
Le paradoxe est cruel. Une fédération qui empêche ses jeunes de représenter la France en compétition internationale. Une fédération qui brise les rêves de ses athlètes sous des prétextes non démontrés. Une fédération qui, au nom de la protection, prive ses licenciés de leur seule opportunité mondiale.
Le nouveau DTN mis en cause : accusations de sexisme et rupture de confiance
La nomination du nouveau Directeur Technique National (DTN) devait apaiser les tensions. Elle a eu l'effet inverse. La note documentaire évoque un « contexte de la nomination » controversé, un « positionnement sur l'arbitrage » conflictuel, et un « cas de sexisme documenté ».

Ces accusations, si elles se confirment, sont extrêmement graves. Elles expliquent en partie la « fuite des cerveaux » qui a vidé la fédération de ses cadres techniques. Comment des entraîneurs, des formateurs, des éducateurs peuvent-ils travailler dans un climat où le sexisme est documenté et où la confiance est rompue ?
La nomination polémique du DTN a achevé de briser ce qui restait de cohésion au sein de l'équipe technique. Les départs se sont accélérés. Les compétences se sont envolées.
29 août 2026 : l’Assemblée Générale de la dernière chance pour la Savate française ?
Le 29 août 2026, les clubs de la FFSBF&DA sont convoqués pour une Assemblée Générale de révocation. Cette date est le point de bascule potentiel de toute la crise. Selon l'issue du vote, plusieurs scénarios s'ouvrent.
L'enjeu dépasse le simple sort d'un comité directeur. C'est l'avenir de la boxe française, sport bicentenaire classé au patrimoine culturel immatériel, qui est en jeu.
Administration provisoire, perte de délégation ou sursaut démocratique : les scénarios pour l’après
Trois scénarios principaux se dessinent.
Le premier est celui du sursaut démocratique. L'AG du 29 août provoque un changement de gouvernance. Un nouveau comité directeur est élu, la confiance est restaurée, les procédures sont normalisées. La fédération repart sur des bases saines.
Le deuxième est celui de l'enlisement. Le comité directeur survit au vote de révocation ou, s'il est renversé, les divisions internes empêchent la mise en place d'une nouvelle gouvernance stable. La fédération continue de s'enfoncer dans la crise. Le ministère finit par intervenir et place la fédération sous tutelle administrative.
Le troisième est le plus radical : la perte de la délégation de service public. Si les dégâts sont trop profonds, si la confiance est irrémédiablement brisée, si les comptes sont trop dégradés, l'État peut retirer à la FFSBF&DA son monopole sur l'organisation de la discipline. Une autre structure, peut-être une nouvelle fédération, serait alors agréée pour prendre le relais.
Kevin Albertus, le trésorier radié, résume la situation dans un courriel privé : « Nous basculons petit à petit sur un système autocratique et oligarchique. » Le 29 août 2026, les clubs auront le pouvoir d'inverser cette tendance — ou de la confirmer.
Un patrimoine culturel immatériel en danger : l’avenir de la boxe française en sursis
La savate boxe française n'est pas un sport comme les autres. Elle a été « officiellement répertoriée à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France en 2015 », comme le rappelle sa fiche Wikipédia. C'est la seule boxe « pied-poing » née en Europe, fruit d'une histoire bicentenaire qui mêle traditions populaires, escrime française et culture parisienne.
Ce patrimoine est aujourd'hui en danger. La crise de gouvernance n'est pas un simple conflit d'ego entre dirigeants. C'est une menace existentielle pour une discipline qui a déjà perdu près de 6 000 licenciés en un an.
Les clubs, les bénévoles, les athlètes, les arbitres : ce sont eux qui font vivre la Savate au quotidien. Ce sont eux qui transmettent ce patrimoine aux générations futures. Mais leur patience a des limites. Si la crise persiste, beaucoup choisiront de se tourner vers d'autres disciplines. Le tissu associatif, patiemment construit depuis des décennies, se délitera.
Conclusion
La balle est dans le camp de la base. Le 29 août 2026, les clubs devront décider s'ils font confiance au comité directeur actuel ou s'ils exigent son départ. Mais cette décision, aussi cruciale soit-elle, ne suffira pas à résoudre la crise. Les dégâts causés par des mois de blocage, de défiance et de fuite des compétences ne se réparent pas en un jour.
La balle est aussi, et surtout, dans le camp du ministère des Sports. Son silence, son inaction face aux alertes répétées, sa suspension inexplicable de l'enquête de l'IGESR : tout cela interroge sur sa volonté réelle de contrôler les fédérations délégataires. Si l'État ne sort pas de sa réserve, la FFSBF&DA pourrait bien continuer de sombrer jusqu'à l'effondrement.
La boxe française mérite mieux que cette crise. Elle mérite une gouvernance transparente, des dirigeants responsables, et un avenir à la hauteur de son histoire bicentenaire. Le 29 août 2026 sera peut-être la dernière chance de la sauver.