Image 1
Sports

Fair-Play Financier, entre ordre établi et nouveaux investisseurs

Le Fair-Play Financier freine l'investissement de clubs comme le PSG et Monaco, favorisant les géants historiques du football.

As-tu aimé cet article ?

Image 1

Le Fair-Play Financier (FPF) est un système de surveillance financière qui consiste à encadrer les clubs de football dans leurs dépenses. L'idée économique de ce FPF est, dans un premier temps, de limiter les déficits : le club ne doit pas dépenser plus qu'il ne gagne, bien que l'UEFA autorise des pertes allant jusqu'à 5 millions d'euros sur une période de trois ans. Ce système de contrôle des finances a pour objectif, dans un second temps, d'endiguer certaines dettes colossales des grands clubs. En effet, avant de s'attaquer aux dettes, l'UEFA a dû mettre en place un système de régulation des déficits. Rappelons qu'économiquement, la dette représente la somme des déficits d'un agent économique. Mais le FPF a aussi pour objectif d'assurer aux clubs de seconde zone une bonne santé économique.

Une barrière à l'investissement ?

Ce système de contrôle est donc problématique pour des investisseurs souhaitant bâtir une équipe très compétitive sur le court terme. Ils sont en effet amenés à dépenser beaucoup dans un premier temps, puis contraints d'attendre un retour sur investissement, et surtout d'obtenir une balance financière équilibrée comme l'exige l'UEFA. Si la balance est déficitaire, le club pourra être soumis à des sanctions de divers degrés allant de la mise en garde à l'amende, jusqu'au retrait d'un titre ! Cela suscite des critiques envers l'UEFA et son favori. Dans une interview donnée à France Football, Vincent Kompany, défenseur et capitaine de Manchester City et de la sélection belge, a fait une allusion concernant le FPF : "Les gens se plaignent quand on les fait tomber de leur trône. On se plaint, on établit de nouvelles règles, mais [...], tout ce qu'on fait, c'est essayer de s'assurer que l'ordre établi ne change pas". La pensée du Citizen est claire : pour les ténors européens, le cercle des grands clubs [et riches ?] doit rester fermé.

Les grands clubs plutôt favorables

Le cercle des grands doit rester fermé. Oui, ces grands clubs qui sont désormais bâtis sportivement et économiquement comme le Real Madrid, le FC Barcelone, le FC Bayern Munich ou encore Manchester United. Mais eux non plus n'ont pas toujours eu des comptes équilibrés. Mais c'était avant le FPF. Car désormais, ce sont des institutions qui pèsent dans le football mondial. Pas étonnant que le Real Madrid, qui pointe avec 518 millions d'euros de recettes sur son dernier résultat, puisse s'offrir des joueurs moyennant des sommes allant de 80 à 90 millions d'euros tels que Cristiano Ronaldo en 2009, Gareth Bale en 2013 ou James Rodríguez cet été (chiffres : cabinet Deloitte). Ou encore que Manchester United, avec ses 431 millions de recettes engrangées, investisse près de 193 millions d'euros en recrutement lors du dernier mercato. Le cercle des grands doit-il rester fermé pour des raisons temporelles ? Est-ce trop tard pour Manchester City, Paris ou Monaco ?

Un Fair-Play Financier à deux vitesses ?

La réponse n'est pas si évidente, car les contraintes du Fair-Play Financier que doit surmonter l'investisseur souhaitant construire un grand club ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Manchester City, club de Premier League, ressent beaucoup moins la contrainte de la réglementation de l'UEFA que le PSG ou Monaco. Pour la simple et bonne raison que le championnat anglais, fort de son succès, amasse des droits TV colossaux. En effet, les vingt clubs de Premier League ont à se partager une enveloppe de près de 2 milliards d'euros. Ce qui fait que City a récolté près de 118,7 millions d'euros rien qu'avec les droits TV, en excluant donc tous revenus liés au terrain ou au marketing. Ce qui fait que cet été le club anglais a pu s'offrir Eliaquim Mangala, international français, pour 54 millions d'euros en provenance du FC Porto. Le Français devient ainsi le défenseur le plus cher de l'histoire. La somme totale déboursée cet été par Manchester City pour son mercato est donc de 78 millions d'euros. Et le club peut donc se targuer d'avoir 22 joueurs de qualité, soit une équipe A et une équipe B. Même s'ils restent dans le viseur menaçant de l'UEFA.

Le PSG et Monaco, les plus touchés ?

D'autres investisseurs ont plus de mal avec le Fair-Play Financier. Le Paris-SG et l'AS Monaco ont en effet dû modifier leur politique de recrutement et parfois jongler avec les réglementations du FPF. Le club de la capitale, autorisé par l'UEFA à une enveloppe maximale de 60 millions d'euros de recrutement, a donc acheté un seul joueur : le défenseur brésilien David Luiz, contre un chèque de 49,5 millions d'euros à Chelsea. Et il a opté, comme de nombreux clubs en difficulté avec les nouvelles règles financières, pour un prêt payant de 10 millions d'euros avec Toulouse, afin d'avoir dans son effectif le prometteur Serge Aurier, véloce et agile latéral droit. C'est peu pour un club visant la victoire en C1 sur le court-moyen terme. Mais ces difficultés du PSG pourraient bien s'amoindrir. Tout simplement parce que le PSG devient une véritable marque comme le sont le Barça, le Real ou le Bayern. En témoignent les nombreux partenariats du club avec des marques comme Microsoft, l'horloger Hublot, l'agence de tourisme qatari QTA, l'opérateur qatari Ooredoo ou encore Nivea. Du côté de Monaco, outre les histoires de divorce (toujours en instance) et de passeport monégasque, les dirigeants ont décidé de changer leur fusil d'épaule en vendant les stars Falcao et Rodríguez achetées l'an passé pour respectivement 60 et 45 millions d'euros. Car la billetterie ne bat son plein malgré une équipe plutôt chatoyante, les publicitaires ne se bousculent pas et les contrats pour des partenariats marketing non plus. C'est pourquoi les propriétaires russes ont décidé de réduire le train de vie du club de la Principauté pour se conformer aux exigences de l'UEFA. Alors que les droits TV, sans commune mesure avec ceux de la Premier League [sachant qu'un PSG champion de France touche deux fois moins qu'un promu de Premier League], ne compensent pas la mollesse de la billetterie et n'équilibrent pas les comptes de l'ASM.

Vers un assouplissement ou des solutions alternatives ?

Est-ce donc trop tard pour investir en masse aujourd'hui dans le football ? Cela tend à l'être. C'est pourquoi peut-être l'UEFA — qui a prévu une réunion le mois prochain au sujet du FPF — pourrait éventuellement assouplir ses conditions. Le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, y croit en tout cas. À en croire ses déclarations dans Le Parisien : "On doit en rediscuter en octobre avec eux [l'UEFA] pour essayer de changer les règles. C'est très important car le fair-play financier n'est pas juste". Les prochains investisseurs auront-ils, pour faire grandir un club, un laps de temps où ils seront autorisés à dépasser le Fair-Play Financier ? Affaire à suivre.

As-tu aimé cet article ?
joferdinand
joferdinand @joferdinand
3 articles 0 abonnés

Commentaires (0)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires